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Apocalypse me Prenez (les acteurs principaux de) Bug et Tree of life, agitez un bon coup et vous obtiendrez Take Shelter. Même pas la peine de laisser reposer. Comme dans Bug, Michael Shannon est donc ici rongé par un mal intérieur dont on doutera jusqu'au bout de la véracité : là-bas des bestioles qui grattent et qui finiront par le ravager de l'intérieur, ici des visions de catastrophes naturelles façon blockbuster. Le type est-il un prophète ou un grand taré ? Peu de chances de le savoir avant la fin vu que les deux films empruntent une narration focalisée sur ce que voit le pauvre hère victime d'une démence prob Nuance de taille entre les deux films : si dans Bug, sa femme se prenait au jeu, faisant peu à peu office de point de vue biaisié pour le spectateur en quête de réalité, Jessica Chastain, son épouse dans Take Shelter, se bat pour essayer de ramener son homme à la raison. Elle ne l'accompagne pas dans son délire et fait tout pour tenir la barraque de sa famille, même quand son mari perdra tout pour customiser son un abri postapocalyptique. Devenu fou, régressant jusqu'à l'enfance (v'la que Curtis fait pipi au lit en s'éveillant après un de ses rêves), le pauvre gars s'isole peu à peu, muré dans un silence inexorable : comment dire ce qu'il voit sans passer pour un dingue, surtout que ses antécédents familiaux ne plaident pas en sa faveur, avec une maman officiellement schizo ? Sans aller jusqu'à la perte de la virilité (Jeff Nichols nous épargne avantageusement une scène de cul foirée par impuissance), Curtis n'a bientôt plus les couilles d'affronter le quotidien alors qu'il perçoit la fin de tout. Et c'est madame qui doit se battre pour l'homme qu'elle aime. Même si c'est incompréhensible. Ecouter, soigner : la jolie roussette garde ses minijupes mais porte le pantalon face à son homme qui rétrécit. Au bout du bout, le film va jusqu'à poser un magnifique paradoxe : soit Curtis est fou et ça devient si invivable que son couple est foutu, soit c'est vraiment la fin du monde et ils auront quelques heures de grand amour avant l'extinction des feux. Photo : Bug de Willam Friedkin Re-création Comme dans les films de Malick, Take Shelter nous donne à voir une nature poursuivant, presque sourde aux hommes qui l'occuppent, un processus de création ininterrompu. A de rares moments d'identifications près, les hommes passent leur temps à se mettre sur la gueule, comme s'ils voulaient à tout prix oublier leur nature. Ainsi, si Pocahontas, dans Le nouveau monde, s'étiolait dès qu'on l'exh Dans Take Shelter, le processus s'inverse. Et si tout le monde, à part Curtis, était devenu sourd (comme sa propre petite fille, à laquelle il s'identifie à marche forcée) aux desseins d'une planète même pas tentée par l'idée de jouer un sale coup à l'humanité mais juste de s'arrêter ? Sans verser dans la noirceur un peu chiante mais fascinante (mais quand même bien chiante) du Melancholia de Lars Von Trier, Jeff Nichols arrive donc à inverser le postulat panthéiste, donnant aux ondulations de l'herbe des atours de sursis avant l'extinction totale des feux. On n'est pas non plus dans le ciné de Shyamalan, qui donnait un sens aux attaques de Mère Nature. C'est juste que tout va s'arrêter. Photo : Tree of life de Terrence Malick La tornade magique Nichols va plus loin : il détourne aussi l'usage de la tornade, un symbole fort du ciné US prenant la cambrousse pour décor. La petite Dorothy arrivait ainsi au pays de ses rêves à la faveur d'une grosse tornade emportant sa maison, faisant débouler du technicolor dans un monde réel noir et blanc. Take Shelter reprend le plan des meubles s'envolant dans le salon, comme chez Fleming, mais, n'oublions pas le contexte, rien ne se passe au dehors. L'une des scènes emblématiques du chef d'oeuvre sucre d'orge de Victor Fleming devient donc ici un vecteur cauchemardesque. Et si Dorothy vivait son périple féérique, c'était pour mieux trouver sa place dans sa vie quotidienne en réassignant à son entourage des rôles rêvés (la maîtresse devenait par exemple une sorcière). Ici, tout converge, pour Curtis, vers l'isolement. Photo : Le magicien d'Oz de Victor Fleming
RN |