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Au pays de Gandhi C'est qu'elle est bizarre, cette famille "modèle". Il y a d'abord cette inversion des rôles : le mec, c'est la femme. C'est elle qui fait tourner le foyer, qui dépose son mari au boulot et qui prend les décisions. Il y a la petite fille qui vit dans un monde de conte de fées et qui cauchemarde quand il fait trop noir. Il y a Jack, le fils, un teenager dont le refus de toute forme de violence le fait passer pour la lopette du collège. |
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Et puis rarement le recours à la violence n'aura été vécu comme une telle défaite. Lorsqu'au bout de plusieurs insupportables persécutions, Jack foutra une branlée à la tête à claque de l'école, alors que le spectateur ne peut s'empêcher de prendre son plaisir cathartique, la chose est vécue comme un échec. Le gamin est instantanément mis au ban de la famille. Oui, c'est vrai, la vengeance n'est pas la justice, mais en même temps, putain, ça fait du bien. Cronenberg prend un malin plaisir à nous montrer cette famille chez qui le recours à la violence est la pire chose. Mais ça ne tourne pas. Et si Cronenberg nous faisait culpabiliser pour nous dire que la violence est indispensable ? Ici, le pacifisme est un sacerdoce. On pense au personnage de Mel Gibson dans le beau "Signes" de Shyamalan, un ancien prêtre qui tenait sa famille dans un ascétisme traumatique consécutif à la mort de sa femme. On pense aussi au "Village" du même gars où des baba cools inventaient une religion et un espace-temps en s'enfermant pour ne pas être pollués pas un extérieur décidément trop profane. |
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Le corps réceptacle Pour respirer, pour s'en sortir, il faut sortir de son corps. Pour qu'il se passe quelque chose. Tom et sa jolie avocate font l'amour. Un couple sans histoires et sans histoire. Pour exciter Aragorn, madame a prévu une surprise. Elle se déguise en pom pom girl. Et ça marche. "Où est ma femme ?" dira Tom en se tapant cette teenager de quarante balais. Plus tard, lors de l'autre scène d'amour du film, c'est Tom qui changera de corps. Dans le corps de Joey, il brutalise sa femme. Enfin un fantasme. Orgasmes dans l'escalier. |
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![]() Les chiens de paille de Sam Peckinpah |
Finalement, Tom était Joey. Mais il a dû laisser tomber Joey pour pouvoir se refaire une vie clean. Alors pour continuer à être Tom, il va devoir tuer Joey. Tuer son frère, tuer ses anciens potes. Tout casser. Détruire sa famille d'origine, la mafia irlandaise, pour qu'il n'en reste plus rien. Pour que tout cela ne reste qu'une "history of violence", littéralement, un "passé de violence". Un passé de violence pour pouvoir vivre en paix. On ne peut s'empêcher de trouver la famille de Tom archétypale de la famille américaine idéale et ainsi de penser à Scorsese et à ses gangs de New-York qui eux aussi ont donné naissance à quelque chose, une nation, dans le sang. |
A la fin du film, Tom a tout massacré. Il rentre à la maison. Sa femme et son fils ne savent plus qui il est, Tom l'eunuque ou Joey la terreur. Sa petite fille, celle qui vivait dans un conte de fées, lui tend les couverts pour qu'il réintègre la famille.
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RN |
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