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Comme dit Bouddha en vente chez Babou : seul le trajet compte. Le mental dévore la Quatrième dimension et on s'en fout ! Ca donne Edgar Poe avec ses vrais faux mystères, Maupassant pour la migraine géniale, Stephen King et ses kids effrayés ou encore Philip K. Dick pour l'inquiétude punk. Côté ciné, Hitchcock matte à mort, Friedkin bugue et Spielberg commence sa filmo par un Duel psycho routier. D'une certaine manière, la parano touch appelle un équilibre délicat entre le biscuit réaliste et le mal barré mental. Seule contre indication, l'usage abusif du symbole. La clic à claquesCe cross over délicat, c'est la came d'Aronofsky. On baille dans le fatiguant Requiem for a dream, on s'énerve devant le surestimé Wrestler ou pire, on s'afflige fa Mais voilà, la vie semble ainsi faite, on est un peu con aussi. D'un coup, les habitudes ramassent une bonne claque avec Black Swan. On remballe le tampon "cinéaste pénible". On débaille, on débraye, on applaudit avec nos voisins, on embrasse les Oscars, on s'abonne à Valeurs Actuelles. En gros, on sort de la salle, ca clignote chef d'œuvre à chaud avec une plume noire dans le cul. C'est quoi ce truc ? Premiere résolution, on regarde le générique. Surprise, on retrouve un même noyau dur depuis Pi : Matthew Libatique à la photo (depuis débauché sur les Iron man), Dan Schrecker pour les effets et Clint Mansell à la musique. C'est pas Chabrol et la famille, mais quand même. Deuxième résolution : on rembobine la filmo du zozo cet été et on discute. Photo : Requiem for a dream de Darren Arronofsky Coup de balletQu'est ce qui se passe ? Une danseuse étoile rêve d'interpréter le lac des Cygnes. Le chorégraphe (Vincent Cassel) la sent à l'aise pour danser le cygne blanc, mais hésite sur sa capacité à incarner le cygne noir, éternel double maléfique. Finalement, Nina (Nathalie Portman) décroche le rôle et devient dingue entre sa doublure super sex (Mila Kunis) et sa mère extra ravagée (Barbara Hershey). Lentement, la jeune femme se piège dans la parano, vole dans les plumes de sa collègue et se maquille comme Jeanne Mas. On reconnaît bien le zozo aux manettes. La circulation des symboles appuie le sujet. Mais là ca passe allegretto ! C'est peut-être le livret du ballet, c'est-à-dire une sombre histoire de prince en amour impossible avec une jeune femme ensorcelée en cygne le jour, en femme la nuit. Darren s'en donne à cœur joie dans la dualité symbolique : blanc et noir, coulisse et scène, hétéro et lesbien, bien et mal, virginité et sexualité, livret et réel, fantastique et quotidien. Par bonheur, ces casseroles sont maintenues dans un cadre suffisamment singulier et sont contrebalancées par un fantastique carrément incarné : une salle de répétition, le ballet au travail, le spectacle suspendu dans l'artifice de la scène. Tout est délimité sans jamais foncer vers une fontaine dans un bouddhas bar (le fameux Fountain). La confusion trouve son écrin par la salle de spectacle. Autrement dit, le surgissement d'une folie suée et raffinée. Aronofsky abandonne la folie mathématique, les drogues ou la mystique rédemptrice pour bousculer la perception du réel dans un espace dédié à cet effet : la salle de spectacle. Voilà donc un cadre comme tonton Hitch les aime pour faire exploser le climax. De quoi rendre le cauchemar vraisemblable. A cette nuance, Black swan ne dénoue pas le drame dans la salle mais sur scène. Pas de Fenêtre sur cour pour jouer les voyeurs, ni une plongée dedans (Psycho) mais sur scène. Une situation volontaire et étourdissante. De quoi fabriquer un corps à corps sublimé. Psycho et arty et classique. Le ton est donné avec une ouverture tourbillonnante. L'héroïne transe sur scène et la caméra colle à mort le tutu. La jeune femme part en couilles, mais la mise en scène ne lâche rien au fantastique, soudain vécu comme une étrangeté concrète, ambiguë, artificielle, cadrée par la scène. On assiste aux petits pas physiques d'une Rosetta (les frères d'Ardennes), filmée en corps à corps dans le spectacle. Nina danse sur scène, subit les attaques du cygne noir, tient son truc dans la représentation et par la magie du show, bascule dans le fantastique appelé par toutes les forces. Ni ici, ni maintenant
Le film tient sa force par un bug permanent de la représentation. Impossible d'affirmer la moindre certitude sans atteindre le dénouement final. Avant, on plonge dans une image mentale dont les conséquences tambourinent le monde. A moins que ce soit l'inverse, peu importe. Le point de vue se tord dans une Inception pas du tout maitrisée par Nina. A force de travailler le monde à ses désirs, son bout de Paradis chancelle sur place et plonge dans le Shining. Soit une errance dans l'hôtel Overlook pour Kubrick ou ici une salle de spectacle, sans le moindre repère pour raccrocher les wagons. Faut attendre une poignée de porte ouv Alors voilà, Aronofsky kife l'hésitation. Pas question de choisir en restant sur la crête. C'est justement le travail de Leandro Erlich, photographe situé lui aussi entre deux mondes, Buenos Aires et Paris. Through the wall saisi ce moment où une fille joue la passe muraille. Cette série attrape la jeune femme dans le mur. Elle est paradoxalement en mouvement, mais stoppée net dans la pierre. Et ça dure un moment, le temps d'une prise de vue sans fin. Le franchissement tient lieu d'une dispersion de la matière, comme Nina se perd dans les miroirs, cherche le bon pas de danse et se paume dans les grains de la scène. Le film joue les dissolvants permettant la révélation d'une vérité toujours un peu mystérieuse. On en sort pas indemne. Ce jeu de miroirs semble bien le sujet de moment. Inception (Nolan), The Ghost writter (Polanski) et Shutter Island (Scorsese) travaillent une même dispersion du réel dans la mise en scène. Les corps acteurs résistent comme ils peuvent à la chute libre, véritable chimie physique avec la mise en scène faussement égarée. Finalement, la descente atteint un terrain vague, niqué par les strates accumulées. Et ça fait mal. Photos : Shining de Stanley Kubrick / Through the wall de Leandro Erlich Ballet mécaniquePlus que le dérèglement des sens, Aronofsky vrille son cinéma vers l'écroulement. Aussi bien les retours de speed dans Requiem for a dream (tout est dit dans le titre) jusqu'aux catcheurs jouant pour de vrai à se ram Voilà du matos, et du lourd, pour briser une mécanique dont les contours semblent sans fin. Si la Matrix cinéma passe ouvertement par le théâtre, la danse, les maths, la littérature (peu importe), c'est pour mieux ronger et puis retrouver un réel lui aussi aux frontières fluctuantes. De quoi filer direct dans le labyrinthe du Shining, faire le grand saut et regarder, lentement, les régimes d'images se décomposer. La ballerine mécanique dans la chambre de Nina perd une jambe, mais continue de tourner péniblement sur une petite musique soudain sans substance. Nous voilà à terre, perdu comme les corps des héros projetés dans des dimensions en décomposition. Nous voilà serrant les dents, au plus près des romans de K. Dick comme jamais. Total recall, même à l'opéra. Photo : Total Recall de Paul Verhoeven
DS |