La flanelle était beige et tombait bien sur la jambe de Don Johnson. Un truc pour riche un peu ringard. Le cool quoi ! Du pur Miami, à la fois paradis pour retraités friqués et bombe pleine de merdes prêtes à exploser. Faut dire, la ville est double face: d’un côté le fric + drogue + meurtres, de l’autre les bords de mer + pépées en string + palmiers. Résultat, les années 80 produirent une série exotique qui a fait les belles couv de télé 7 jours. Don Johnson était presque vedette. Son pote black un peu moins.
Faut dire, "Miami vice" touchait des trucs un peu dingue aux USA Singulièrement le religieux (on va pas alourdir le titre). Mais oh la la… jamais direct hein ! Juste un truc en l’air. Comme ça. A l’image du god imprimé sur les dollars. Un dieu pour embrasser les grands courants monothéistes. Protestants, catholiques, juifs, orthodoxes, musulmans. Un dieu pour tenir ce petit monde hétérogène. Un dieu général, un peu abstrait, capable d’être décliné dans chaque culture et en démocratie. Résultat, les USA additionnent les voix de dieu et les voix du peuple dans un mix un peu singulier vu d’Europe. C’est pour cette raison… la morale (la norme), c’est super important là-bas. Le bien et le mal et tout et tout. Donc comme son titre l’indique, (non, non, non, aucun développement sur ce foutu titre), "Miami vice" roulait à mort sur le sujet. Soit d’un côté le paradis matériel et meurtrier (enfer ultra violent, disloqué). De l’autre, deux flics moralement clairs mais aux méthodes peu orthodoxes. Paix à leur âme.
Le générique
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Les années 80 à mort. Une compilation de Rolls, plages et bateaux mêlée avec des animaux exotiques. Le matos d’un côté et la nature domestiquée de l’autre. L’ensemble posé sur un même plan. Tout se vaut dans
ce dépliant touristique pour winner au soleil. D’autres images nivellent le catalogue et inquiètent. Une course de lévriers par exemple. Les chevaux aussi. Autrement dit, le jeu. Du pognon gagné par des moyens moralement discutable.
Enfin le cul avec les bikinis fluos. Faut dire, c’est comme le R’n’B… le plaisir se niche partout. Un sommet de la société de consommation. Du matérialisme en réaction aux utopies des années 70. Un truc contre la contre culture et sa morale gnangnan. Les rêves d’un monde meilleur une autre fois, définitivement enterrés avec La porte du paradis de Cimino (1980). C’est clair, on nage dans la wine totale… c’est plaisant et ça pue, surtout avec la mitraille synthé- kitch en bande son. Les images flinguées par la musique s’achèvent dans la nuit. Du string jaune au noir de la ville. On a raison de se boucher le nez dans le fun, l’envers du décor va débouler. Mais à force de sombre, on voudrait pas en creux nous faire la leçon… hein ?
Photo : La porte du paradis de Michael Cimino
Théorie du tas de merde
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Les méchants sont super méchants. Ils roulent en Porche en bord de mer après quelques vues sur les explosions du soleil. Enfer en haut. Faux paradis en bas. A côté, le no man’s land (ici une carrière de sable). La plage, c’est des kilos de merde. Et ça tombe sur la belle voiture. Ligne droite et perspective sur les palmiers contre une avalanche surréaliste pour masquer un meurtre. Un enfouissement. Ca tombe du ciel. Un monument violent et burlesque, dont toute trace humaine est effacée. On est au pays des dieux. Un peu vengeur les gars là-haut ! Un mec dans un coupé ça vaut pas plus qu’un tas de merde. C’est la loi du coin. Faut assurer. Faut profiter.
God only knows
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La nuit, une voiture et du cinéma. La caméra se colle à la bagnole. Les têtes silencieuses remuent avec la route. Nous sommes dans du mythe et ça dure. Traitement à la fois réaliste (vibrations) et fétichiste (armes et roues). Le destin est en route. Sauf qu’il faut s’arrêter. Irruption de l’intime. Une cabine téléphonique pour dessiner le contre champ d’une famille inaccessible. Impossible pour Don Johnson de mettre des mots sur le monde qu’il côtoie chaque nuit : trop de vices. Alors il repart sur la batterie de Philou Collins (rare morceau supportable). La violence de la ville est à peine tenable, même avec ce contre champs familial parti en couille. Ca respire pas le bonheur dans la belle auto. Tout semble calme. Mais ils savent. Ils connaissent. Ils voient. C’est le "God only knows". Tristesse du monde. Aucune Porsche noire métallisée ne pourra rien contre ça.
Car, plane, boat
Courses de bagnoles, courses d’avions et courses de bateaux. La poursuite (ou la charge, c’est comme on veut) s’adapte à l’époque et à la topographie de Miami. A chaque fois, vitesse et glisse. High tech et sauvagerie (moteurs surpuissants au cul des bateaux). Le « Born to be wild » se lance comme un frisson d’avant mais creuse un peu plus l’écart avec les années 70. Le road movie tourne sur lui-même. Refus absolu de l’expérience existentielle. La donne reste la même du début à la fin. L’enfer ne change pas. Le paradis ne bronche pas. Le gros matos tourne en rond. C’en devient fascinant. Alors évidemment, au sommet de la pyramide, la course pour la course… sans objet. Kiffer le boat blanc, l’avion blanc, le coupé noir et ma veste tergal. Un full time job quoi. Un virage possible vers le drift (lien wikipedia).
Photo : Miami vice, la série (cliquez sur la photo pour en voir un extrait)
Commerce de l’amour. L’amour du commerce
Michael Mann prends la série à bras haute définition. Dés les premières secondes, la nuit cherche la lumière et fonce direct dans les ténèbres. "Miami vice" se clôt sur un petit jour lavé du vice (un peu) mais aussi de tout espoir (beaucoup). Encore un qui bande pour la fin du monde et moins pour l’émerveillement du commencement. Du cinéma triste en somme… on a l’habitude à Palma. Pourtant, c'est trouble. Un truc nommé "commerce" traverse le film. C’est à dire du mouvement. Des échanges (de biens, de corps, de vies) parmi les vents mauvais.
Un commerce cool versus un commerce killer.
Le film oppose clairement le commerce de la drogue avec le commerce amoureux. Le premier enrichit, permet de se payer des pépées, mais possède l’inconvénient d’un prix exorbitant à payer : la vie. On entre en religion de la parano, avec doute permanent, cérébral et stratégique pour sauver sa peau. Sans cesse les mafieux tricotent des scénarios. Peu de texte dans leur bouche, mais des vérifications. Il s’agit de regarder. Comprendre. Baiser la gueule. L’insécurité se niche partout, principalement chez eux, jusque dans la sphère intime. Auto-dévoration. Cannibalisme. Et bien sûr, l’état de conservation en priorité absolue. Par exemple, le couple José Yero (le boss) + Isabella (Li Gong) tient sur un intérêt bien compris mais instable. Le testing rends impossible la moindre affection (aveuglement). Un couple bizness au bord du gouffre (ou d’une cascade géante), en négociation permanente. Plus la marchandise circule, plus le pognon coule à flots, plus le couple se méfie. Toujours à l’affût d’une trahison. Le commerce de l’amour semble inimaginable, les corps voués aux seuls bénéfices de la prochaine transaction. José Véro ne nique pas vraiment (quel dommage, un si bel homme…). Il possède Isabella sur le lit, sur le grill comme on garde un râteau dans une cabane à jardin. Ca peut servir au printemps. Absence de sexe et d’amour dans un luxe caca doigt. Le rouge et le vert. Des viandes mortes.
Côté flic, le commerce amoureux semble possible (Ricardo et Trudy). Mais le flux du désir est mis en danger par la mafia (le flux du pognon sale). Jusqu’à faire péter le couple au sens propre. Trudy est prise en otage. Explosion de son corps comme expulsé au ralenti par un souffle, un courant, une énergie contraire. Le retour à la vie ne se produit pas par les mots, mais le touché (la main). Du corps. Des sensations. Le contraire d’une stratégie. L’inverse d’une tchatche mafieuse. Sensation contre texte. Une tape sur les fesses avant l’amour (séquence lovée à la douceur drôle) pendant que le monde s’écroule. Faut marquer la séparation. Dehors le monde du vice. Dedans le couple et son touché sacré. Chez Mann, la relation véritable est dépourvue d’intérêt, de sens, de verbe. Peut-être même de but. La caméra se calme. Embrasse les corps. Ca fait du bien là et là.
Le commerce de l’amour et de l'argent trouve sa tension avec le troisième couple : Li Gong + Colin Farrell, soit la mafia et le flic. Ce possible impossible est sans cesse contrarié par les vents contraires. Touché et négoce bataillent en permanence (on cause pourcentage en se tâtant le ventre). Tentative perdue de créer un Eden dans le monde vicié (théorie de la gravité… on tombe toujours de son nuage, faut préparer ses arrières). Trop habitués au pragmatisme, les loulous filent direct au plantage, la conscience avec. L’enjeu reste le dévoilement de soi en peu de temps. Au moins ça. Toucher le vrai un instant et s’évanouir. Et là, Mann est très fort. Tout passe par le toucher sans causer. Principalement le regard (photos anciennes, coucou cool sur le quai d’un port ou dévoilement visuel lors de la guérilla finale à ras du bitume). Ces moments de vérité deviennent moments d’amour silencieux. Impossible de mettre des mots. Comme s’ils restaient l’objet d’une bataille (le vice contre le bien) indépassable. Les dieux au-dessus (la hiérarchie chez les flics et le boss dans la mafia). Les gars en dessous en lutte. Objets manipulés. Surveillés (sentiment d’être maté dans la rue). Créer un truc à soi au milieu de ce bordel. Au final, la jeune femme file sur un bateau, peut-être vers un Eden cubain respirable et son amant flic reste dans le Miami Vice. Au final bis, un touché des yeux contre un touché de la main pour le couple de flics revenu à la vie. Au final tierce, un levé du jour délavé après une plongée nocturne. Au final quadra, un cinéma du crépuscule et de l’aurore. Une demi-teinte belle et rare. Film de fin et de presque commencement. Beau et ambiguë à souhait.
DS
Filmographie de Michael Mann (lien Imdb)