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Nous sommes au tournant des années 90 et 2000. Et accrochez-vous, ça va super vite ! Des zozos pratiquent leur sport favori : balancer des vannes. Tous surgissent du stand up, des séries tv et du Saturday night live. Les mecs écrivent et interprètent des épisodes avec une énergie dingue en lorgnant sur Steve Martin, Harold Ramis, Bill Muray ou plus tard le Ben Stiller Show. Olé, ca grenouille grave dans les télés. De son côté, Apatow se colle aux scénarios, à la production et la réalisation. En 1999, il lance sa propre série Freaks and geeks avec Paul Feig. Il provoque même des auditions dans tout le pays pour trouver des comédiens. Bingo ! Les garçons découvrent James Franco (Harvey Milk de Gus Van Sant, La planète des singes : les origines de Rupert Wyatt), Seth Rogen (The Green Hornet de Michel Gondry, Funny People de Judd Apatow, Paul de Greg Mottola) ou encore Jason Segel (scénariste et comédien dans Sans Sarah, rien ne va !). La big bande se forme sans se foutre sur la gueule. Cette vague comique trouve son centre de gravité avec Judd Apatow. Depuis 10 ans, le comédien, scénariste, réalisateur et producteur invente un mini studio parmi les studios. On trouve sur la table un saladier de M & M's, une chaussette trouée et des revues porno. On peut le dire aujourd'hui, le corpus commencent à avoir une sacrée gueule. Filmeur en sérieComme J.J. Abrams, Apatow creuse deux paradigmes pour lâcher des drôles d'histoires : d'un côté, les épisodes avec des séries TV enchainées dans une verticalité narrative précise (Lost / Freeks and geeks). De l'aut On trouve ainsi une fabrique à fantastique passionnante avec Abrams et une usine à comédies géniales avec Apatow. Les deux partagent le même goût pour faire péter les coutures du genre, inventer un territoire vaste et protéiforme, faire bosser les potes. On pousse un peu et ouep, la série explose carrément le ciné avec Mission impossible 3 et Star trek. Abrams filme même des gamins réalisant un feuilleton cheapos dans Super 8. De son côté, Apatow développe des héros déjà actifs dans ses séries, carrément déployés dans un bon paquet de longs, eux même réalisés par des zozos différents. Point de rencontre ultime, JJ Abrams produit le formidable Morning glory, c'est-à-dire une comédie au top avec Harrison Ford moulé Indiana Jones for ever, ultra niqué par la présentation d'un info show. Autant dire le sommet de la série dans sa version quotidienne et cheapos. Sur l'affiche américaine, on peut lire : What's the story ? Morning glory. Ouep, c'est bien la question de l'écriture qui agite ici. Y'a des étudiants dans l'amphi pour faire une thèse ? Photo : Super 8 de J.J. Abrams Tout vu, tout nu !Tout commence dans un appartement. Peter Bretter glandouille devant sa télé. Il matte sa copine hyper glam à l'écran, elle est héroïne dans une série proche du zéro. Son image s'agite dans le poste, quand la poulette débarque impromptu, largue Peter et file à Hawaï avec un sous Bono en désintox. Notre zozo devient dingue. Il poursuit le nouveau couple sur l'ile à la météo trop parfaite. Le prologue s'inspire direct de la comédie de boulevard. On trouve, par ordre d'apparition, le mari, la femme et l'amant. Nicholas Stoller reprend le triangle amoureux en introduisant deux détails formidables : Peter range l'appartement quand la minette annonce son arrivée. Le garçon cache, aspire, nettoie tout ce qui traine. Il se comporte comme un mari avec une maitresse dans le placard… mais ici sans personne à planquer ! S'agit simplement de masquer une double vie faite d'attentes, de vide, de rêvasseries devant sa copine TV. Ouep, pas facile de jouer les amants cool quand on kife une image. La miss débarque et ça fait mal. Comme dit Lacan, "Le réel, c'est quand on se cogne". Un second détail complète le prologue : Peter sort de la douche pour accueillir Sarah et reste nu pendant l'intégralité de la séquence. La miss annonce sa rupture et fou littéralement son amant à poil. La belle blonde lui demande de s'habiller, mais non, le garçon résiste. Sa nudité, vécue comme une faiblesse, se métamorphose en arme de destruction massive. Cette posture hallucinante impose une situation comique puissante (c'est quoi ce zob à l'écran ?), tragique (un mec à terre sans coulisse pour se protéger), aussitôt retournée en résistance subversive (ma chérie tu me fous à poil, alors regardes). Peter n'a plus rien à cacher, à perdre ou à gagner. Pour la première fois, il devient visible. Il est triste, furieux, regardé. Ca tombe bien, c'est aussi un musicien aux compositions insipides pour séries tv. Ce prologue prodigieux filme une actrice en retour de réel (de la tv à l'appart) et un zozo en devenir réel (être enfin visible et audible). Pour trouver une issue, les ex se croisent sans cesse sur une île de rêve. Un espace fantasmatique où tout le monde est gentil, camé, sexy, bourré, irréel. Reste à frotter les ex aux étincelles pour voir si quelque chose devient possible… ou pas. Ecrire sous influence"Je montre avec quelle rapidité et quelle brutalité les choses peuvent s'envenimer et s'enlaidir. La comédie vient de là" raconte Apatow. La remarque vaut pour les histoires d'amours, l'entrée dans la vie adulte, une carrière professionnelle, la vie de famille ou le mariage, cet Everest ultime des comédies. Chez Apatow, la chute prend forme dans l'impro. Elle puise direct dans le quotidien des acteurs. Les zozos tournent pendant des heures, inve Apatow convoque carrément Cassavetes dans ses commentaires audio. Un truc lié avec la création d'une famille cinéma, devant et derrière la caméra. Une question de méthode avec un vrai goût pour la bande (la jouer collectif), l'énergie (apprendre à filmer en filmant), l'auto bio (ça vient du cœur), l'attrait du genre et les dialogues à double tranchant. Un mari (Peter Falk) aime sa femme un brin barrée psychologiquement et invite ses potes à la maison ? Ca donne Une Femme sous influence, chef d'œuvre signé Cassavetes, inclassable entre la comédie, le buddy movie, le théâtre, la télé et le psychodrame. Ouep, Apatow offre aux personnages le temps et l'espace d'exister dans leurs contradictions. C'est même lent question action, malgré la rapidité des vannes. S'agit de "les choyer, les honorer et de leur rendre justice". Et c'est tout simplement bouleversant. Photo : Une femme sous influence de John Cassavetes L'ile d'amourSans Sarah, rien ne va ! reste d'abord un film super hard comme les plus valeureux mélos. A priori, rien de drôle à filmer une séparation. Encore moins un mec gravement en manque de poulette. On retrouve même la concentration hystérique portée par Adèle H (François Truffaut), héroïne tragique au sommet du cramé d'amour. Isabelle Adjani fantasme sur un beau militaire, le poursuit sur une île et vire folle dans l'amour à mort. Comme pour Apatow, l'entourage est cool, voir bienveillant. Et c' L'envie "d'en être" taraude les freaks et geeks magnifiques. Ils sont à la fois touchants et vengeurs, cools et insupportables, mous et nerveux, en tous cas les zozos s'imposent comme les grands niqueurs plus ou moins volontaires de l'ordre établi. Les mêmes fracassent avec une énergie folle l'objet même de leur désir et construisent un monde parallèle, sans cesse niqué par le réel. La superposition des deux univers pousse les curseurs au max de l'arythmie. Les décalages s'enchainent et ouep, une situation cool vire rapidement à la laideur. Ou l'inverse. En tous cas, les comédies apatowiennes filment la chute, la tentative désespérée de rattraper la sauce puis s'achèvent souvent sur la naissance d'autre chose, avec la nostalgie d'avoir perdu un truc en route. Les héros ne sont pas des victimes (les potes sont là pour sauver les meubles). Pas des cools non plus. Peut-être des romantiques amateurs de torgnoles. Rien ne va plus, alors tout est possible. Photo : L'histoire d'Adèle H de François Truffaut
DS |