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L'année où la terre s'arrêtaPas de suspense, le pitch annonce déjà la couleur : c'est la fin du monde. Encore. Parceque si d'habitude, les super héros, les hobbits ou les jedis trustent le box-office, le truc de 2009, c'aura vraiment été l'apocalypse. Terminator 4, The Box, Prédictions, Watchmen, Bienvenue à Zombieland, Ponyo sur la falaise, le naze 2012 : tout le monde fait sa fin du monde. Même les français s'y sont mis, à la faveur d'un grand opus des Larrieu bros (Les derniers jours du monde). Le reste des films, sans raconter la fin du monde par le menu, baignent dans une atmosphère inhabituellement catastrophiste : Jusqu'en enfer, Là-haut, Harry Potter et le prince de sang-mêlé, Walkyrie, Transformers 2, District 9, aussi différents soient-ils, nous donnent à voir un univers menacé de destruction ou dont les valeurs s'effondrent. Même Avatar prend pour background la fin de la terre telle qu'on la connaît. Même le docu s'y est mis. En 2009, on en aura aussi bien chié avec Nicolas Hulot et Yann Arthus-Bertrand, les prophètes de l'apocalypse au milieu de la ronde des marques. D'abord la colère devant ces conneries de films, moralisateurs, catastrophiste Au milieu de ses fonds d'écrans animés, Arthus-Bertrand aura donc eu le mérite très contreproductif mais bien réel de nous faire kiffer des pompes à pétrole, ersatz des Transformers bien plus impressionnants que dans le film de Bay. Pendant ce temps, même L'âge de glace 3, un champion du box-office français apparement inoffensif, trouve le moyen d'amuser les têtes blondes (et les têtes blanches) en racontant la fuite perdue d'avance d'espèces en voie d'extinction, quelques instants avant leur mort. Remarquez, tant que ça marche, ils sont pas prêts de clamser, ces mammouths, parresseux et tigre à grosses dents. Drôle d'année : soit tout commence (Twilight, Star Trek, Avatar), soit tout finit. Mais en 2009, rien ne dure. Un bien beau champ de ruines. Photo : Home de Yann Arthus-Bertrand Accomoder les restes du cinémaSi 2009 a donc été riche en la matière, les films post apocalyptiques, ça ne manque pas. Mais généralement, il faut combattre ou fuir. Pas dans La route. Puisqu'on vous a dit que c'était la vraie fin. Pas d'oasis pleine de plantes vertes, de femmes enceintes pour rebooter l'humanité ou de soleil à rallier. Pas de tromperie sur la marchandise avec Hillcoat. Du coup, vu qu'il n'y a plus que ça à faire, les héros du film se mettent à réfléchir. Tiens, ce serait rigolo, la fin du monde à l'UMP. La route aurait le défaut d'être trop intelligent, pas assez sec, trop contemplatif... Eh, oh, les amis, on va vous projetter un Haneke et tout ira mieux. Parceque si Hillcoat n'est pas Darabont, réalisateur d'un The mist arrivant aux cîmes du ciné parcequ'il l'attaque par le tout petit bout de la lorgnette (en gros, faire d'un épisode de la quatrième dimension un précis de philisophie fun et flippant), gardons en mémoire que le sujet conditionne tout. Et ici, le sujet, c'est qu'il n'y a plus rien. Pas de zombie à fuir, pas d'essence à chercher, même plus de bouffe. Imaginez Je suis une légende sans les contaminés : Will Smith se ferait bien chier, à écouter Bob Marley à longueur de journée. Peut-être même que ce serait beau. Puisque toute action y est a priori proscrite faute de combattants, La route devient vite un film traversant les genres à marche forcée. Parti pour être u C'est comme si on refusait à ces personnages le film pour lequel ils auraient été écrits. Alors que tout s'éteint, voici des rôles faisant de la résistance pour continuer à être incarnés. Le grand réalisateur à dit "coupez" , c'est la fin du spectacle, on remballe tout mais des corps continuent d'avancer. Pas des zombies stricto sensu, pas des fantômes, juste des personnages rétifs à l'idée de disparaître. Un peu comme dans INLAND EMPIRE de Lynch, où Laura Dern a fort affaire avec son perso qui traîne encore dans les décors du film qu'elle tourne, en son absence. Ici, il n'y pas bien longtemps que l'histoire avec un petit et un grand h, s'est arrêtée. Mesdames, messieurs, votre magasin va fermer ses portes, merci de gagner les caisses. Adapté d'un best seller lauréat du prix Pullitzer, La route prend donc une ampleur insoupçonnée en devenant un film : cet homme et son fils traversent des paysages apocalyptiques (sublimes) les renvoyant à l'inexorabilité de leur fin. Ce faisant, leur survie ne tient qu'aux infimes morceaux de fiction auxquels ils peuvent se rattacher. Le décorateur à tout remballé mais le père et son fils continuent. Le moindre bout d'histoire fait avancer le film : une canette de coca devient ainsi à la fois un vestige de la civilisation, la découverte d'un truc insensé ("il y a des bulles !" fait le petit) et une bien émouvante madeleine. La rencontre d'un vieillard, magnifique car reposant la question de l'humanité (on est redevenus des animaux, oui ou merde ?), ou la redéfinition finale de la famille (Guy Pearce : "nous avions un fils, tu veux venir avec nous ?") permet à ces personnages (qui devraient être) morts (mais qui sont pourtant bien) vivants, zombies en mal de drama, de retrouver des bouts d'énergie à chaque fois que la fiction pointe le bout du nez. Shyamalan aurait aimé ces zozos persistants à chercher des rôles malgré le clap de fin. Photo : INLAND EMPIRE de David Lynch |
RN |