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Faut juste laisser la Peugeot sur le parking. Jouer la comédieLe voyage, physique et mental, puise sa source dans les années 70. Une inspiration vers les comédies françaises super cheap, pas toujours drôles, vite tournées par André Hunebelle, Michel Vocoret ou Max Pécas. Souvent spécialistes du crossover improbable (comédie + cul, comédie + polar, comédie + aventure), généralement employeurs de comédiens géniaux, échoués sur le label nanarplage avec le tiers provisionnel en tête. On retrouvait des pointures multi cartes comme Paulette Dubost après son travail chez Renoir, Daniel Ceccaldi et Bernard Ménez pas remis de leur collaboration avec Truffaut ou encore Jacques Dufilho léger, lég Le cinéma puisait ses recrues dans le music hall, la pub, la radio et la télévision. Autant dire une véritable armée de seconds rôles balancés au premier plan pour camper des personnages un peu toujours les mêmes. Ben oui, chacun incarnait un type intangible. Ces figures cinématographiques accouchaient difficilement d'elles-mêmes, limitées par les intrigues minimales et les budgets rikikis. D'une certaine manière, des héros morts nés. Figés par le même costume, les mêmes mimiques et les attributs identiques. Par exemple, leurs noms en disaient long sur le manque de considération dés l'écriture : Tante Aimée, Adrien Chautard, Sour Angélique, Gérard Casanova, Aloyse Frankensteinmuhl, Benjamin Chatton, Hubert Loisif, Gabrielle de la Motte ou simplement ramenés à une fonction sociale (Superintendant, le contractuel débutant, l'agent, le chef de gare, le curé) ou le sommet, à peine soulignés par un simple prénom, fragile existence avant la disparition. Le voyage aux Pyrénées offre une terre d'asile à ces éternels seconds, errant parfois sur la TNT pendant nos paisibles insomnies. Ces fantômes sont les cousins d'Ed Wood, mais face caméra. Comme Aurore Lalu et Alexandre Darou, comédiens en vacances dans les Pyrénées pour ajuster leur désir sexuel parti en couilles. Leur carrière reste mystérieuse, malgré une célébrité toujours vivace. Un signe : la capacité à sur jouer, se marrer et virer burlesque. Du "vous en voulez encore" au kilo, ici contrebalancé par un jeu plus souterrain. Rouler des yeux, pousser des cris, gambader nu dans la montagne, faire avec les moyens du bord bascule vers une mystique joyeuse. Un vent pasolinien souffle sur la haute montagne. Photo : Paul Préboist Jouer au cinémaUn truc à Max Pecas : mixer les genres en teintant cul ses polars, comédies pour adolescents ou vaudevilles olé, olé. Plus littéraire et old school, André Hunebelle adaptait Les 3 mousquetaires, Fantomas, OSS 117, Monte-Cristo ou le Bossu pour tirer l'ensemble vers la gaudriole familiale. En commun, ces jeunes gens aimaient vriller leur affaire par la comédie. Le burlesque sapait les bases d'un sérieux évacué au fil du temps. Fin de l'aventure avec les années 80. Caméra posée à la va comme je te pousse, montage aléatoire, raccords ésotériques. paradoxalement, ces films travaillaient une confiance inébranlable en les puissances narratives du cinéma. La fascination devait fonctionner, dans le vaudeville et le vite fait. A chaque nou Les frères Larrieu goûtent cette liberté et poussent les spectateurs au hors jeu. Chante bonheur, mille idées à la seconde, on est où ? Dans l'histoire ? Dans l'histoire de l'histoire ? Une expérience ? Une bande de potes avec une caméra et un peu de thune ? Du Z ou une palme d'or à Cannes ? Pour entrer dans le film, soit vivre le spectacle par les bords, les frères Larrieu prennent leurs précautions et nous préparent avec une ouverture aux petits oignons : arriver dans la chambre d'hôte montagnarde pendant une panne électrique. C'est-à-dire, faire le noir comme expérience sensorielle première (drôle et simili inquiétante). Traverser le miroir. Etre ok, sensiblement, à toutes les aventures, surtout les plus improbables. Comme dans Peindre ou faire l'amour, offrir la traversée d'une forêt la nuit (noir complet) et tenir personnages comme spectateurs par la main. d'un aveugle. La lumière se rallume. Nous sommes prêts. Retour paradoxal au cour forain du cinéma : le force de la sensation. L'expérience première du train en gare de la Ciotat (frères Lumière) et les cris affolés des premiers spectateurs. La grande croyance en l'image. Les spectateurs font le film avec les réalisateurs. Une anecdote : papa Larrieu réalisait des films familiaux avec une caméra 16mm, précisément dans les Pyrénées. L'occasion de s'amuser avec les gamins, mais surtout inventer des histoires invraisemblables avec les enfants. Jouer au cinéma le plus sérieusement du monde dans la grande déconne. Et vous savez quoi ? Ca donnait des objets marrants, plutôt bien foutus question mise en scène. On y est. On reste. On se marre. Photo : Peindre ou faire l'amour de Jean-Marie et Arnaud Larrieu Gare au gorillePendant Le Voyage aux Pyrénées, on croise un ours bricolo, une jolie autochtone en saut à l'élastique, des journalistes chasseurs de comédiens et une actrice nymphomane, emmenée par son mari au grand air pour calmer un retour d'ardeurs sexuelles barrée en couille. Tous poursuivent l'illusion d'un vrai qui n'existe guère. Pour faire vivre son mirage intime, faut la divine mise en scène. Des costumes. Des rôles. Se mettre dans une autre peau, même animale. Au cinéma, l'habit fait le moine. On joue au comédien. La post production inverse un attribut sexuel (la voix inversée entre homme et femme). C'est le grand air monté à la tête. La fête aux effets très spéciaux. Un baiser cinéma considéré comme carnaval. Un plateau de tournage carnavalesque pour inventer un Lourdes joyeux et païen. Vive les apparitions ! Le désir prend alors les formes les plus incroyables. Gare au gorille ! Car ce genre d'expérience, rigolote et vivifiante, poursuit longtemps les personnages, mêmes revenus dans leur Peugeot en route pour Paris. La grosse déconne apporte son lot de transformations. Subversion et pantalonnade. Une fable géniale, chantée par Brassens.
DS Filmographie de Arnaud Larrieu (lien Imdb) |