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Trop intelligents Les Scream sont des histoires peuplées de petits malins derrière et devant la caméra. Les uns pensent donc échapper à la mort parcequ'ils sont malins, les autres pensent échapper aux flics pour la même raison. Tout est donc, dans les Scream, un enjeu intellectuel. Le tueur masqué ne sévit pas par dépit amoureux, ni par argent, et encore moins par pulsion : des enfants de bonne famille décident de mettre un masque et de prendre un couteau pour éprouver sur leurs congénères une intelligence qu'ils croient sans limite. Un peu comme dans La corde, le film en un seul plan de Hitchcock où des étudiants buttent l'un des leurs juste pour expérimenter le crime parfait. En face, Sidney Prescott et les présumées victimes devront aussi faire marcher leur matière grise pour pouvoir échapper à ce cri de Munch meurtrier. Ajoutons à celà des adultes brillant par leur absence ou leur inefficacité (des parents figurants, des adultes superficiels) et nous obtenons des gamins livrés à eux-mêmes, obligés de courir et de réfléchir (et accessoirement voir des films et connaître le Halloween de Carpenter sur le bout de leurs doigts) pour survivre. Quelquefois ça marche. La preuve : Sidney Prescott traverse les trois premiers films. Ajoutons qu'à cette réunion de petits malins, présents devant et derrière la caméra, s'ajoutent les spectateurs, moquant la connerie du cinéma d'horreur en même temps que les personnages. La trilogie Scream a ainsi longtemps été vue par une partie de la critique comme un truc un peu trop second degré pour être honnête. Un spectacle où on se moque de Carpenter, de Tobe Hooper et de leurs personnages pour se sentir intelligents. Seulement voilà, Wes Craven est loin d'être un petit winner décidé à se refaire la cerise sur le dos d'un genre l'ayant mis en haut de l'affiche. Il se pourrait bien que tonton Wes soit tombé amoureux de ses personnages, extirpant sa saga cynique du musée des exercices de style. Photo : La corde de Alfred HitchcockWoodsboro, quinze ans aprèsLes jeunes de Woodsboro ont toutes les raisons de se foutre de la gueule des adultes. Surtout dans ce quatrième opus tardif. Le flic, Dewey, est un peu concon, sa femme, Gale, est une insupportable furie arriviste, et Sidney Prescott, victime originelle et perpétuelle, n'en peut plus de jouer les vierges éplorées chialant dès que Munch vient faire coucou. Heureusement que, pour fêter le retour de Sidney dans sa ville natale quinze ans après les funestes évènements qu'elle a vécu, un tueur, masqué et abonné à Allociné comme à la belle époque, a décidé de remettre le couvert. Ca fait de l'animation. Les trois premiers Scream ont été tournés dans la même foulée. L'un derrière l'autre, profitant d'une frénésie chiffrée à plus de cent patates pour chaque opus. Le quatrième film, annoncé juste après le troisième, fut sans cesse repoussé. On y va ? On attend un peu que tout le casting signe ? Et si on faisait un remake ? Et si on faisit un reboot avec des acteurs plus jeunes ? Des questions aussi intéressantes qu'inutiles tant le slas Dans un slasher, les gentils ont beau gagner à la fin, le tueur reviendra par la grâce d'une résurrection ou avec un autre type sous le masque s'il a fait des émules. Jason (Vendredi 13) et Michael Myers (Halloween), sont ainsi coutumiers de la suite-remake-reboot. On a beau leur rouler dessus avec un Range Rover, ils rappliqueront dans le prochain film. Quelquefois dans un sale état mais toujours avec une machette. Les années passent mais rien ne change au pays du slasher comme si le temps n'avait pas d'emprise sur ses grandes icones équarisseuses de teen. Ce n'est pas vraiment le cas de Sidney, revenant, la trentaine bien entamée, dans le quartier où elle a grandi. Et évidemment, tout recommence. Les meurtres mais aussi le premier film puisque ce retour aux sources permet à Sid de revoir les évènements qu'elle a vécu ado, cette fois dans un rôle de quadra spectatrice. Sa petite cousine reprend son personnage, menacée, poursuivie et revivant les mêmes scènes comme cette arrivée du boyfriend par la fenêtre du premier. On nage en pleine mise en abîme et c'est la marque de fabrique des Scream (dans l'original, déjà, des ados regardaient Halloween à la télé sans savoir qu'un tueur rodait juste derrière eux). Photo : Jason va en enfer de Adam Marcus Pour guérir du cynisme, le conte est bonEn bons fleurons du slasher-movie, les Scream sont donc tous les mêmes : des films où des ados ignorent être les personnages d'une fiction qu'ils trouveraient risible en tant que spectateurs. C'est d'ailleurs ce que dira Dewey, le flic simplet, à son adjointe, devant les ricanements des teens à l'évocation du trauma originel de Sid : la tragédie d'une génération est toujours sujet de moquerie pour les suivante Le tueur masqué ne fait plus peur qu'aux ringards. A l'heure du torture porn (Saw, Hostel, Martyrs et leur violence hyper explicite), les Scream ont pris la poussière comme un vieux conte de fées. Craven entreprend donc d'effrayer à nouveau tout ce beau monde, en dé-ringardisant le conte comme il l'avait fait avec Freddy (Les griffes de la nuit et sa comptine d'abord moquée avant d'être cauchemardée par les gamins de Elm Street). Retrouver dans un récit classique les peurs primales permet de donner un sens à ce très incertain rite initiatique qu'on appelle la jeunesse. Ca commence par des faux départs (trois parodies de scènes d'ouvertures des films précédents donnant dans la surenchère, comme pour nous dire ce que le film ne sera pas) pour se terminer de l'autre côté de miroir, Sid se battant à mort avec son double comme pour définitivement en finir avec son trauma. Ironie du sort, ce ne sont pas les plus malins qui gagnent. Juste des personnages pleins de fêlures et de faiblesses à nouveau prêts à avoir peur du noir. Photo : Les griffes de la nuit de Wes Craven
RN |