Les endeuillés
Cowboys & envahisseurs (2011) de Jon Favre
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Comme un DSK après une cuite à Tribeca, Daniel Craig se réveille un jour avec un bracelet électronique au poignet gauche.
Amnésique et habillé en cowboy, le gars se dirige vers Absolution, la ville la plus proche pour se reposer et essayer de se souvenir de quelque chose. Le village est contrôlé par un riche propriétaire terrien un peu connard sur les bords (Harrison Ford), père d'un merdeux ivrogne et tête à claque qui terrorise la populace en toute impunité. Après avoir envoyé chier le mioche et alors que se prépare la riposte colérique d'Indiana Jones, voilà que des soucoupes volantes surgissent du ciel kidnappant la majorité des habitants de la ville.
Tous les cowboys décident d'unir leurs forces pour retrouver leurs proches enlevés.

Tout est dans le titre

En gros, dans Cowboys et Envahisseurs, il y a des garçons-vachers et des aliens. C'est tout, serait-on tenté de dire, et c'est déjà pas mal. Surtout que si le film ne donne pas plus que son titre, il n'en donne pas moins non plus. Un western avec des gros bouts de science fiction dedans, voila le programme proposé par Jon Favreau, autrefois réalisateur d'un Iron man plutôt classieux et d'une séquelle de l'homme de fer assez pitoyable en son temps. Et il se trouve que le mariage western / SF fonctionne du tonnerre, bien aidé par l'originalité de l'entreprise (à part La vallée de Gwangi, un petit classique des sixties bien impressionnant, mettant des cowboys face a un dinosaure animé par le grand Ray Harryhausen ou le grand Vampires de Carpenter et ses suceurs de sang de l'ouest, les émules de John Wayne sont assez peu partageurs lorsqu'il s'agit de mêler les genres).

Ici tout commence donc comme un vrai western, plutôt bien foutu d'ailleurs, avec James Bond dans le rôle de Clint Eastwood, et tout se met en place pour nous offrir une relecture respectueuse des légendes de l'ouest, surtout quand Harrison Ford déboule dans un rôle de salaud à la Anthony Quinn. Cowboys & envahisseurs est donc un western sec, bien aidé par ses acteurs, tous au poil, Daniel Craig semblant apporter au far west la brutalité qu'il a récemment offerte à James Bond sur un plateau.

Au diapason d'une sombritude désormais autorisée dans les blockbusters depuis que Christopher Nolan a fait souffler un vent dépressif sur Gotham (The dark knight et son milliard de billets verts accumulés de par le monde), voila que les aliens jouent aussi les gros durs, tuant sans demander la permission ni même faire des blagues foireuses. Belle surprise que ce drôle de film furieusement premier degré, sans sidekick comique et sans concession, nous offrant des scènes autrefois fantasmées (les cowboys et les indiens contre des E.T., c'est Mars Attacks sans la condescendance).

Photo : La vallée de Gwangi de Jim O'Connolly

Réveils

L'autre miracle du film provient certainement de la bande de joyeux drilles derrière le scénario : un trio composé de Roberto Orci, Alex Kurtzman et Damon Lindelof, compagnons de route de J.J. Abrams et coauteurs des scripts de mission impossible 3, Star Trek et surtout de la série Lost. Et on sait depuis Super 8 que la bande à J.J. n'a pas son pareil lorsqu'il s'agit de dépoussiérer les mythes. Super 8 regardait en arrière, du coté de la fiction Spielbergienne avec une classe impériale, le reboot de Star Trek était arrivé a déringardiser les pyjamas du capitaine Kirk et Lost s'imposa comme la série fantastique ultime, surtout avec ses deux dernières saisons métaphysiques et vertigineuses. Ici tout commence comme dans Lost, avec un brave gars qui se réveille sur une terre inconnue, et tout le reste sera, pour le héros, une longue aventure faisant la lumière sur les raisons de sa présence et de son amnésie.

On peut même résumer le truc à une histoire de réveils, chaque protagoniste devant ouvrir les yeux et reprendre ses esprits pour se souvenir de son identité. Daniel Craig et son amnésie, le petit-fils du shérif fasciné par le troublant bad guy joué par Harrison Ford, le fils d'Harrison Ford, insupportable ivrogne enlevé par les aliens puis comme rebooté à son retour : les personnages principaux sont forçés de se réveiller d'un état de semi-conscience (cerise sur le gâteau, lorsque les méchants E.T. kidnappent les villageois, ceux-ci en ressortent momentanément aveugles).

Le must en la matière étant concentré dans le personnage jouée par Harrison Ford : un vrai pourri qui, petit à petit, va déterrer un héroïsme qu'il portait en lui (Indy !) et qu'il avait lui-même oublié.
Il s'agit donc de se réveiller et par là même de réveiller des mythes endormis, de mettre un coup de plumeau sur des personnages typiques du western spaghetti pour leur redonner le lustre du western classique. Sergio Leone et ses émules nous ont montré magistralement le crépuscule de l'ouest et comment les cowboys, autrefois héroïques, sont devenus des tueurs misérables, crachant et suant dans des villes poussiéreuses. La bande à Abrams part de ce postulat crépusculaire (difficile de revenir au brushing de John Wayne après les décennies définitives de Clint Eastwood) mais offre une brosse à tous ces cowboys pour qu'ils puissent revivre un âge d'or.
Le film devient une sorte de reboot du western, comme s'il dérivait vers le spaghetti et que l'aventure science fictionnelle le remettait sur les vieux rails du classique.

Photo : Lost - saison 1, série créée par J.J. Abrams

Réincarner son propre corps

Ce drôle de voyage à rebrousse-temps est permis par l'irruption du fantastique. Comme si le fait de frictionner western et science-fiction permettait à tous ces fantômes (tous les cowboys sont tristes au début du film, comme déjà fatigués) de s'incarner à nouveau. Ils ont été vivants mais ne s'en souviennent plus. Alors ils hantent la ville et se font des coups de minables. Partir à la chasse à l'extraterrestre, déterrer ce vaisseau dont, nous dit-on, la majeur partie est enfouie dans le sol, c'est un peu se sortir soi-même de la tombe.

Pour survivre dans la ville d'Absolution, il faut donc faire un travail de deuil. De soi (Harrison Ford, jamais aussi émouvant auparavant) ou de l'être aimée. Pour le vieil Indiana Jones, il s'agira de sortir de l'aigreur ayant poussé le jeune héros qu'il était autrefois à devenir un propriétaire terrien sadique. Faire la paix avec son passé.

De son côté, Daniel Craig pas encore vieux, pas encore aigri mais inconsolable de la perte de sa femme, se résoudra à retourner une dernière fois chez lui pour voir s'envoler l'oiseau-mouche / âme de son épouse défunte comme l'oiseau sort de la chambre de Pocahontas lorsque la belle indienne du Nouveau monde de Malick décède. Après le médaillon du gamin de Super 8, attiré par l'alien dans la scène finale, tous ces héros Abramsiens ont donc besoin de regarder en haut et laisser leur peine s'envoler pour vivre à nouveau.

Photo : Super 8 de J.J. Abrams

 

 

 

RN

Filmographie de Jon Favreau (lien Imdb)