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Faire une Broc backPremière nouvelle, J.J. Abrams n'est pas pris d'une lynchite aigue en tournant un film en super 8 pour un festival expérimental. Après Star Trek, Mission impossible 3 ou la série The Lost, le zozo fabrique toujours des blockbusters avec du pop corn dedans. Pourtant, le titre impose une spéciale dédicace au bon vieux format pelliculaire, à priori aussi éloigné de la production estivale que l'UMP des préliminaires. Plane même une atmosphère vintage autour du "ciném Super 8 fait sa broc back et file à l'essentiel : gratter l'os du cinéma. Un truc déjà vu quand le zozo reprend Star Trek sur grand écran et injecte une jeunesse même pas envisagée dans la saga. Ou bien lorsque Mission impossible 3 offre à la super star Tom Cruise un esprit d'équipe carrément oublié dans le 1 et 2. Entre deux frites à la cantine, Richy perçoit même un "total respect" envers les œuvres initiales. Un truc pas si courant dans l'art du remake ou reboot. On sent même une filiation tranquille avec John Ford, quand le vieux réalisateur revient sans cesse aux racines du western. C'est-à-dire une danse, un paysage, un cheval. On retrouve pile la conquête de l'ouest dans sa brutalité mélancolique et l'éclat du genre. Alors aujourd'hui, voir Abrams chercher la jouvence parmi des veilles choses jugées hors d'usage nous travaille de la même manière. Mission impossible, Star Trek ou le ciné de Spielberg au milieu des années 70, le programme affiche une ambition non seulement revigorante, mais carrément bouleversante et passionnante. Photo : La prisonnière du désert de John Ford Faire un grand 8A l'âge où les poils poussent, une bande de gamins réalise un film d'horreur amateur au fond des Etats-Unis, précisément là où fut tourné Voyage au bout de l'enfer de Michael Cimino, autre grand niqué par la recherche des origines. L'atmosphère ouvrière et forestière, déjà vues dans Twilight, fertilise les imaginaires adolescents. Ben oui, quand on s'emmerde, suffit d'une étincelle pour foutre le feu. Quand on meurt à petit feu dans un trou du cul du monde, le fantastique n'est jamais loin. Enfin, quand les kids n'imaginent pas d'autres issues que le rêve, nous sommes dans le grand bois pour faire du cinéma. C'est-à-dire enregistrer des histoires impossibles et les projeter. Faire des prises de vues puis les propulser sur les écrans.
Pour le dire autrement, c'est aussi la case lune dans 2001 l'odyssée de l'espace de Kubrick. Là aussi, on trouve un incroyable plateau cinéma extérieur avec un monolithe au centre de toutes les attentions, et donc des caméras, et la tentation de piger l'affaire. Cet objet est une porte, un tour de passe passe, un engin fait pour filer dans la vitesse-lumière et traverser des univers à l'œil nu. Photo : Rencontre du troisième type de Steven Spielberg Faire blockbusterPourtant, malgré les références imposantes, Abrams la joue modeste. Le zozo passe par la case enfance et aborde le sujet en feuilletant son petit manuel de la ferveur. Il ouvre direct le bouquin à la page Toys Story, quand dans sa chambre adolescente tout prend vie, aussi bien une maquette, un rubix cube délavé, une figurine et encore plus près du réel fantastique, un film Super 8 projeté sur un mur, capable de faire revenir les morts parmi les vivants. Ouep, le Super 8 porte super bien son nom. C'est au choix un proto cinéma numérique de poche, un ancêtre de la vidéo domestique ou encore, si on remonte aux racines technos, la suite logique des Pathé baby, soit les premiers projecteurs amateurs pour mater des films à la maison. Encore une histoire pour enregistrer quelque chose du monde, travailler le réel puis projeter du monde animé. Dans les années 70, cette opération est possible avec une poignée de dollars. A l'époque, le Super 8 implique toute une chaine cinéma formidable : d'abord la caméra (il y en avait des bonnes), un projo et un écran pliable pour les séances familiales en mangeant la tarte aux pommes de tatie Warhol. Voilà pour le matos sorti du placard. Abrams balance sa broc, y compris les objectifs, la prise de son et tout le bazar. Mais la grande classe réside dans un grand détail. Le garçon n'oublie pas à quel point la démerde appelle les potes pour mener le projet au bout, aussi modeste soit il. Chacun apporte sa part, et c'est pas sans poser des difficultés, dans le grand le kif du making off. Faire un tour de super 8, c'est fabriquer un film comme un grand. Comme papa Spielberg. Avec plein de zozos dedans. L'air de rien, Super 8 repositionne l'acte fondateur (faire du ciné dans sa chambre) dans l'art de la méga production ou de la série fleuve. C'est le même élan, intact. Abrams pousse le bouchon plus loin et filme à quel point jouer dans la cours des grands implique un travail en équipe. A quel point, gros budget ou films de chambres, grandeur des moyens ou absence de matos imposent un bricolage permanent. Ici, pas de place pour l'introspection romantique de "l'auteur" tout puissant. Le cinéaste n'est plus seulement condamné au doute ou à la gloire, mais d'abord à faire bande. D'une certaine manière, c'est faire blockbuster. C'est à dire naviguer dans le plus grand que soi. Ca dépend, ça dépasse. Les kids montent des maquettes dans un coin, Chaplin entrevoit quelques lumières dans la ville, Spielberg imagine des lueurs venues de l'espace. Et ça dépasse à plusieurs. Alors oui, Super 8 raconte ce truc plutôt cool : film de chambre et guerre des étoiles, même combat. On retrouve la même folie. La même ferveur. Le même goût pour la bande. La même innocence pour le nez en l'air. L'envie de fabriquer un truc bigger than life. Faire la bignessTout commence par un énorme panneau publicitaire indiquant les jours sans accident sur une ligne de chemin de fer. Chaque jour, un homme aligne un chiffre de plus. Mais cette fois, les vieilles plaques en métal affichent un double zéro. Il y a accident. On remet les compteurs à zéro. C'est le point de départ pour réaliser la fiction. C'est aussi l'occasion de rebooter encore une fois le cinéma selon Abrams. Se demander, c'est quoi faire un film ? Comment ça marche ? Quel est ce désir qui pousse à retrouver une bande pour raconter une histoire complètement niquée ? C'est la bigness. C'est ce truc qui dépasse la micro fiction lorsque les gamins tombent sur un E.T. géant dans la ville. Le réel déborde le Super 8 et impose aux kids une adaptation permanente au quotidien devenu fantastique. Nous sommes dans les petits arrangements avec le monde, ou dans la langue des personnages dépassés par les événements. C'est la plus value sur la production. Avec cette plus value répétée à l'envie pendant le film, Abrams balance non seulement le coup de l'abime, mais surtout brasse un bon paquet d'étages narratifs sans se mélanger les objectifs. On trouve aussi bien l'introsp Pour le zozo, les fictions S, M, L, XL et XXL se frottent, se croisent, conversent sans classement honorifique. Dans ces conditions, le job des kids consiste à intervenir sur l'ensemble des étages narratifs. Quand les adultes tentent une résolution des problèmes par un bout, les gamins pigent très vite la nécessaire articulation entre les univers et fabriquent du lien, c'est à dire un film. Encore plus fort, par quelques mots et un simple regard, les kids inventent une langue pour causer l'extra terrestre. Moment incroyable, au fond d'une grotte platonique où les illusions atteignent un sommet, Abrams lance son ultime vocabulaire : le mélodrame. Et ouep, l'énergie du bon vieux mélo, capable de prendre en charge toutes les contradictions des mondes avec une ultime projection, voie royale pour créer du lien dans la séparation, de la vie dans le tragique, de la présence dans l'absence. Voilà un double mouvement bien connu chez Chaplin, quand une love story nait entre une aveugle et un clochard dans les Lumières de la ville, ou encore lorsqu'un enfant aime d'amour un extra terrestre reparti chez lui dans ET. L'incandescence pousse le paroxysme à inverser toutes les lois de la nature. Les objets lourds grimpent au ciel. Les enfants bientôt adultes regardent leurs pères comme ils sont. Une étoile nait dans le ciel. Juste un point dans l'espace, c'est-à-dire un projecteur super 8 avec tout ça dedans. Immense. Photo : Les lumières de la ville de Charles Chaplin
DS |