A boy and his car
Transformers
(2007) de Michael Bay


Alors c'est ça le plus gros bluckbuster de l'été 2007 ?
Un film au pitch ridicule ?
Les plus optimistes se souviendront que des histoires autrement plus excitantes ont donné de bonnes grosses bouses. Rappelons-nous d'Independance day à la bande annonce aussi excitante que le film était pénible, ou comment faire un film chiantissime avec une histoire en or.
Ici, c'est l'histoire d'un adolescent faiblard qui achète sa première voiture. Sauf que la voiture est vivante, d'une race extraterrestre bagnole le jour, robot géant la nuit. Comme un trave mais avec des roues. Les autobots (c'est comme ça que s'appellent les gentils transformers) se réveillent tous pour butter les méchants decepticons (des avions, tanks, hélicos qui se changent aussi en robots) décidés à coloniser la terre. Fais tourner.
Précisons que le tout est emballé par Michael Bay et produit par Spielberg et là on nage sans savoir à quoi s'attendre.

Godzilla 16 soupapes

C'est bizarre mais avec son sujet a priori débilos et ses combats de robots géants sur fond de destruction massive, Transformers a comme un goût de cinéma japonais. Pas Kurosawa, hein. Plutôt Godzilla et Bioman. Il en serait même le mix parfait mais avec des thunes. Parcequ'ici, si les images de synthèse ont remplacé les maquettes en carton tokyoïtes, il y a un vrai kif à voir des gros trucs qui se filent des mandales en refaisant la décoration urbaine mieux que Decaux.
C'est que les japonais ont créé Godzilla pour exorciser le triste souvenir d'Hiroshima. Les américains ont eu le 11 septembre, voilà les Transformers.

La catastrophe du World Trade Center a beau être un truc qui commence à devenir aussi présent à Palma qu'un dossier Mincir en couverture de Prima, il était absolument impensable qu'un film qui montre des ennemis fracasser des bâtiments ne soit une occasion de plus de conjurer le trauma américain. C'est ainsi, il faudra s'y faire, mais les blockbuster post 9/11 courent tous après l'effroi causé par ces attentats.

Petite nuance ici toutefois : si on savait que l'ennemi venait de l'intérieur, Bay pousse le bouchon un chouïa plus loin puisque même les tanks et les hélicos de l'armée US sont ici pris de furia terroriste. Si on peut même plus avoir confiance en nos chères armes...
La chose est plutôt drôle d'autant qu'ici, le salut vient des voitures. A l'heure où même la droite se met à jouer les écolo-friendly, tout ceci est plutôt fun. Et puis à la différence de Roland Emmerich, son pote de chambrée à l'asile des cinéastes neuneus, Michael Bay ne donne pas dans le misérabilisme apocalyptique pour devenir respectable. Après avoir pondu Independance day, déchet toxique aussi crétin et si craignos qu'on l'imagine définitivement pas recyclable, Emmerich s'était racheté une bonne conduite en suivant la vague anti-Bush et pro-Gore dans un jour d'après qui, s'il a indéniablement plu à Dom, n'aura trompé que la moitié des actionnaires de Palma (ah la scène de la bibliothèque...).
Bay qui ne joue pas les fayots (il aurait pu), de gros robots qui, comme prévu, se mettent dessus dans des combats plutôt cools  : l'honneur est sauf. Mais le film a surtout une sacrée grosse qualité : il est produit par Spielberg.

Photo : Godzilla vs King Ghidora de Kazuki Omori

Première voiture

Petite histoire comme on aime : Michael Bay raconte que Spielby lui a vendu la réalisation de Transformers en disant que ça raconterait juste l'histoire d'un jeune au moment sacré de sa première voiture. Comme si le packaging Biomanesque n'était que du tuning autour d'un sujet qu'on devine assez spielbergien sur les bords.

Et même si on sait que les productions de Spielby sont assez variablement intéressantes (Gremlins mais Shrek), rien ne ressemble plus à une production Spielberg des années 80 qu'une production Spielberg des années 2000. Comme à la belle époque des Gremlins et Poltergeist, on sent que deux films se battent dans Transformers : celui de Spielberg, éloge douce amère et un peu barrée de la revanche d'un gamin faiblard sur un système forcément oppressant (E.T., c'était aussi ça) et celui de Michael Bay, gros faf sympa mais jamais à cours de lèche pour les beaux hélicos de l'armée et les silouhettes de G.I. se détachant au ralenti. Et surtout efficace les derniers jours de tournage, quand il faut faire péter tout le décor.

L'avantage, c'est que dans son incapacité à prendre du recul, Bay est manifestement l'homme qu'il fallait pour donner vie à une mythologie faite de voitures qui se changent en robots parlants. Ce côté très premier degré, qui, dans le pire des cas peut donner une beau petit manifeste belliqueux, fait qu'ici on est très vite accro à l'anthropomorphisme homme - voiture pas ridicule du tout (enfin, si, mais ça fonctionne). Parcequ'en plus elles parlent. C'était pas gagné d'avance.

Au finish, si les tous hommes du film sont plutôt ridicules (les deux grands John du film, Turturro et Voight, médailles d'or de la honte), les gamins et les robots en restent la plus grande attraction. Et surtout les seuls personnages responsables. En celà, on reste dans le ciné de tonton Steven.

Et on fait un détour vers celui de Carpenter en passant par Christine tant le personage principal, Sam, rappelle le jeune possesseur finalement possédé par la belle voiture rouge de chez Carpie / King.

Sam rêve de se faire la bombasse du collège. Manque de pot, la pimbêche ne se tape que les capitaines d'équipe et Sam est un loser malingre. Un vrai petit Peter Parker. Autant dire que sa première voiture est attendue comme le messie par le petit pignolo. Et que le résultat va dépasser ses espérances puisque non seulement il se fera la (très) belle brune mais qu'accessoirement, il va sauver le monde avec sa voiture aussi transformiste que vivante.
Belle image de ce moment si beau où on foule le plancher de sa première caisse (généralement une poubelle pleine de promesses).

Transformers ou Christine en version cool. La voiture rouge permettait au héros de s'affirmer en devenant meurtrier, la voiture jaune des Transformers fait de Sam un sauveur.

Et en faisant de cette guerre de robots-voitures le possible délire d'un ado ne désirant rien de plus que d'avoir cette première voiture promettant sexe, liberté et indépendance, le film donne donc de nouvelles bonnes raisons de fantasmer ce passage obligé de la jeunesse. Quand on vous dit que c'est cool.

Conséquence directe : alors que Transformers aurait pu être le film de la maturité pour Michael Bay, une passerelle entre un Independance day qu'il aurait pu réaliser et La guerre des mondes, everest indépassable du film d'invasion extraterrestre, il fait le choix, dans un dernier plan sublime et comme son héros tout en sebum, de savourer son adolescence.

Photo : Christine de John Carpenter

 

 

 

RN

Filmographie de Michael Bay (lien Imdb)