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Ranimer les mortsQuand Mel Brooks décide, en 1974, de faire une parodie du film d'horreur de James Whale, l'idée ne va pas vraiment de soi. Surtout que le gars tourne en noir et blanc, comme le classique sorti quarante ans plus tôt. Une drôle d'idée, surtout quand on se souvient de la démarche de Polanski, auteur lui aussi d'une parodie d'horr Mel Brooks s'éxécute mais tient d'une main de fer son drôle de projet. Oui, ce sera une comédie, mais aussi un vrai film d'horreur comme la Universal en produisait dans les années trente. Un Universal Monster drôle, se moquant des clichés du genre mais rendant aussi hommage à Frankenstein et à James Whale au passage. Un peu comme Hazanavicius et ses OSS 117, le réalisateur profite donc du détournement annoncé pour faire un vrai film comme à l'époque. L'un est allé réveiller le cadavre du ciné d'espionnage à la française des sixties, l'autre va chercher un genre tombé à l'époque en désuétude : en 1974, la Hammer, qui bouge encore, avait enterré, par son succès et par son modernisme (du sang, du sexe, de la couleur), plusieurs décenies de fantastique classique façon Universal. Plus que chez Polanski, l'idée est ici de ranimer un cinéma inanimé car surrané. Plus qu'un truc de petit malin, ça ressemble fort à un hommage en règle, surtout quand on sait que Brooks a bénéficié de quelques décors et accessoires du chef d'oeuvre de Whale. Une autre lecture du film, rigolote et passionnante, fait ressembler Frankenstein Junior à une histoire juive, avec son héritier d'une famille des pays de l'Est obligé de changer son nom pour mieux s'intégrer mais vite rattrapé par ses origines. Frankenstine a essayé de refaire sa vie (en faisant notamment oublier la consonnance juive de son nom) mais son arrivée en Europe de l'Est sera, pour lui, comme un révélateur de l'importance de ses racines. Ajoutez à celà une gouvernante omniprésente et castratrice jouant les mères juives et essayant de forcer l'hérédité du grand dadais. Photo : OSS 117 - Le Caire nid d'espions de Michel Hazanavicius Elephant boyOn rit beaucoup à la vision de Frankenstein Junior, par les détournements des codes du genre et grâce à une galerie de personnages b En grand amoureux du genre, Brooks soigne d'ailleurs particulièrement sa créature, un monstre ramené à la vie mais promise au lynchage qui échappera à son destin tragique par la grâce d'un réalisateur généreux, faisant, à son apparition, basculer sa comédie d'horreur vers une ode à la tolérance. Finalement, le vrai enjeu sera de donner une place à la créature, autrefois obligée de mourir à la fin des films pour ressusciter au début du suivant. La pantalonnade annoncée (et respectée) laisse la place à un beau film, émouvant et surprenant. Les deux films sont donc comme les deux volets d'un diptyque sur la monstruosité, tous les deux en noir et blanc et dans une ambiance Universal Monsters. On n'attendait pas ça de la part de Brooks. Surtout vu le passé et la carrière à venir du bonhomme, plutôt gaudriolesque et lourdingue (et qui mérite donc une revoyure). Honorant son statue de version joyeuse du melo lynchien, Frankenstein Junior se termine donc sur une note positive, généreuse et drôle, permettant à la créature de s'intégrer moyennant un drôle d'échange de cerveau. Ca tire davantage du cote de Capra que de celui, ouvertement parodique, des ZAZ. Photo : Elephant man de David Lynch
RN |