A toute vitesse
Le sauvage (1975) de Je
an-Paul Rappeneau


Il se retire sur une ile déserte pour regarder pousser ses légumes bio. Elle le colle au cul pour fuir un fiancé accro. Deneuve joue les parasites blonds quand Montand fait le papé écolo. Elle court, elle court la comédie comme les deux héros se collent au cul après, histoire d'épuiser, à l'échelle des continents, toutes les postures amoureuses à défaut de positions sexuelles.

C'est l'un des charmes du cinéma de Rappeneau : faire de la course poursuite non seulement un moteur narratif, mais bien la matière même du rapport amoureux, voir du cinéma. Du Hussard sur le toit (un western provençal) à Cyrano de Bergerac (Depardieu période fuite en avant), le cinéaste file à toute vitesse avec le flippe suprême : s'arrêter net.

En 1975, Le Sauvage concentre le paradoxe jusqu'à l'incandescence : filmer un homme grisonnant à la recherche du surplace contre un ouragan blond prêt à tout cramer sur son passage. C'est l'attraction des contraires qui pousse le cinéaste à jouer des aimants pour parcourir le monde par-dessus les continents, la mer, le ciel, la route. Tout y passe pour vivre le mouvement, essence même de la comédie. L'art du montage ici atteint des sommets, surmultiplié par la vélocité des héros tiraillés entre le stop ou encore.

Rappenau pousse le bouchon en plongeant son ciné dans l'une de ses racines préférées : le grand scope Hollywoodien. Et cette fois, bien avant ses expérimentations western en Provence (Le Hussard sur le toit) ou encore la cape et l'épée (Cyrano de Bergerac). Immense faiseur de genres, le zozo puise à la racine la vitesse cinématographique en alliant Amérique et comédie. Encore plus fort, le cinéaste la joue Georges Lucas en profitant de cette restauration inouïe pour virer quelques scènes et faire son révisionniste pour atteindre les tours/minute parfaits.

Le résultat laisse pantois tellement la légèreté semble pousser au max. Le Sauvage fuit les pièges de son sujet (la vraie vie est ailleurs) en suggérant le nécessaire compte en banque pour vivre cette liberté. Ce fantasme est le produit d'un gosse de riche dépressif. Cette sombre contre partie fait mouche quand on pense au milieu des années 70, époque où les gamins rêvaient du Népal pour atteindre la liberté vraie.

Rappeneau flirte même avec le fantastique pour suggérer le sans issue de cette folie. D'un coup, l'ombre d'un autre grand cinéaste de la fuite impossible plane sur cette aventure sauvageonne. A chaque revirement, Shyamalan déboule avec son Village claustro ou la folie du vent létal dans Phénomènes. Fuir oui, mais à condition d'être lucide sur l'envers du décor.

Ouep, Rappeneau est un anti romantique par excellence. Si la vitesse semble un songe pour ne pas se sentir piéger, elle coute chère aux héros. Comme le souligne Serge Toubiana (directeur de la Cinémathèque Française) : "Le film, écrit par Jean-Paul Rappeneau et sa sœur, avec la complicité de Jean-Loup Dabadie, mis en musique par Michel Legrand et photographié par Pierre Lhomme, avait besoin d'être restauré". Pour la tête qui tourne, pour le conte morale.

Photo : Le village de M. Night Shyamalan

 

 

 

DS

Filmographie de Jean-Paul Rappeneau (lien Imdb)