(Re)joindre les étoiles
Star wars de Georges Lucas


Désordre

On attendait la fin, le terminus, le bouquet magnifique qui allait clore 30 années de cinéma. 1977 / 2005 gravé en lettres d'or sur la plaque tombale de l'une des aventures cinématographiques les plus invraisemblable. Un feuilleton à la Feuillade, en couleur, en son, en action, transpiré par les grands mythes, usant des genres, des effets de manche pour nous tenir, nous, jeunes gens enfermés dans les salles noires, passés allègrement du "qu'est-ce que tu as fait?" à "qu'est-ce que tu as vu?".

Mais non... nous avons vu notre enfance se débattre avec une drôle d'histoire de cinéma. Un feuilleton de 30 ans, vu pour la première fois de manière chronologique.

M6 s'est rendue maîtresse du temps et du sens. Elle permet à l'invraisemblable de devenir raisonnable... sauf qu'une génération est traversée par cette expérience magnifique du désordre, propice aux rêves et à l'exégèse.
Le futur était dans le dos ("il était une fois... l'avenir") et les origines devant. Le passé noir de Dark Vador est présenté aujourd'hui et on se souvient bizarrement de son futur tragique. Le voilà traversé par une histoire amoureuse, romantiche, tragique, et par un goût immodéré pour les aigreurs d'estomac. Bref, Monsieur Vador a aimé... Fragile. Touché. Coulé.

La chance pour les presque quadra (née parfois au cinéma avec "La guerre des étoiles") est d'avoir vécu cet étrange paradoxe: suivre un chemin commencé par un happy end et terminer aujourd'hui la promenade dans l'obscurité complète, avec ce vague souvenir d'une histoire qui finit bien quand même. Les fils se mêlent. Les sentiments aussi.


Rarement une expérience de cinéma est allée aussi loin dans la confusions des sentiments, avec cette durée, complexité et épaisseur. L'art du feuilleton au sommet.
Alors quoi?

Printemps 2005, M6 replace les épisodes dans l'ordre... c'est à dire à l'envers.

L'heure est à la jonction.

Passer d'un final 2005 numérique, saturé par l'enfer ... 1977... aux couleurs médiums, aux cheveux "Elefant" (c'était l'époque) et à la lenteur western.

Nous retrouvons l'élan vers une rédemption joyeuse et pourtant, ce n'est plus comme avant. On a changé. Les personnages aussi.

La jonction est une béance. 

L'origine devient centre de l'ouvre. Chaque mensonge, raccord, courage des personnages, lâcheté, erreurs sautent aux yeux... eux même ne s'en doutent pas... comme nous nous ne doutions pas, il y a bien longtemps dans le futur.
Grâce à M6, nous savons ce qui est bon pour eux. Nous avons vécu à leur insu. Nous connaissons cette expérience. Ca change tout.

D'ignorants, nous sommes omnipotents.

D'aventuriers du futur, nous nous tournons vers le passé.

Il était une fois hier... notre histoire se mixe avec les personnages.

Nous tricottons avec eux, mieux qu'eux, notre mythologie de spectateur.

Guerre et étoile

Guerre et étoile sur M6. Episode 1 et 2 avant le 3 au cinéma.

Guerre et étoile: un programme en deux temps. Binaire.
La liste des duels pour tenir les films:

- Duel entre l'ancien monde (la planète matricielle où naît l'élu... désert, sable, individus, maison troglodythe et maman) contre le nouveau monde, c'est à dire l'univers, le high-tech, les engins spatiaux, la princesse, le pouvoir, la démocratie ou ce qu'il en reste.

- Duel entre le micro, c'est à dire un individu en quête de soi, pétri par les tourments de son histoire propre et le macro, la politique, les stratégies, la guerre. Les deux se mêlent. Le héros voudra au choix, détruire le monde (épisode 1, 2 et 3) ou sauver le monde (4, 5 et 6).

- Duel entre le bien et le mal. L'élu veut le bien mais sa destinée le ronge par le mal. Le fils de l'élu se dégrossit et apprends à vivre sa destinée de sauveur du monde. Il faudra un père destructeur pour, seconde génération oblige, sauver la démocratie.

- Duel entre la démocratie et le totalitarisme. N'empêche, il faut des princesses et donc l'aristocratie pour sauver la démocratie, toujours capable de se saborder en suivant à la lettre ses propres principes. Totalitarisme (le mal) contre aristocratie (le bien). Entre les deux la démocratie. Système à détruire ou préserver selon les camps.

- Duel entre le montré et le caché. La force est partout, invisible, capable du meilleur comme du pire. Question de responsabilité individuelle devant tant de contradictions. Il faudra des histoires parallèles (façon Marc Ferro sur Arte) pour avancer. Toujours un hors champs. Toujours des guerres, des batailles, des personnages, des actions doubles pour que le film existe. Les outils de communication (hologramme) pour faire le lien. Mieux, la force pour sentir le hors champs. Parcequ'au bout du compte, l'électronique n'est guère fiable. Mieux vaut les ondes et une bonne concentration pour découvrir ce qu'il se passe à l'autre bout de la galaxie. Mieux vaut un sabre pour en finir qu'une batterie de vaisseaux amiral. Mieux vaut un bon péplum qu'un film matrix pour toucher juste. Le conte contre la science-fiction. Non. Le conte dans la science-fiction. Les genres cinématographiques permettent des retours aux mythes.

- Duel entre les deux trilogies. Deux mouvements à l'oeuvre... Trilogie 1 : un garçon sans papa (dieu?) va se révéler dans la destruction. Trilogie 2 : un garçon va tuer papa pour se révéler dans le sauvetage du monde. L'enfance comme idéal. Un héros peut-il naître du bien? Ne doit-il pas connaître intimement la destruction pour sauver l'humanité?

- Duel amoureux. Qu'il est dur d'aimer une princesse. Les statuts sociaux empêchent. L'amour explose. Roméo et Juliette. Fallait pas être dans le haut niveau. La wine c'est pas marrant. Princesse ça complique. Chevalier aussi. Et puis coucher avec maman ce n'est pas conseillé. (NdRN : ?)

- Synthèse momentanée: Dark Vador devient machine et se déshumanise. R2D2 devient homme et sauve ce qui vit. L'un parle, maîtrise le langage et détruit. Lautre babille électro et ne pense qu'à sauver. Un point commun: l'enfance. Episode 1: grandir = devenir père = devenir monstre. Episode 2: grandir = devenir adulte = tuer le père.

Papa est un monstre ou comment se réaliser sans devenir un monstre...

Guerre et étoiles.

 

 

 

DS