First kids on the block
Les enfants de la crise (1933) de William A. Wellman


Parcequ'ils ne veulent pas être des poids pour leurs parents devenus miséreux à cause de la crise, deux garçons décident de partir à new york pour voir si l'herbe y est plus verte. Évidemment, en pleine crise de 1933, ce n'est pas le cas, et bientôt accompagnés par une gamine, ils formeront un attelage vivant de rapine et de débrouille pour essayer de s'en sortir dans un monde devenu hostile pour tous.

William Wellman, ce grand maitre méconnu de l'âge d'or du ciné US avantageusement découvert lors du festival Lumière 2011, a trouvé, dans ce sujet qui inspira plus tard des tonnes de films avec des gosses gelés et affamés portant des grosses casquettes de ville (Natty Gan, en est un récent exemple), de quoi poser sa camera sur ce qu'il préfère : des gamins paumés qui, dans un monde à la renverse, font preuve d'un héroïsme inattendu. C'était déjà le cas des Forçats de la gloire et du fabuleux Héros à vendre, une merveille mixant film de guerre et chronique sociale sur fond de crise. Ou comment ne pas perdre son humanité à mesure qu'on perd son innocence.

Attrape nous si tu peux

Sur les à peine 1h10 du film, tout semble ainsi arriver aux gosses, comme un apprentissage accéléré de la vie d'adulte : la maladie (amputation de la jambe pour l'un des mioches), le sexe (viol de l'une des petites), faim, mais aussi la solidarité lorsqu'il s'agit de monter une armée de gamins pauvres face à des vigiles du rail adeptes de la matraque. Entre Los olvidados de Bunuel et Frank Capra, Wellman nous pond une merveille ou tout peut arriver à ces enfants (impossible de prévoir ce qui se passera cinq minutes plus tard : quel plaisir !) alors que tout les pousse vers le malheur. Pourtant, ils se battent, ils essaient de s'en sortir, trouvant des ressources malgré les découragements légitimes.

Surtout, cette peinture de la crise, filmée, comme d'hab avec Wellman, en décors et en temps réels, sent fort le documentaire. Pas de figurants, pas de reconstitution en studio. Juste la rue. Une économie de moyens forçant le réalisme de cette drôle d'époque où les adultes se mettent a pleurer quand ils ne se suicident pas, mettant les enfants face a des responsabilités précoces. Précurseur car contemporain d'évènements qui crééront un genre par la suite (le road movie pour fuire la crise), Wellman torche donc son affaire en à peine un peu plus d'une heure. Ca commence comme un teen movie, par une scène de bal ou on refuse l'entrée à un gamin parcequ'il ne peut pas s'acquitter des 75 cents de PAF.

Et attention, ça ne rigole pas. En sortant, le groupe d'amis n'arrive pas à faire démarrer la voiture : on a siphonné l'essence, pratique familière, semble-t-il, de l'an de grâce 1933. Voila comment, en dix minutes, on passe du teen movie d'avant guerre au film de débrouille tenté par le mélo. Ca va très vite (il faut dire que Wellman, 7 films tournés en 1933 et plus d'une trentaine dans les années trente, est, à l'époque, le Monsieur Propre des studios) Eddy, le héros, vendra ensuite sa voiture après avoir vu ses parents pleurer suite au licenciement du père et s'enfuira avec son pote Tommy. Et en route pour un road movie subi et de plus en plus désespéré.

En s'intéressant au sort de trois gamins, Wellman nous paie donc une description de la crise sans grande concession, malgré un happy-end très Deus ex machina, en forme de soulagement. Un répit miraculeux si imprévisible que, comme les gosses, on est tenté de ne pas y croire. Pendant ce temps, au dehors, les corps tombent des buildings. Wellman sent bien que le pire reste à venir mais sauve ses gosses.

Photo : Los olvidados de Luis Bunuel

 

 

 

RN

Filmographie de William A. Wellman (lien Imdb)