![]() |
|||||
Thalassothérapie pour geeksUn petit film pas cher, fait sans pression, comme offert par les producteurs à Raimi pour le remercier du succès des Spiderman. Un peu comme Tim Burton était parti se cacher qu Et comme avec Burton, le miracle se produit et, sans rien enlever à l'immensité de sa trilogie du tisseur, voilà que Jusqu'en enfer, comme Edward pour Burton, réussit à être l'un des meilleurs films de Raimi. Edward (entre les 2 batman) pour Tim Burton, Le prestige (entre les 2 autres Batman) pour Christopher Nolan, La liste de Schindler (entre les 2 jurassic park) pour Spielby, pourquoi ces films peu couteux faits entre deux gros budgets sont-ils si souvent bons ? Photo : Edward aux mains d'argent de Tim Burton Rendez-vous avec la banqueUne vieille gitane fauchée vient demander un allongement de prêt (pour en baisser les mensualités, on imagine : eh oui, à Palma, on est abonné à Bloomberg TV) mais l'employée de banque qui la reçoit, se devant d'être impitoyable pour obtenir absolument une promotion, refuse la faveur, mettant du même coup la bohémienne en furie et à la rue. La vieille maudit alors la petite qui se trimballerait donc une malédiction ancestrale. Il lui reste trois jours avant qu'un démon ne bouffe son âme et lui offre un séjour en enfer all included. Idée géniale et coup de pot en ces temps de crise, Raimi fait de son héroïne une banquière. Une petite employée gentille mais obligée, ce jour là, de se faire plus winneuse que son collègue puisque les deux briguent le même poste de directeur adjoint. L'occasion, pour Raimi de faire du film un vrai brûlot social, comme on en faisait chez tonton Capra ou plus récemment, tonton Carpie. Carpenter, Capra, mais aussi Tourneur, dont le classique Rendez vous avec la peur a officiellement inspiré Raimi jusqu' Il faut dire qu'ils ont des points communs, les deux déviants : en plus d'œuvrer majoritairement dans l'horreur, ils relient systématiquement leurs films avec le contexte social de leur époque, s'en servent pour, par petites touches, faire des manifs pelliculées. Souvenons-nous du tout premier zombie de l'histoire du cinéma, inventé par Tourneur, justement, dans Vaudou : il s'agissait d'un esclave noir revenu d'entre les morts pour venger des injustices. N'en déplaise à tous ceux qui prendraient le genre de haut : le fantastique, et plus précisément l'horreur est depuis longtemps le genre privilégié pour faire de la protestation sociale : de sa naissance (Tourneur), à ses révolutions (les zombies tour à tour blacks, consuméristes, militaires puis SDF de Romero dans sa tétralogie des morts-vivants). Photo : Rendez-vous avec la peur de Jacques Tourneur Tous des précairesChez Raimi, c'est tout pareil, et ça ne date pas d'aujourd'hui. Tous ses héros sont des précaires. Un petit inventaire permet de voir à quel point, et c'est tellement énorme que ça vire à la surprise, Raimi fait de l'altérité, de la précarité, le terreau du fantastique. Ca commence avec Evil Dead : Ash, premier héros raimien (on dirait une race extraterrestre de Star Trek) est un bourrin, un abruti qui n'aurait absolument pas sa place de héros dans un autre film : au mieux, il serait le mec qui meurt à la fin de la première bobine. Là, on se trimballe un écervelé pendant trois films. K Dick résumait bien le truc en critiquant l'exemplarité des héros de fictions. Et si le dernier homme sur terre, survivant à un apocalypse atomique était petit, gros, laid et stupide (Dom, arrête de construire un abri, c'est de la fiction) ? se demandait ainsi le papa de Blade runner et de Minority Report avant de devenir dingue. Darkman ? Un SDF défiguré. La Sharon Stone de Mort ou vif ? Une femme que personne ne prend au sérieux avant qu'elle n'aère les cervelles de ses ennemis en duels. Et ça continue avec Spiderman, un geek à l'écart des autres, un freak que personne ne respecte. Les filles matent toujours un autre gars, les mecs lui font des croche patte. Grimé en Spiderman il est acclamé par tout New York mais sans son costume, il n'existe pas, livreur de pizza ou pigiste précarisé pour un journal à scandale. Sam Raimi ne cesse de prendre pour protagonistes des laissés pour compte. Il fait son marché des héros en regardant le plus en bas de l'échelle. Même dans son film le plus "sage", Un plan sim Son dernier film creuse encore le sillon : dans Jusqu'en enfer, Samy semble ainsi carrément étirer une scène de Spiderman 2, l'une de ces splendides scènes des trois Spiderman qu'on avait presque oublilé tant la trilogie du tisseur est riche. Il reprend la visite de Tante May à sa banque venue réclamer un grille-pain avant de se faire éconduire dans les règles de l'art. Une vieille dame avec un foulard, digne mais victime parfaite d'une extrême violence sociale, copie conforme de la gitane implorant une rallonge de crédit. Comme si Sam n'avait pas tout dit dans Spiderman 2. Pas le temps, et puis les studios voulaient-ils un brûlot ? Non, surtout vu la tragédie grecque qui se joue à côté, sur fond de demi-dieux se foutant sur la gueule en plein New-York. Alors Sam pousse le truc, met sur le même plan la banquière et la sorcière : les deux ont le pouvoir de niquer la vie des gens sur plusieurs générations. Un "ça ne va pas être possible" et tu dors dehors : on appelle ça une malédiction. La différence, c'est qu'il choisit de s'intéresser cette fois à la banquière, une petite prolo amoureuse d'un riche fils à papa (Justin Long, décidément génial dans tous ses rôle depuis Jeepers Creepers jusqu'à ses pubs pour Apple ici, là ou encore là) voulant être à la hauteur de son futur mari. Comme le Ash des Evil Dead, la petite va bien morfler, dans ce mix si parfait que sait faire Raimi de l'horreur et de la comédie. Drôle parcequ'horrible, horrible parceque drôle : jamais la comédie ne vient altérer le pur film d'horreur. Pas de second degré, juste un idéal de cinéma arrivant à l'harmonie parfaite entre les genres. C'est encore une marque de fabrique de Raimi depuis Evil Dead et ça virerait presque au manifeste politique de tolérance entre les genres si on se souvient des Spiderman mêlant allègrement soap opéra et film de super-héros ou Mort ou vif, western spaghetti faisant débouler des bouts de mythologie (l'héroïne Ellen, la ville nommée Redemption...) en plein Sergio Leone. Sam Raimi est un gars à part. Unpur geek pas intégriste pour un sou. Un mec si généreux qu'après avoir vu un des ses films, on se demande de quel genre on vient de voir le chef d'oeuvre. Photo : Spiderman 2 de Sam Raimi |
RN |