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Désastres fondateursPour Spielberg, la chose est claire : l'attentat de Munich marque le début du terrorisme. Oubliez Robespierre (et Jean-Marc Thibault), inventeur historique et étymologique de la chose : le terrorisme sous sa forme actuelle, caractérisé par l'usage des images comme par sa violence sur des civils, est né pendant ces J.O. de 1972. Du coup, ce qui aurait pu être le super film d'espionnage qu'on attendait de Spielberg, une sorte de mètre étalon, devient un film triste sur la perdition. Que les frustrés revoient les superbe Patriotes d'Eric Rochant, ils seront servis. D'ailleurs si Spielberg semble faire des clins d'oeil au film de Rochant (la présence de Yvan Attal, le patron du Mossad qui parle de futilités, les discussions dans les rues de Jérusalem), c'est pour mieux s'en éloigner : ici tout est triste et les personnages sont très loin des espions tels qu'on les aime sur grand écran, qu'ils s'appellent Bond ou Bourne. En bref, le papa d'E.T. va ici très loin dans le refus du spectaculaire, déjouant les plans du spectateur spielbergien sevré de nouveaux classiques du ciné de genre.
C'est bien simple, le monde de Munich a l'air de n'être peuplé que de maladroits précurseurs : les terroristes d'abord, qui font leur prise d'otage dans le bordel le plus complet et sans vraiment savoir ce qu'ils font. Et puis Golda Meir, désemparée, qui devant le caractère exceptionnel de la situation et le manque d'expérience de son gouvernement, ne sait pas où mettre les pieds et choisit l'escalade de violence. Enfin, les cinq gars chargés de cette vengeance sont des vrais bleus. Eric Bana, qui, après Hulk, semble abonné aux rôles de héros qui perdent le contrôle, passe donc du vert au bleu et forme, avec ses quatre collègues, une triste brochette d'espions malgré eux. Des fantômes en sursis Au fur et à mesure qu'il participe à la mise en place de l'engrenage de cette terreur par la vengeance, Abner n'appartient plus vraiment au monde des vivants. Il devient étranger à son monde. Il s'étiole physiquement, jusquà devenir une sorte de zombie paranoïaque qui ne pourra plus vivre parmi les siens. Le film répond ainsi à La liste de Schindler qui posait en exergue la phrase "Qui sauve une vie, sauve un monde". Ici, on a l'impression que celui qui prend une vie perd la sienne. Et Janusz Kaminski, le chef-opérateur de Spielberg, de poursuivre, après La guerre des mondes (encore plus flagrant après le réétalonnage du film pour le DVD), son travail sur le blanc. La lumière naturelle, blanche est si forte, comme cramée, qu'elle produit un effet de halo autour des personnages. Comme si on pouvait voir à travers eux. Leur mission exigeait d'eux qu'ils soient des ombres, ce sont des fantômes. Ils sont déjà morts. Et si à la fin de la mission, Abner rentre chez lui, il ne sera plus jamais tranquille (vivant ?) pour autant. A force de donner la mort, de passer d'amateur à pro, les zozos sont devenus les tristes émissaires de la faucheuse. Abner a-t-il tué seulement des criminels ? Comment être sûr que le gouvernement israëlien ne s' Sauf que Jack Bauer se caractérise par un goût prononcé pour l'insubordination en plus d'une efficacité le rendant toujours incontournable pour ses supérieurs. Bauer fait le boulot et craque à la fin. Pas vraiment le cas d'Abner et ses potes apprentis espions. Photo : Kiefer Sutherland à la fin de la saison 3 de 24 heures chrono Au service des mèresParcequ'il est inexpérimenté, parceque c'est un soldat, parcequ'il est dévoué à sa patrie, Abner accepte sa mission. Un drôle de film qui parle d'attentats, de bombes, de fusils, mais où les hommes sont les soldats des femmes. Et justement, en Israël, le patron est une femme. Golda Meir. Une petite vieille, mix improbable de Mitterrand, Yoda et l'oracle de Matrix, apparemment omnisciente mais qui plonge le monde dans le sang. A moins qu'elle n'en aie fait le choix délibéré. Un amour maternel si aveugle qu'il excuse tous les crimes, sans chercher à en connaître les détails. Pas de doute, ici, ce sont les femmes qui ont le contrôle et qui décident du bien et du mal. A la fin du film, comme chez Cronenberg, le traumatisme originel, ici l'attentat, se mêle au sexe. Abner atteint l'orgasme en se repassant le film sanglant mi-réel, mi-cauchemardé du sauvetage raté et de l'exécution des otages. L'épouse dévouée semble voir ce qu'il voit. Sans gêne, elle en jouit aussi. Photo : A history of violence de David Cronenberg |
RN |