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Il faut dire que La maison de cire, c'était vraiment bien. Un film pareil, cumulant les tares de naissance (encore un remake, surfant sur la vague Saw, avec Paris Hilton), aurait du finir dans l'enfer du petit bonhomme à tête de con de Télérama. Collet-Serra tira le meilleur de son script opportuniste, quittant le gothique du film original au profit d'un truc sec, violent et bien troussé. Pour courronner le tout, attendue par tous avec la Kalashnikov, Paris Hilton s'y révélait même très bonne (actrice). Le film marche bien et une commande plus tard (Goal 2, avec Beckham, donc très bon), Silver et Leonardo proposent donc à Jaume de s'occuper d'Esther. L'histoire d'une petite orpheline adoptée qui va se faire un plaisir de faire sauter sa famille d'accueil. Ces saletés de gossesLa famille Coleman ne tourne plus rond. Hantée par le décès de sa fille à la naissance, la mère, Kate, après quelques cures de désyntox, décide d'adopter un troisième enfant, pour tenir compagnie à sa petite fille sourde-muette et à son gamin fan de Guitar Hero, mais aussi pour panser ses plaies maternelles. Dans un orphelinat, ils ch Et pour nous, spectateurs, en route pour un film d'un sous-genre plutôt rare mais toujours jouissif : le film de gamin démoniaque. Peu de films pour beaucoup de réussites. C'est comme si le renversement des valeurs (le symbole de l'innocence devient le mal absolu) était un gage de qualité. Profitons-en donc pour louer ce sous-genre difficile à alimenter (les ligues de vertus et comités de censure veillent puisqu'il faut faire du mal au gamin pour s'en sortir) mais faisant souvent l'évènement. Ca s'explique par le postulat même de ces films : s'intéresser à des gamins méchants nous en raconte toujours sur la société en général. Quand un adorable bambin laisse les legos pour trucider maman, c'est forcément qu'il y a quelque chose de pourri dans le royaume des adultes. Cette problématique, faisant mentir Rousseau pour notre plus grand plaisir, hante les films de quelques grands réalisateurs, de Carpenter (revoir le début d'Halloween pour s'en convaincre) à Nakata. Photo : La malédiction de Richard Donner Une projection qui tourne malEsther, le règne du diable, ça la botte moyen. Son truc, ce serait plutôt la destruction de la famille. Old school, avec de bons vieux outils : un marteau, un étau, une burette. Un compte à régler avec un passé ingrat, peut-être. Ou la certitude que le cercle familial porte en lui les ingrédients de sa destruction. Il s'en faut de peu pour que la famille américaine ne devienne, à la faveur d'une inversion de représentations, le stéréotype d'un malaise sourd. C'était même le sujet d'un certain Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal, quatrième opus mésestimé, avec sa famille idéale faite de mannequins et son mariage final en forme d'enterrement. Ici, la famille Coleman est intellectuellement et sentimentalement morte depuis le décès du bébé. Un trauma originel révélateur d'une vacuité insoupçonnée. Regarder leur habitation équivaut à vivre leur chemin de croix et à regarder la famille typique d'un oeil éclairé : des tentatives de fuir la maison pour créer un havre de paix loin du sol (la cabane du petit comme échappatoire à la réalité) ou pour se recréer une maison pure et idéale, faite de fleurs (la serre où l'âme de la petite morte subsiste). La vérité, c'est que le sol se dérobe sous les pieds de ces quatre pauvres hères (la petite sourde a failli mourir en tombant dans le lac gelé). Avec l'arrivée d'Esther, tout se passe comme si la famille avait, à force d'illusion de toute puissance, planté les germes de sa propre destruction. Le garage devient une véritable armurerie pour la petite psychopathe, la serre est un jeu de massacre, la cabane se mue en une incitation à la pyromanie. A l'intérieur, ce n'est pas mieux : avoir cassé les murs sous prétexte de dialogue et de transparence devient vite un vrai problème quand l'une des leurs est une menace. Pourtant, si Esther est là, c'est parceque les parents se la sont prescrite pour oublier le trauma. Un médoc en forme d'enfant destiné à en faire oublier un autre. Comme dans Simetierre, Esther est la manifestation d'une volonté de panser une souffrance mais le remède devient pire que le mal. Ici, plus que présenter des symptômes meurtriers, la petite enrubannée devient l'âme damnée de cette petite morte avant d'avoir vu le jour. Esther est ce monstre dont Kate rêve dans ses cauchemars d'accouchements. Elle est une projection. La projection mentale d'une famille dévastée et dont elle en profite pour s'engouffrer dans la brèche : maîtresse dans l'art des apparences, la projection devient un projecteur, dont le charme est actif en pleine lumière mais dont la vérité crade se monte en pleine nuit, au moyen d'un révélateur (les lampes à ultraviolets donnent une tout autre gueule aux peintures). Pour se sortir des griffes de ce monstre issu des esprits malades d'une famille sous le choc, il faut revenir aux corps. Oublier toute cette socialisation, Ikéa, Dolto. Se battre, régresser, oublier la psychologie et couper définitivement le cordon avec le trauma. Regarder ce drôle d'être dans les yeux, et comprendre que la chimère d'un enfant perdu n'est pas son enfant. Photo : Simetierre de Mary Lambert
RN |