Predator deux
The descent (2005) de Neil Marshall


Claustro

Déjà, la spéléo, ça fait peur. Passer dans des galeries où le moindre bourrelet vous condamne à devenir un fossile.
Mais quand en plus un éboulement bloque la sortie et que des espèces de chaînons manquants entre l'homme et la chauve-souris veulent vous becqueter...

C'est le calvaire que Neil Marshall a décidé de faire endurer à ses six winneuses en deux temps : une première partie réaliste, limite film catastrophe, puis le film bascule dans le survival façon Creep (une petite merveille jouant du survival dans une bouche de métro).
Mais là où Creep nous décrivait la régression sociale de Franka Potente, The descent s'intéresse au trauma d'une femme qui a perdu sa petite fille et son mari.
Et on pourrait même voir le film comme une pure manifestation psychique du trauma de la (vachement jolie) Sarah.
Au début du film, la scène de l'hôpital nous la montre ainsi se réveiller et apprendre le décès de la petite. Et sortir de sa chambre en hurlant. Dès lors, le couloir de l'hôpital s'éteint progressivement et l'oblige à fuir l'obscurité.
Le ton est donné : il va falloir courir pour retrouver la lumière.

Pour le reste, c'est du classique : l'équipe va se faire décimer progressivement, nous permettant de jouer au fameux jeu de "c'est qui la prochaine?".
La mise en scène de Marshall fait le reste : pas d'éclairage autre que les lampes des nanas, une narration en quasi temps réèl, bref, une efficacité inédite dans la création d'une sensation rare au cinéma : la claustrophobie.

Photo : Creep de Christopher Smith

Régression salvatrice

Puis viennent les créatures. Visiblement, elles ont très faim et elles aiment bien les films de Fulci parceque ça flippe. Et ça charcle. Bon, évidemment vu le dispositif mis en place précédemment, tenant quasiment de l'expérimental, ça devient vite concept.
Deux gonzesses se cachent et entendent les créatures tuer une copine. L'une dit à l'autre "du moment que ce n'est pas moi".
Tout pète. Plus de repères. Juste le besoin de survivre, égoïstement.
Parceque six pieds sous terre, on est proches de nos origines. Animales.
Et puis la spéléo, c'est un peu faire le chemin en sens inverse : passer par des "boyaux" dans la terre, retourner dans le ventre de sa  mère, "dénaître".
Le film décrit le parcours géographique des filles comme un périple à rebrousse-temps : elle trouveront d'abord un crochet du siècle dernier, puis des peintures rupestres.
Plus elle avancent, plus elles remontent le temps. Jusqu'à l'arrivée des créatures. Vestiges de l'évolution.

Sarah aura le droit de vivre ce parcours intégralement.
Redevenir un animal pour pouvoir survivre. Se prendre un bain de sang. Et taper fort. Avec un os.
Clin d'oeil à Predator : les créatures passent sur les filles sans les voir. Les proies restent immmobiles "He couldn't see me". Arnold en disait de même lorsqu'il se maculait de boue pour échapper au drôle d'alien rasta. Et se battre comme un animal.

Sauf que chez Mac Tiernan, la victoire avait un prix : la destruction suicidaire (une petite bombe atomique quand même, les gars).
Là, Sarah ne gagne pas vraiment contre les créatures : elle devient l'une d'elles.

Photo : Predator de John Mac Tiernan

Deux fins, pas de fin

Le film se termine par une improbable évasion de Sarah, finalement rêvée.
Sarah s'échappe de la grotte mais le fantôme de Juno la poursuit. Cut. En fait Sarah est restée dans la grotte et n'en sortira pas.
De deux choses l'une : soit elle en est vraiment sortie et le plan final nous montre qu'elle y a laissé quelque chose, qu'elle n'en sortira pas psychologiquement (d'où le fantôme de Juno qui la hante), soit, et dans ce cas, Keane de Lodge Kerrigan, n'est pas loin, désormais son corps ne pourra plus faire partie du monde d'en haut.
Jusqu'à finir en
sujet d'une peinture rupestre.

 

 

 

RN

Filmographie de Neil Marshall (lien Imdb)