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Après un premier épisode d'exposition kiffant, on fout la gomme pour une suite qui, la peinture du numéro un à peine sèche, met déjà en danger les personnages et leur univers dans la démesure. Et puis vient le temps de faire le bilan. Se confronter au premier épisode pour voir les différences, ce qu'on peut encore faire, ce qu'on ne peut plus faire. Les troisièmes opus sont ainsi souvent (toujours ?) une relecture du film originel (quand il ne s'agit pas de révisionnisme salutaire dans le cas de Spiderman), l'innocence en moins. Soderbergh joue le 11 fait sauter la banque Pensez donc : Clooney, Brad Pitt, Matt Damon, Andy Garcia, Julie Robert (c'est plus beau quand c'est francisé) : le gratin d'Holywood, accessoirement tous militants de gauche dans la vie (mieux vaut ça que Mireille Mathieu). Manque plus que Tim Robbins et Susan Sarandon pour se faire un petit congrès démocrate sur le plat Le film cartonne au box office et si quelques années après, on pense à Ocean's eleven comme à un classique du film de casse, une merveille où tout le monde à la classe (même les taulards et les vieux, dis donc), il ne faudrait pas oublier qu'il a aussi permis à Soderbergh de sortir d'un purgatoire cinématographique dont il s'extirpait alors difficilement. Après avoir remonté la pente grâce à Erin Brokovitch, le v'là qui fait un succès public et critique. Cool pour celui qui passe du statut de futur grand réalisateur à celui de petit malin qui se la pète au gré des humeurs. Toutes les portes s'ouvrent pour le petit Steven qui peut même se permettre de faire son Solaris à lui (chef d'oeuvre) en plantant pleins de millions puisque personne ne va voir le film. Alors qu'est-ce qu'on fait quand on a pris son pied sur un tournage, que le film cartonne et que les critiques vous cirent les pompes ? L'annonce d'un Ocean's thirteen ne donne donc pas vraiment envie tant le projet ressemble à une recette. On ajoute des stars (Al Pacino, Ellen Barkin) et on recommence. Mais comment faire quand la suite s'est chargée de plomber l'original et que rien ne nous rassure ? Photo : Ocean's eleven de Steven Soderbergh L'impossible légeretéNuméro trois oblige, Ocean's thirteen est donc une relecture du premier film. Clooney et sa bande se réunissent à nouveau. Mais cette fois-ci, c'est pour laver l'affront qui a été fait à leur père spirituel, le doyen de la clique. Baisé comme un bleu par Al Pacino (donne moi de l'argent pour batir mon super casino, on partagera la direction / merci ça y est c'est presque ouvert / tiens au fait, je te vire et t'es ruiné), le vieux est entré dans un coma dépressif. Clooney, Pitt et tout le gotha décident de se venger de Scarface. Sauf que là, point de casse. Pas de coffre-fort à percer ou de salle interdite à quiconque respire ou transpire. Ici, le but du jeu est de faire perdre le casino. En détraquant les outils de surveillance mais pas les machines à sous, la bande à Clooney espère juste faire gagner les joueurs. Suffisamment pour vider la banque et ruiner Pacino. Dans Ocean's thirteen, on ne fait plus le casse dans l'ombre mais au su et au vu de tout le monde. Mieux, on en fait profiter le monde. Ocean's eleven n'est plus possible. Ca va bien cinq minutes de virevolter en costard, des sacs de fric à la main pour faire chier Andy Garcia : des gentils voleurs, ça fait partie du système Las Vegas. Dans Ocean's thirteen, la classe c'est la révolution. Et vas-y que je te fous en plein milieu du film une scène de grève et qu'on finit le film par la décapitation fig Parcequ'ici, vu que le peuple ne gronde plus assez fort, on fait trembler la terre. Comme Cameron, Soderbergh ne nous épargne aucunement la vision des corps qui s'épuisent en dessous pour que les winners d'en haut se pavannent en costard. Et comme chez Cameron, c'est le recours à une catastrophe naturelle, une méga avarie qui remet les pendules à l'heure. Ce virage à 180 degrés, inattendu pour ce qui s'annonçait être la pâle suite d'une pâle suite, fait de la bande d'Ocean non plus des petits malins mais carrément des héros. Photo : Titanic de James Cameron |
RN |