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Là, sous la tombe de Brassens, gît un corps calciné, décapité mais assis. Au commissaire Bellamy, Paul de son petit nom (comme d'hab avec Chacha, le héros du film s'appelle Paul), de détricoter le pourquoi du comment. Bellamy, c'est Depardieu. Un superflic en vacances dans la maison d'enfance de sa femme. Entre deux repas avec le dentiste gay de madame et la présence envahissante de Jacques, son poivrot de frangin, Bellamy va trouver le temps d'enquêter sur un mystérieux rôdeur (Jacques Gamblin, au poil, comme tout le monde) qui s'accuse du crime. Un acteur somme pour un film pas tout à fait sommeOn pourrait croire à un phénomène d'identification mais la présence de Depardioux, archi vendue par les rares marketeux s'intéressant encore au cinéma de Chabrol, ne nous en fait pas le premier héros chabrolien (eh oui, chez Chacha, point de héros mais juste des protagonistes allant du pourri notoire à l'antihéros victime de l'histoire qu'il vit). Pour faire simple, on dirait que Bellamy, c'est un peu l'inspecteur Lavardin (le kif d'être un flic borderline mais tout de même follement épris de justice) avec la douleur en plus. Forcément, après autant de films à créer un monde d'apparences, Chabrol se revisite. Mais attention, Bellamy n'est pas un film somme. Un film qui tire vers le métaphysique, le fantastique, et surtout un film sur la fragilité. Depardieu, après tant d'enquêtes résolues, tant d'histoires et de malheurs absorbés et surtout tant de rôles bouffés, semble vomir en bloc et réalise ainsi, au fil du film, qu'il est lui-même élément d'une histoire. Le choc pour quelqu'un habitué à ouvrir les portes des autres. En tirant sur la pelote de l'enquête apparemment classique (une arnaque à l'assurance), Bellamy va voir le sol se dérober sous ses grosses pattes et constater que lui aussi est le reflet mensonger d'une autre partie. Plus il fait la lumière sur son enquête, plus il fait sombre en lui. Plus il avance, plus il trouve des bouts de sa vie dans les suspects ou autres témoins. Bellamy est en vacances. Il embarque sa femme Françoise (Marie Bunel, ce que sexy veut dire) dans son enquête de plaisance. Comme pour trouver une étincelle qui lui permettrait de pouvoir la toucher. Faisons quelque chose ensemble, on verra si ça remonte. Parceque malgré leur bonheur apparent, ces deux là ont un problème. Françoise semble être litéralement intouchable par Paul. Une déèsse que Bellamy n'arrive plus à atteindre. Impuissance ? Glaciation polaire ? Usure ? A moins qu'à force d'avoir absorbé les vies des autres, Bellamy soit devenu trop monolithique, trop géant pour partager quoi que ce soit avec sa femme (elle lui dira, au lit, et à propos de ses pieds - et rappelo Alors comme dans Le voyage aux Pyrénées, des frères Larrieu, on part à peine en vacances, ici dans la maison d'enfance de Françoise, là-bas à la frontière espagnole, histoire de souffler sur les braises. Marie Bunel est éteinte, Sabine Azéma était nympho mais les deux maris n'arrivent plus à toucher leur épouse. Ne croyez pas Dom quand il compare le film à une aimable pantalonnade, Le voyage aux Pyrénées est avant tout une tragédie, filmée sur le mode comique. Un grand film très sérieux racontant l'histoire d'un couple se rendant sur une montagne frontière pour explorer ses propres frontières, jusqu'aux limites de leurs corps. Tout le monde l'avait déjà oublié mais pourtant, comme dirait l'autre, c'est du lourd. Photo : Le voyage aux Pyrénées des frères Larrieu |
Ta princesse est une puteChez Chabrol, il y a la vie que l'on mène et celle qu'on s'imagine mériter. On appelle ça le bovarysme, en référence à la pauvre Emma à qui Chacha a consacré autrefois une merveille d'adaptation ciné. Et c'est encore une fois au coeur du film. Gamblin(s), la femme de Gamblin, Françoise, la bombasse de pédicure, tous ont espéré mais chacun agit différement, de la résignation à la combine en passant par le stand-by en mode pétrifié. Dans Bellamy, le monde réel et celui où les masques tombent sont présents côte à côte et le personnage joué par Gamblin est ainsi carrément fantastique (dans tous les sens) : voici un zozo qui a décidé de changer de corps pour changer de vie. Je De quoi faire basculer le film du côté d'un certain David Lynch, avec son univers faisant coexister toujours deux mondes. Lost highway, tiens, avec son film coupé en deux où un saxophoniste qui tue sa femme devient mécano, changeant de peau mais pas de douleur. La femme aimée passait du stade de princesse brune à celui de pute blonde, un peu comme cette pédicure bizarrement floue quand elle se trouve au premier plan, qui se révélera être une prostituée (Depardieu à Gamblin : "Ta princesse est une pute"). Nîmes prend tout à coup des allures de Twin Peaks où chacun est susceptible de basculer de l'autre côté. A commencer par Bellamy, seigneur en ses terres, tardant à réaliser qu'il est-peut-être bien le taureau de l'arène, à défaut du matador qu'il pensait être. A tout moment, il peut tomber dans un autre film, rejouer L'enfer, par exemple, du même Chabrol, si Bellamy allait au bout de ses soupçons envers sa femme et son frère. Chacha, malin, semble laisser le choix du film voulu à son héros. Ce faisant, il le regarde se paumer. Etre irrémédiablement attiré par le vide comme un personnage de Lynch (la scène du trou dans la rue dans lequel Bellamy serait tombé si sa femme ne l'avait retenu : y-avait-il un autre film au fond ?). Photo : Lost highway de David Lynch |
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RN |