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Bienvenue dans le monde du film dit "pour enfants" (c'est pas nous qui le disons, ce sont les distributeurs) à l'histoire si complexe et si intelligente qu'il faudrait penser à finir sa thèse avant de la pitcher. Au lieu de donner, comme certains, dans le simplisme (Shrek : un personnage / pitch), Miyazaki continue de proposer des histoires d'une complexité honorant les têtes blondes et faisant gamberger les têtes grises. Un truc propre à l'anime japonaise, absolument rétive à l'idée de se faire mettre en boîte dans un concept (Dragon Ball, Les chevaliers du zodiaque, c'était déjà pas de la tarte à suivre et à raconter). Pas la peine de mettre un "Il était une fois" pour nous amener loin. Mettre d'emblée le spectateur devant un mystère d'une grande richesse, c'est précisément ce qui arrive à Sosuke lorsqu'il tombe sur une Ponyo enfermée dans un bocal. C'est tout simple : un enfant découvre un poisson à tête humaine bloqué dans une boîte de verre. Tout le reste, tout le film n'est que background. Si Miyazaki était David Lynch, on pourrait parier qu'il en ait rêvé et décidé de faire le film autour de cette drôle de scène. Teen-sirènePonyo est un animal merveilleux. Une sirène (le film est une adaptation libre de La petite sirène, le conte d'Andersen), vue par les yeux d'un gosse. Du coup, oubliez l'imagerie habituelle, celle du Splash de Ron Howard avec Darryl Hannah et ses seins nus : ici point de Ponyo sexy allumant les marins. Juste un petit poisson à tête humaine, poupine. D'emblée, Miyazaki brouille les pistes en jouant ainsi sur les perceptions. Un bébé sirène, vu par les yeux d'un gamin, c'est cool. Vue par les adultes, ce serait davantage un monstre. On ne sait donc jamais si les spectateurs et les humains voient la même chose ou si cette love story déchaînant les dérèglements naturels nous influence dans notre perception des évènements pacequ'on la vit par les yeux du gamin. Par exemple, ici les vagues ont des yeux et les tempêtes sont des amas de gros poissons bleus. En face, les habitants du village, visiblement insensibles au merveilleux ambiant n'y voient que des évènements profanes. Des vagues et c'est tout. Seul Sosuke voit les gros yeux de mérous dans les vagues. Et seul le petit est en mesure de s'amouracher d'un poisson rouge un peu zarbi. Ca met quelquefois le spectateur dans un position carrément inconfortable pendant un quart de film : pendant que tout le monde essaie d'échapper à une tempête, ceux qui savent (Sosuke et nous, s Qui dit croyance dit Shyamalan et tout celà rappelle furieusement qu'il y a quelques années, Shyamalan s'était aussi intéressé aux sirènes avec sa Jeune fille de l'eau, un titre qui irait bien à Ponyo. Déjà, l'intrusion du merveilleux chamboulait l'équilibre du monde et pour le sauver, il fallait marcher dans des combines abracadabrantesques. On appelle ça des légendes. Des trucs primaires qui remontent quelquefois à la surface, comme les dessins primitifs des génériques jumeaux de ces deux films. Quand on y pense, La jeune fille de l'eau était même un film très miyazakien. Par son rapport à l'intrusion du merveilleux dans le réel (là-bas une piscine, ici un bocal) comme enchantement inespéré d'un quotidien monotone. Mais aussi par le rapport entre le héros et la créature, aussi platonique, aussi fraternel et amoureux que dans tous les Miyazaki. Un frère, un amoureux, un ami, tout en même temps : plus qu'une vision enfantine de l'amour, une vraie exclusivité d'Hayao le sage. Photo : La jeune fille de l'eau de M. Night Shyamalan Mouvement aquatique de libération des femmesDepuis Le chateau ambulant, les personnages de Miyazaki ont la fâcheuse manie d'être protéiformes. C'est ici le cas de Ponyo, passant de poisson rouge à sirène kawaï (mignonne en japonais), puis de poulet aquatique (oui, comme Dom) à petite fille. L'occasion de jouer avec les apparences en faisant constamment appel à l'intelligence du spectateur puisque Ponyo change d'état quelquefois d'un plan à l'autre, en fonction de ce qu'elle ressent. L'animation permet ainsi, plus élégamment qu'un morphing, de faire varier les apparences des personnages selon ce qu'ils vivent et selon le regard de l'autre. Ca pourrait être trop abstrait, c'est carrément fun (surtout à la seconde vision tant le film est riche), et évidemment très drôle malgré le contexte. C'est vrai, quand on y réfléchit, que le pitch oscille de la blague à la tragédie : la terre menace de disparaître parcequ'un poisson, en s'amourachant d'un garçon, a ouvert une brêche entre deux mondes. Et comme d'hab, chez Miyazaki, qui c'est qu'on apelle quand c'est le méga bordel ? Les femmes ! Parceque le changement d'ordre naturel induit par l'idylle de Ponyo et Sosuke, cet évènement sans précédent pourra arriver uniquement grâce à l'action des femmes. Elles ont toutes un rôle actif dans la résolution de la crise écologique qui s'annonce. Et il y a la mère de Ponyo, vraie sirène sexy et surpuissante, apte à calmer son incompétent de mari, gardien kitsch de l'ordre naturel et dépassé par les évènements. Ici les hommes sont soit absents (le marin père de Sosuke), soit incompétents et pleurnichards (le père de Ponyo) soit encore à côté de la plaque (les militaires). Une révolution s'annonce et pour sauver le monde de la destruction, ce sont les femmes qui parlementent. Voir le paradoxe clairement politique du film entre le père de Ponyo, profondément réactionnaire, attaché à maintenir un ordre pa Eh oui, féminisme plus apocalypse imminente égale Cameron. Parcequ'à mesure que le film avance, la terre se recouvre d'eau et les routes immergées ne sont plus visitées que par des poissons préhistoriques, donnant un petit côté "fin du monde - on efface tout et on recommence" à l'affaire. Il est temps de faire le bilan de l'humanité. Comme dans Abyss (l'édition spéciale du film, un chouïa plus longue que le métrage sorti en salles), une force supérieure lève des vagues et réfléchit avant de tout faire péter ou pas. Ici et là, c'est l'amour qui calmera les ondes. Femmes fortes et coeurs fidèles. Si on avait laissé faire les hommes tout serait fini. Photos : Abyss - Edition spéciale de James Cameron |
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RN |