Blake Edwards
Moon river

 

La comédie du tragique.

Vous connaissez la technique. trouver du noir dans les comédies, du profond dans le burlesque, du sens dans le gag, du politique dans la comédie, de la métaphysique dans l'humour ou. ou.ou. mais qu'est-ce qu'on rigole ! ! !. une grande tristesse dans le rire.
Ecrire sur le drôle n'est pas drôle, surtout en évitant toute pose tragique ou un énième degrés pour dire que oui. vraiment la pensée est là, parmi nous mes chers frères.
D'abord faudrait trouver l'objet qui évitera la mise en route de la machine à légitimer. Ensuite, ne pas chercher à faire rire. sauf à ses dépends. Enfin, ne pas la jouer finaude. mais ça par bonheur, on sait faire.
A vrai dire, on se sent vachement libre dans le ridicule sans pathétique. Comme allégé du brillant, du profond, de l'effet de manche lourdingue lorsqu'il se veut amusant.
Assumer. ou mieux, prendre du plaisir à la lenteur, au ratage, au foirage total La « win » contre la « loose ». L'ordre contre le désordre. La vie qui va. et le pitch est souvent assez con.

la comédie de la fête

Blake EDWARDS réalise une comédie sur la guerre en 1966 (soit quatre années avant MASH de Robert Altman) et dont le titre laisse pantois : « What did you do in the war daddy ? ».
1943, une compagnie américaine est chargée d'occuper le bourg de Valerno en Sicile. les troupes arrivent dans le village sous un soleil de plomb, avancent avec une chorégraphie militaire grotesque et parfaite. le temps passe et rien ne se passe... pas une âme qui vive sauf quelques bestioles sur la place du village. En effet, toute la population est en liesse sur la pelouse du stade voisin pour jouer au foot et préparer la grande fête annuell
e du vin. Le capitaine Oppo (chef des opérations italiennes) accepte de se rendre si et seulement si la grande fiesta se déroule comme prévu le soir même. Après une nuit de fête anarchique et saoule, les deux camps vont s'allier pour mimer la guerre (comme on tourne un film) et garder belle allure devant leurs supérieurs en inspection.
La fête est ce moment où les codes sociaux sautent les uns après les autres. L'important est de s'amuser, de jouer, de faire sauter les limites. Le désordre pousse au paroxysme. c'est à dire à la destruction des conventions, des meubles, du décors. avec rebondissements en chaîne.
Dans ce cinéma, un gag insignifiant va donner des petits et prêter à conséquences explosives. Blake EDWARDS a besoin et de temps et d'un espace précis pour dérouler la logique implacable sur le boulevard des catastrophes. Anéantir un univers irrespirable puis, dans un second temps, mettre un peu d'huile dans les rouages. De l'air ! On en redemande !
Les personnages de « What did you do in the war daddy ? » inventent un état de grâce dans un état en guerre avec une méthode imparable : user du mensonge non pas pour cacher une réalité insupportable (« la vie est belle »), mais pour renverser les valeurs même du conflit. Après une presque mise a nu des corps pendant la fête, il ira jusqu'à inverser les uniformes et détricoter la notion même d'ennemi.

Deux années plus tard, sort « The party » sur les écrans. Probablement son film le plus théorique. 
Un acteur looser, capable des pires conneries sur le plateau d'un western va se faire malencontreusement inviter à la grande fête d'un producteur. La soirée chiante au possible verra ses tentatives désespérées d'intégration dans un milieu qui n'est pas le sien (Peter Sellers et c'est énorme. joue le rôle d'un acteur indien plus faux que nature). Son attitude désaccordée va conduire à la désintégration de la maison sous une mousse blanche.
La fête est ici bourgeoise. L'objectif suprême pour les organisateurs consiste à vérifier leur statut social. Seule la destruction du dispositif par une « étranger » va permettre réellement de s'amuser. Adios les imbus, les pros, les riches, les bizness men etc.


The party de Blake Edwards

« The party » prolonge l'art de Jacques Tati ou Chaplin : faire silence, éviter les mots, laisser les objets agir lentement dans les mains d'un personnage pas à sa place. Les hôtes jugent qui entre, qui fait quoi, qui est à sa place ou pas, mais la maladresse est encore plus forte. Trouver le « ce qu'il faut faire » est un full time job et conduit forcément au bordel. Le temps d'une nuit. le comédien apprends à jouir de ses conneries. Comme nous.
La compétence à vivre en société demande un savoir faire qu'on ne prête qu'aux puissants. Dans ces conditions, si la  technologie pavane, frime, elle devient aussi une arme à double tranchant. Les propriétaire la montre,  les invités la subisse. L'indien de la bande la retourne comme une crêpe. Retour à l'envoyeur.


S.O.B.

La comédie du suicide

« S.O.B. » sort la même année que l'élection de Mitterrand. Pendant les flonflons place de la Bastille, le film en salle montre le corps d'un homme sur une plage californienne. à l'agonie puis complètement mort. Seul son chien suivra les allées venues du corps en fonction des marées. Derrière la plage, une grande maison pour réalisateur à succès sans succès qui cherche à se suicider par tous les moyens. Aucune méthode ne fonctionne. Reste une fête-partouze organisée à son insu qui lui donnera la grande idée : du cul - du sexe - du cul - du sexe. Il trouvera ainsi l'ultime souffle pour s'amuser, c'est à dire réaliser un film pour dévoiler les seins de son ex-femme (actrice Peter Pan) et briser ses tendances frigo.
Blake EDWARDS ne cache pas son passé suicidaire en riant jaune. Tout y passe comme un vrai manuel du savoir mourir à petit feu. Au final, deux belles issues au métier de vivre : faire du cinéma (peu importe le résultat, l'essentiel est de s'amuser) et les amis, surtout les plombés (drogue, vieillesse, libido démonstrative.). Le bout du tunnel pas loin, mais pas n'importe comment, ni avec n'importe qui.

L'esthétique Dallas bat son plein. Harry Stradling à l'image (« Soupçons » - Hitchcock, « Johnny Guitar » - Nicholas Ray, « Un homme dans la foule » et « Un tramway nommé désir » - Elia Kazan, « My fair lady » - George Cukor) fait des merveilles avec les années 80, l'ambiance Jane Fonda défoncée et Hollywood Beach aux tons pastels assassins.
Crever chez les riches n'est pas drôle. Survivre non plus. Autant en rire et finir bourré sur un bateau, en pleine mer, loin de la côte.

La comédie du sexe

« Victor Victoria » (comédie musicale à réhabiliter d'urgence) ne parle que de ça : l'amitié entre homme et femme, le jeu du sexe, de l'amour, du hasard. et des identités sexuelles.
Avant la notion « gender » dans les livres de sociologie, avant le SIDA, peu après « La cage aux folles », bien après « Certains l'aime chaud », Blake EDWARDS renverse la vapeur encore à nouveau. Une femme se déguise en homme pour trouver le succès sur scène et se fait passer pour un homme - roi du transformisme à la Michou. L'effet est saisissant. comment un mec peut-il ressembler à ce point à une femme ? Aussi, elle (il) devra se mettre à la colle avec un vieux beau (le génial Robert Preston) pour paraître gay, crédible, et gagner du pognon.


Victor, Victoria

Un scène magnifique au début du film. Victoria est invitée pour la première fois dans l'appartement de Toddy. La caméra se fixe dans l'angle du salon qui communique directement sur deux autres pièces à gauche et à droite, presque hors champs. Les personnages se croisent, s'évitent et discutent par murs interposés. Nous. on bouge pas, parfois pour voir du rien, tout à l'écoute, un peu loin. On ne s'impose pas comme ça.  Les lascars font connaissance, leur gêne est palpable par le vide à l'écran. Au passage, tout est dit sur Toddy avec son intérieur merveilleusement foutraque, aimable et férocement drôle.
La musique de Mancini mène la danse.
 

 

 

DS

Filmographie de Blake Edwards (lien Imdb)