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Quêtes d'absolu contrariéesAu bout de quatre films de Jacques Becker découverts lors du festival Lumière 2011 (Edouard et Caroline, Falbalas, Antoine et antoinette, Rendez-vous de juillet - quatre chef d'oeuvres), on commence à connaître la géniale chanson du réalisateur méconnu : des personnages tout ce qu'il y a de commun, aspirant à une vie paisible, vont devoir faire avec les pesanteurs du quotidien, les renvoyant à leurs conditions politiques, et devront, pour les surmonter et entrevoir le bonheur, livrer un combat les rendant finalement héroïques. Après Antoine et Antoinette et leur histoire de prolos courant après un billet de loto gagant et réveillant la solidarité ouvrière de leur immeuble, après Falbalas et son styliste blasé devenu dingue après avoir réappris à tomber amoureux d'une Micheline Presle virginale, et après le sublime Edouard et Caroline où un couple explose presque parceque mamdame n'arrive plus à mettre la main sur le gilet de costard de monsieur, voici les ados de Rendez-vous de juillet, obligés de perdre leur innocence collectivement lors d'un été en forme de stage accéléré de passage à l'âge adulte. Le personnage joué par Daniel Gélin, futur ethnologue courant les bureaux pour financer son voyage, est ainsi emblématique : plein de rêves et de bonne volonté, il devra, avant de partir étudier des cultures dites primitives, fai Cela donne lieu a de splendides scènes, comme lorsque Gélin et son ami doivent tâtonner dans le noir, comme dans une caverne datant de l'aube de l'humanité pour aller chez Courcel, le dramaturge, où les petites amies des deux gars sont en train de se faire violenter par les deux adultes. Dans le scénario, il était juste question d'un interrupteur d'escalier introuvable dans le noir. A l'écran, Becker fait vivre à Gélin les conséquences d'une régression, comme si, avant de partir étudier une société, il devait laisser tomber ses certitudes sur son monde, toujours basé, comme à la nuit des temps, sur des rapports bestiaux de domination. C'est souvent comme ça avec Becker : une histoire très contextualisée, anodine en apparence, mais qui, au fur et à mesure de son déroulement, déterrera des enjeux presque mythologiques. Plus tard, Chabrol excellera en nous donnant à voir ces jeunes tomber et leurs idéaux avec, plus du tout portés par un contexte devenu cruel. Les godelureaux, par exemple, peut se voir, avec ses insupportables bohèmes solliloquant dans des grands apparts parisiens, comme la gueule de bois du Paris décrit ici. Chez Becker, les idéaux, s'ils sont plus difficiles à atteindre, sont encore intactes. Il faut dire que ses héros prenent, par leur combativité, une ampleur proportionnelle au découragement et à l'oisiveté des jeunes peuplant les films de Chacha. La France se reconstruit, et le vent de ce renouveau booste les jeunes pleins de rêves. Rendez-vous de juillet avait tout pour être une comédie légère, portée par le jazz des boîtes en sous-sol de Saint-Germain. Mais les gosses devront se payer une petite traversée du miroir, donnant au film une ampleur magnifique. Ils veulent devenir explorateurs ou acteurs, et ils y arriveront. Le prix a payer est juste un peu plus important qu'ils l'imaginaient. Photo : Les godelureaux de Claude Chabrol
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