Le messager
Les forçats de la gloire (1945) de William A. Wellman


Ainsi donc, William Wellman serait l'un des plus grands cinéastes de l'histoire.
Ainsi donc, Les forçats de la gloire serait l'un des plus grands films de guerre jamais fait.

A Palma, on plaide coupable : trop occupés à mater par les courbes de Megan Fox et à astiquer les habituelles statues du jardin, on n'avait jamais entendu parler de ce mogul. Il fallait bien un festival lyonnais tel Lumière 2011 pour découvrir celui que beaucoup adoraient dans leur coin, à commencer par un Bertrand Tavernier tout content de nous dire que Kubrick et Spielberg, c'est pas tout dans la vie.

On aurait tendance a lui donner raison à la vue de ces Forçats de la gloire, Ernie Pyle's the stroy of GI Joe en V.O. (aucun rapport avec les poupées jouissives de Stephen Sommers). Parceque Wellman surprend d'emblée par sa réalisation géniale, mixant grosse production et documentaire. Pour tout dire, on a l'impression de se trouver face a un film unique, mélange de blockbuster hyper produit et de scenes tournées en temps réel. L'usage de décors réels y est pour beaucoup : imaginez un film de guerre tourné, époque oblige, dans une ville en ruines ne lésinant pas sur les décors gigantesques.

La traversée de l'Italie, dont Spielberg s'est certainement souvenu pour son Soldat Ryan (la sublime scène du village dévasté avec Edith Piaf en bande son), se déroule donc une bonne partie du temps dans des villes immenses et dévastées, filmées en plan large s'il vous plait, et avec des vrais ritals de l'époque en guise de figurants sauf qu'ils ne regardent jamais la camera. Plus qu'un blockbuster, le film ne se refuse donc rien question gigantisme tout en braconnant tranquillement sur les terres du docu. 

Tout celà pour raconter l'histoire de Ernie Pyle, correspondant de guerre célèbre a l'époque et très apprécie des GI's. Le vrai Pyle décéda d'ailleurs peu avant la sortie du film, tombant sous les tirs ennemis a Iwo Jima. Wellman adopte donc le point de vue du reporter, un journaliste écrivant des articles sous la poussière ou à la lueur d'une bougie. Un quidam se faisant scribe pendant que ses potes temporaires (les soldats, des gamins paumés, tombent comme des mouches) meurent au combat.

Si Wellman utilise le réel au mieux pour mettre en scène son film de guerre, il ne se prive pas pour, tel un chroniqueur de quotidien soucieux de donner un sens à une guerre qui en perd de plus plus à mesure qu'on ramasse les corps, caractériser des personnages au cordeau. Il y a Robert Mitchum, alors débutant, dans un rôle de capitaine brave et désabusé. Il y a surtout ce drôle de sergent qui a reçu de sa femme un disque contenant l'enregistrement des premiers mots de son fils : ça commence par un gag (comment trouver un tourne-disque en plein champ de bataille ?) pour se terminer en tragédie lorsque, obsédé par sa volonté de faire marcher un grammophone trouve dans des ruines, le mec devient fou parceque les babillages du gamin, déformés, accélérés, ralentis, deviennent des sons aussi inquiétants que les détonations scandant les nuits de l'escouade.

Faire marcher ce phonographe devient, plus qu'un moyen d'avoir des nouvelles de sa famille, ce qui retient le militaire de sombrer dans une animalité suicidaire. Un cordon ombilical désespéré. Pendant ce temps, Pyle écoute, écrit, observe, cherche le bon traitement des informations qu'il délivrera (ne pas surcharger en héroïsme des mecs paumés, ne pas décourager la nation). Il regarde les hommes tomber et les survivants survivre. Pas de morceaux de bravoure, juste des héros parcequ'ils survivent a la guerre, quelquefois par hasard. Ça peut paraitre évident mais c'est magnifique. 

Photo : Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg

 

 

 

RN

Filmographie de William A. Wellman (lien Imdb)