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Si le cinéma de Chabrol nous a longtemps montré des personnages qui essayaient d'exister malgré ou par le mensonge, Gabrielle Deneige fait partie de la nouvelle race des héroïnes chabroliennes, de la Santa, demoiselle d'honneur à Huppert en Eva Joly, celles qui veulent dynamiter le système par folie, par volonté de justice ou, comme c'est le cas ici, juste par innocence. Le monde est cruel, les placards débordent de cadavres et si chacun pense pouvoir être libre, Gabrielle n'a même pas conscience des dangers. C'est que ce monde d'adultes est composé de cercles clos qui s'entrechoquent. Des mondes hermétiques. Magimel croit pouvoir traverser les cercles avec son fric, Berléand pense aussi pouvoir naviguer parmi les cercles par la distance qu'il met entre lui et les choses grâce à sa maîtrise des mots. Et Sagnier ne sait même pas qu'il y a des cercles. Elle ne vivra qu'une suite d'exclusions de ces mêmes cercles. Tout le monde semble s'accommoder des mensonges sauf Gabrielle. Au milieu des deux mecs, au milieu des deux cercles, la peti Gabrielle est une vraie page blanche que les deux mecs trimballent de cercle en cercle pour se réécrire. Elle est un outil qui s'ignore. Des intellos partouzeurs à sa belle famille de riches notables lyonnais, elle ne prendra conscience que trop tard de l'idée que ses deux mecs se faisaient d'elle. La solution ? S'accomplir dans la mise en scène de son malheur en jouant une femme coupée en deux dans le spectacle d'illusionniste de tonton. Le Romance X de Breillat est tout proche, avec une Caroline Dulcey mariée frustrée qui se bougeait le cul en passant de Berléand à Rocco Siffredi. Photo : Romance de Catherine Breillat |
Plutôt Ellroy que Navarro : l'autre fille coupé en deuxLe film a beau se passer dans la région lyonnaise et être réalisé par un Chabrol si sous-estimé que l'inconscient collectif l'a réduit depuis longtemps à un faiseur de Navarro livrant un opus pépère par an, c'est juste une merveille empruntant définitivement plus à Hitchcock qu'à Roger Hanin. De quoi donner envie de se taper la filmo complète de Chabrol (à Palma, c'est ce qu'on fait et c'est énorme). Chabrol n'oublie pas ses classiques, au détour du chignon utérin très Vertigesque de Mathilda May ou de cette scène centrale sublime, inouïe, où comme dans La mort aux trousses, le film fait pause. Alors que des dieux omniscients s'interrogeaient là-bas sur le sort de Cary Grant dans l'olympe de la CIA ("pauvre, pauvre Monsieur Tornhill"), La mère et l'oncle de Sagnier profitent de la dépression de la petite pour livrer un point de vue omniscient donc divin sur le film. Magnifique scène où nous sont exposés les scenarii possibles. Dont le scénario fatal. Un petit côté Ellroy aussi. Parcequ'il est ici question du pourrissement des familles qui contamine le monde jusqu'à lessiver une candide héroïne. Ultime pied de nez, Elizabeth Short, le dahlia noir, n'était rien d'autre qu'une fille dont le corps se retrouva précisément coupée en deux. Et puis à la manière d'Ellroy, dont les bouquins sont réputés inadaptables parceque trop compliqués, ce Chabrol cuvée 2007 ne livre pas tous ses secrets : pourquoi Magimel déteste-t-il autant Berléand ? Et bon sang, c'est qui ce gus qui suit Paul (Magimel) partout ? son garde du corps ? sa conscience (dès qu'il disparaît Paul pète les plombs) ? un frère de remplacement depuis que l'autre est mort ? On pense à Orange mécanique où les parents de Malcolm Mac Dowell avaient remplacé ce fils turbulent par un gentil corps mou. On a pu lire ça et là que Chabrol avait oublié de chercher à surprendre son public. Aussi faux qu'injustifié. Ou alors il faudrait tirer à boulets rouges sur tous les films noirs auxquels La fille coupée en deux reprend plus ou moins le principe en se permettant de l'inverser (ici ce n'est pas la femme qui est fatale mais les hommes). Et question manque de surprise, un film aussi célébré que Le rêve de Cassandre de maître Woody se pose bien là, avec ses personnages qui n'arrivent pas à comprendre qu'ils sont sur des rails quand ils pensent être libres. Ca n'empêche pas le dernier film de Woody d'être magnifique, non ? La fille coupée en deux est donc un film important. Photo : Le dahlia noir de Brian De Palma |
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RN |