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"Dans mon premier film, il n’y a pas un plan qui ait été conçu pour un raccord final". Qui se souvient des histoires de Marty ? Qui peut faire le topo de "Casino" ? "A tombeau ouvert" ? Qui se sent de raconter "Le temps de l’innocence" ? Les circonvolutions d’"After hours" ? L’épuisement de "Mean street" ? Les films de Scorsese résistent au pitch. Fatiguent le scénario. Produisent l’oubli chez le spectateur car crépusculaires par excellence. Un cinéma projeté dans la nuit, en rêve ou cauchemar, avec sortie de salle au petit matin. Impossible de siffloter l’air entendu. Le goût persiste, sans trame précise. Faut dire, Marty travaille l’arrache au contemporain. Son fond de commerce reste profondément nostalgique. Comme un panthéon intime figé en arrière boutique. Erigé volontairement en monument. Pas tant par prétention (quoique), mais pour faire revivre quelques époques bénies : son enfance little italienne. Monté, pas burné Pourtant ici, l’os est de choix : le fils spirituel d’un chef de gang made in Boston passe le concours de super flics et renseigne la pègre. Parallèlement, un jeune gars aux casseroles trop lourdes pour faire carrière dans la police, infiltre le milieu et balance ses infos au commissariat du coin. A chercher maladroitement une place dans le monde, Damon et Di Caprio restent sous l’influence de pères mal foutus. Le montage semble la seule écriture ostensible du film. Une post production à prendre au pied de la lettre. Un après coup déjà trop tard, mais essentiel. Une manière de lutter contre le destin en plantant l’action hors champ. Serrer les personnages. Revenir sur leurs peurs. Des retours aux corps comme des incises dans le tragique. |
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Des respirations au couteau. Recadrer les visages, malgré tout. Recentrer la décomposition des corps, malgré tout. Résister aux scènes, malgré tout. Réduire la pente naturelle. Freiner le tourbillon. Regarder les garçons en face, c’est bien la moindre des choses. |
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Tir à vuBizarrement, un interdit exotique se dresse entre les deux personnages : se voir. C’est comme dans les mythes, le regard signe l’arrêt de mort. Surtout ne pas tomber sur l’autre. Refuser sa part maudite. Un truc de frères ennemis. Presque incestueux, tellement il faut se protéger du regard de l’autre. Cette règle induite sera la seule à tenir le coup. A subsister sur la longueur. A être transgressée. A porter à conséquences. Le reste du quartier (du monde) peut bien tourner n’importe comment, à la manière d’une jungle, survit ce point de repère, lui aussi volé en éclat. L’air de rien, peut-être une singulière histoire de comédiens. Di Caprio tout droit sorti d’un cinéma pop et classe (Cameron ou Spielberg) contre son double arty, Damon directement issu de l’école Van Sant. Deux jolies touches sur le piano Scorsese. Une première dont on demande sans cesse de faire ses preuves (Di Caprio trop jeune, trop lisse, trop minette). Une seconde qui se la pète, cherche le box office et le tampon auteur sur le front. Une affaire de carrière en somme (le nœud du film), dévorée par la recherche d’un papa malgré le petit rat à la fin devant le dôme du parlement (ça ferait un joli studio tient !). |
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![]() La nuit du chasseur de Charles Laughton |
KidsA courir après papa, "Les infiltrés" devient un vrai beau film de gosses adulte, au sens de "La nuit du chasseur". Les terreurs sont épouvantables. Ogres et quotidiens partagent le même espace avec évidence. L’affaire est prise avec sérieux. Sans échappatoire. Sans humour. Sans second degré (c’est pour les grands qui n’y croient plus).Une enfance de l’art ultra concentrée. Nostalgique. Les traces de little Italy prise dans les filets d’une mythologie bigger than life. |
DS |
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