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Mélo tresséNous sommes en 1980. La Corée n'en peut plus du pouvoir autoritaire. Les étudiants ivres d'idéaux s'insurgent à Kwangju. Hyun-woo, un jeune gars sexy comme on l'aime, coche la case lutte finale malgré son amour pour une jeune prof douée en arts plastiques, nichée là-haut dans la montagne. Elle veut ce corps pour elle, dans le jardin, le bonheur, un idéal. Pourtant, le ténébreux répond inlassablement révolution ! Une séparation plus tard, le garçon se fait toper par la police avant le début des émeutes et encaisse l'addition pas cool : 17 années derrière les barreaux. De quoi sortir avec du poil aux jambes, revenir à présent sur son passé, lire les lettres de Yoon-hee, sa passionnata décédée trop tôt d'un cancer. De quoi plonger dans une mémoire vive, inquiète, en biais. La jeune femme raconte son impuissance devant le devenir martyr de son amant emprisonné. Les jeunes gens, inscrits en masse au stage "insurrection", l'élèvent en totem, tellement loin de leur love story avortée. De quoi également percevoir les ambigüités de la situation, le prix à payer de toutes révoltes, le montage de bourrichon pour certains, l'oubli des morts pour d'autres, le tout mêlé dans les élans étudiants, incandescents. Hyun-woo joue les fantômes dans sa nouvelle vie solitaire. Son corps vieilli erre avec grâce dans un pays métamorphosé. Suffisamment pour partir à la rencontre de sa fille inconnue, une adolescente i podée jusqu'au trognon, ivre de vie. |
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Voilà du mélo sublime avec un gros trou au milieu : une histoire d'amour absente. Un film en creux, tenu ténu par l'abstraction d'un lien ghost entre les amants, sans abonnement pour le réel, la réalisation, le pragmatisme. Leur passion se réalise un instant dans le vieux jardin, puis plus rien, rupture matrice sous un parapluie, Totoro, Miyazaki. Le reste sera fantastique, flirte de mondes parallèles, contradictoires, frottés l'un l'autre, couper, coller. L'histoire d'amour n'aura pas lieu. On trouve les traces au travail, le vertige, l'absence, l'énergie pour sauver sa peau, la distance comme lien fondamental et la mise en scène pour des "ressent-il", "ressent-elle" sans cesse passés l'un sur l'autre, l'un contre l'autre, filmés, mêlés, montés. La taille dans le vif engage à la fiction. A la tresse de fils, au découpage cinématographique pour faire du vide le cour de la fiction. Place aux mondes parallèles. Place au fantastique. Place aux liens. |
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La passanteLe jeune homme est stoppé net dans sa course. Comme son amour, sa révolte n'aura pas lieu. 17 ans plus tard, la mémoire vide s'emplit le film des mots lettrés de la jeune femme. Une jeune femme d'à côté, on pourrait dire. Une passante, si on préfère. Celle que personne ne voit. Ses élèves ne la regardent pas telle quelle. Elle semble toujours au bord du vide, au bord de l'amour, au bord du politique, de la révolte, pas vraiment disponible pour sa mère, sa fille, le monde. Elle incarne ce trou, cette absence, jusqu'à disparaître vraiment et enfin occuper l'espace, le film entier, par sa présence absence. |
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![]() 17 fois Cécile Cassard de Christophe Honoré |
Bien sûr, elle rencontre à mi parcours un autre jeune gars, épris par l'image de son ancien amant, devenu symbole. Elle trouve avec lui un "objet" intermédiaire. L'occasion de rejouer la scène primitive : défendre le garçon contre le romantisme juvénile de la révolte. Le protéger du sacrifice. La passante se mue en une 18 ème fois Cécile Cassard (Christophe Honoré) lorsque Béatrice Dalle rencontrait deux adolescents en pleine drague malhabile. Femme mure, belle, attirante. La scène s'achevait dans un lit et un grand rire. Im Sang-soo pousse la séquence plus loin. Va droit au sexe comme on file sur un champ de bataille pour sauver des vies du désastre. Le rire Honoré se mue en protection jouissante. Yoon-hee répare la bataille perdue de son ancien amant. Et disparaître. |
A travers le regard de l'héroïne narratrice, suivre le parti pris paradoxal du film : la passion amoureuse inscrite dans le réel est perçue comme un rêve, mais par contre, la révolte portée par les mythes est vue avec des yeux documentaires. De quoi soulever la part maudite du combat (le sacrifice) et de l'amour (l'impasse). En commun, le risque du vide et de l'oubli. Les corps révoltés finissent comme les corps amoureux. en poussières. Comment après expérience, limiter les dégâts ? Sauver sa peau ? Ne pas sombrer dans l'aigreur ? Ou tout simplement apprendre et accepter de disparaître ? Atteindre à l'effacement. Persister au monde, même morte ? L'occasion pour le cinéaste de jouer sur plusieurs tableaux / mondes. Le mélodrame animé (au sens de Miyazaki) et le documentaire à l'arrache, avec bouffées de violence réalistes. Et pour troubler le jeu, tresser les liens entre les univers, mettre du poreux dans les images. Troubler le cadre avec effets numériques lors des scènes de révoltes et rester concret dans l'Eden amoureux. Unique espace stable, celui construit par les mots (les lettres de la jeune femme) ou ses dessins. Pivot Proustien, l'écriture (la mémoire) tient le coup. Bien sûr, ça bouge aussi. car le souvenir est tout sauf fixe, mais ici traité de manière cool, tranquille, lentement. Un dépôt élaboré par petites phrases ou gestes choisis. Un îlot de survie au milieu du vide ou du bouillonnement, c'est au choix. Un truc contre l'oubli. Une potion pour la passion. Portrait de familleYoon-hee travaille toutes les mémoires et produit sa propre mise en scène. La sienne avec son amant (détournée par la monumentalisation) et une famille au sens large, ouverte, recomposée malgré la distance, la violence, la prison, l'absence et la mort. Cette mise en scène s'accomplit dans la séquence finale par une image à la fois fixe et mouvante : le père retrouve sa fille et lui offre (passe) un dessin de toute la famille sans cesse en transformation. L'image finale, plein cadre le long du générique, opère la jonction impossible entre les rôles de chacun (en construction pendant la narration), c'est à dire apprendre à être mère, frère, enfants, amants, amis. tous séparés par la vie, mais enfin unis en un dessin. Une image lien, sans gène ni essence, fruit d'une volonté artistique, esthétique, libre. Une construction loin des sacrifices, pour une mémoire vive à (re)coudre. Ce travail fait ouvre. Une toile maternelle, matricielle, héroïque au fond. Un dessin venu des morts pour offrir la suite d'un programme à inventer. La fille du papa grisonnant accepte. Le vieux jardin peut disparaître, car il a existé. |
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Le cadeau est offert devant un centre commercial, sous la neige. Un espace muté après la révolte. Fiction offerte du commerce, après les élans révolutionnaires, après la passion amoureuse. Le film opère un retour sur un lieu connu, mais transformé à la fois par le temps et l'économie. Des réalités diverses se superposent. Des métamorphoses. Une transformation sensible pour des photographes comme Martin Parr ou Pascal Poulain. Ces garçons, un peu extra terrestres donc terriblement happés par ce qu'ils ont sous les yeux, ne cadrent pas le "comment ça vit" mais ce qui se donne ouvertement à voir, autrement dit, les traces contemporaines du monde. L'esthétique participative avec portraits volontaires des choses et des personnes, montre les ceci ou cela de soi, dans un univers à la couleur vive. Cadrer ce qui s'offre à l'appareil. Même le trivial. Surtout le trivial, car vu tous les jours, donc invisible malgré l'évidente volonté de se montrer. C'est dans ce nouvel univers que la jeune fille accepte le portrait fantastique de sa mère défunte. |
![]() Photo de Martin Parr |
C'est ici que le père laisse sa fille à la vie iPod. C'est là-bas que la mère signe une ultime fois sa présence avec les vivants. C'est là que la toile assemble les protagonistes de toute cette grande petite histoire. C'est enfin au présent que le cinéaste conjugue sa dernière séquence et donc tout son film, une mémoire complexe en cours d'élaboration. Après tout, le titre n'est pas si mal : Le vieux jardin. Un espace temps fictif où se croisent la passion comme subversion de l'ordre du monde. Un point commun avec la révolution. Mettre en pièce l'ordre établit. Les deux amants font l'amour et refont le monde. et nous arrivons après, l'oil photographe sensible, prêt à saisir quelques traces offertes. |
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DS |
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