![]() |
|||||
Tout est dans le titre En gros, dans Cowboys et Envahisseurs, il y a des garçons-vachers et des aliens. C'est tout, serait-on tenté de dire, et c'est déjà pas mal. Surtout que si le film ne donne pas plus que son titre, il n'en donne pas moins non plus. Un western avec des gros bouts de science fiction dedans, voila le programme proposé par Jon Favreau, autrefois réalis Ici tout commence donc comme un vrai western, plutôt bien foutu d'ailleurs, avec James Bond dans le rôle de Clint Eastwood, et tout se met en place pour nous offrir une relecture respectueuse des légendes de l'ouest, surtout quand Harrison Ford déboule dans un rôle de salaud à la Anthony Quinn. Cowboys & envahisseurs est donc un western sec, bien aidé par ses acteurs, tous au poil, Daniel Craig semblant apporter au far west la brutalité qu'il a récemment offerte à James Bond sur un plateau. Au diapason d'une sombritude désormais autorisée dans les blockbusters depuis que Christopher Nolan a fait souffler un vent dépressif sur Gotham (The dark knight et son milliard de billets verts accumulés de par le monde), voila que les aliens jouent aussi les gros durs, tuant sans demander la permission ni même faire des blagues foireuses. Belle surprise que ce drôle de film furieusement premier degré, sans sidekick comique et sans concession, nous offrant des scènes autrefois fantasmées (les cowboys et les indiens contre des E.T., c'est Mars Attacks sans la condescendance). Photo : La vallée de Gwangi de Jim O'Connolly Réveils L'autre miracle du film provient certainement de la bande de joyeux drilles derrière le scénario : un trio composé de Roberto Orci, Alex Kurt On peut même résumer le truc à une histoire de réveils, chaque protagoniste devant ouvrir les yeux et reprendre ses esprits pour se souvenir de son identité. Daniel Craig et son amnésie, le petit-fils du shérif fasciné par le troublant bad guy joué par Harrison Ford, le fils d'Harrison Ford, insupportable ivrogne enlevé par les aliens puis comme rebooté à son retour : les personnages principaux sont forçés de se réveiller d'un état de semi-conscience (cerise sur le gâteau, lorsque les méchants E.T. kidnappent les villageois, ceux-ci en ressortent momentanément aveugles). Le must en la matière étant concentré dans le personnage jouée par Harrison Ford : un vrai pourri qui, petit à petit, va déterrer un héroïsme qu'il portait en lui (Indy !) et qu'il avait lui-même oublié. Photo : Lost - saison 1, série créée par J.J. Abrams Réincarner son propre corps Ce drôle de voyage à rebrousse-temps est permis par l'irruption du fantastique. Comme si le fait de frictionner western et science-fiction permettait à tous ces fantômes (tous les cowboys sont tristes au début du film, comme déjà fatigués) de s'incarner à nouveau. Ils ont été vivants mais ne s'en souviennent plus. Alors ils hantent la ville et se font des coups de minables. Partir à la chasse à l'extraterrestre, déterrer ce vaisseau dont, nous dit-on, la majeur partie est enfouie dans le sol, c'est un peu se sortir soi-même de la tomb Pour survivre dans la ville d'Absolution, il faut donc faire un travail de deuil. De soi (Harrison Ford, jamais aussi émouvant auparavant) ou de l'être aimée. Pour le vieil Indiana Jones, il s'agira de sortir de l'aigreur ayant poussé le jeune héros qu'il était autrefois à devenir un propriétaire terrien sadique. Faire la paix avec son passé. De son côté, Daniel Craig pas encore vieux, pas encore aigri mais inconsolable de la perte de sa femme, se résoudra à retourner une dernière fois chez lui pour voir s'envoler l'oiseau-mouche / âme de son épouse défunte comme l'oiseau sort de la chambre de Pocahontas lorsque la belle indienne du Nouveau monde de Malick décède. Après le médaillon du gamin de Super 8, attiré par l'alien dans la scène finale, tous ces héros Abramsiens ont donc besoin de regarder en haut et laisser leur peine s'envoler pour vivre à nouveau. Photo : Super 8 de J.J. Abrams
RN |