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Film tout public lors de sa sortie en salle, comme ils disentL'avantage des nouveaux formats tels le Blu-ray ou le HD DVD, et de la démocratisation des lecteurs à trente euros, c'est que les DVD ne valent plus rien. Vingt euros la nouveauté et on trouve maintenant les plus grands films d'Hitchcock en DVD pour une bouchée de pain (attention, même si ce n'est pas le cas de celui-ci, beaucoup de ces chef d'oeuvres sont recadrés au passage, format d'origine non respecté). L'occasion de se taper Mais qui a tué Harry et son Technicolor qui pète les mirettes pour moins de dix boules. Et en bonus, la joie de pouvoir lire l'avertissement, une grosse blague avant le film qui fait de l'humour en nous balançant "Film tout public lors de sa sortie en salle". Parceque si les images n'ont rien de choquant, si les dialogues évitent (à peu près) la vulgarité, l'un sur l'autre, c'est quelque chose. La chose est coutumière chez Hitch puisque le maître disait souvent que ses films sont très différents selon qu'on les voit avec ou sans le son. Ici, le truc, c'est que le corps d'Harry réveille les hormones de tous ceux qui le croisent, à commencer par notre maître du suspense adoré mais obsédé. Un cadavre qui réveille les corpsL'arrivée du corps d'Harry est donc le principal ressort comique du film puisque ceux qui le croisent le traitent comme un simple objet (un passant trébuche sur le machabbée et poursuit son chemin !) et semblent surtout pre Et lorsqu'il s'agit de se débarrasser du cadavre, les protagonistes font preuve d'un diabolisme que la joliesse de leurs baraques et de leur façon de s'exprimer rendent insoupçonnable. Pour tout dire, on se croirait à Twin Peaks, jolie petite bourgade dont le corps de Laura Palmer retrouvé dans du plastique va se hâter de montrer le côté sombre. Encore une histoire de cadavre dans la prairie. Ici, il y a bien un flicaillon, le fils de l'épicière, une sorte vigilante bouseux, mais les pseudos assassins échafaudent en toute quiétude des plans terrifiants et le parano n'y voit que du feu. Ils déterrent ainsi trois fois le corps de Harry selon leurs humeurs. Comme s'il n'était pas encore mort, pas encore prêt à faire partie du village. Les plans d'ensemble "à la Hitchcock", des cartes postales trop buccoliques pour être honnêtes nous montrent ainsi un drôle de hiatus entre le village supposé être parfait, mais en fait théâtre de gentils monstres convaincus d'être des meurtriers et prêt à tout pour sauver les apparences. Photo : Twin Peaks - série TV de David Lynch et Mark Frost La culpabilité comme lien socialC'est très con à dire, mais Harry est un film moderne. Avec son ton extremement distancié (qui a dit moqueur) et son sujet inouï de drôlerie, il aurait même pu sortir la semaine dernière. Un petit air de Desperate housewifes pour ces dames que la maternité ne rend pas he La re-vision d'Harry éloigne le film du simple truc expérimental mais dispensable d'un génie en vacances : Hitchcock tient son idée et la pousse au bout. Ici le corps d'Harry est ainsi l'occasion de théoriser encore sur la culpabilité (Le thème central d'absolument tous les films d'Hitchcock, clairement) et ce cadavre est à même de générer tout seul cette cupabilité chez tous les personages. Pied de nez à tous ses autres films où elle était un problème puis éventuellement un moteur (La mort aux trousses), ici, le fait de se sentir coupable vous rapproche des autres. Hitch érige ainsi la culpabilité en un vecteur de lien social. Ah, ça, il en fallait des couilles pour faire un film pareil à l'époque. Ah, ça, il en faudrait des couilles pour faire un film pareil maintenant ! Et puis Harry se complique sérieusement quand un deuxième corps fait son intrusion dans le village : un milliardaire qui décide d'acheter tous les tableaux de John Forsythe. Le richard ne s'embarrasse pas de formalités et propose au peintre d'exaucer tous ses voeux. Des fraises pour Shirley Mac Lane, une nouvelle caisse enregistreuse pour l'épicière, une casquette pour le chasseur : rien de mirobolant mais juste des petites choses pour contribuer au bonheur. Quelques années plus tard, Stephen King, grand chirurgien des villages de bourges américains, livrera sa variation sur le même thème, mais du côté sombre de la force avec son Bazaar de l'épouvante, un magasin où le patron exauce tous les voeux des clients à la condition que ceux-ci fassent un mauvais coup à leur voisin. Stephen King, Hitchcock, même combat tant les deux zozos sont convaincus que les campagnes de carte postale habritent des monstres qui ne demandent pas grand chose pour sortir. Photo : Le dahlia noir de Brian De Palma
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