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Il est libre, Michael Le succès US du premier film (320 patates) donne une relative liberté à Michael Bay. Une promotion technique d'abord : on passe de 150 à 200 patates de budget, pour plus de robots et plus d'effets spéciaux. En ces temps de crise à Hollywood, c'est pas mal. Résultat des courses : Transformers 2 la revanche (de Michael Bay ?) pousse le curseur de la connerie jusqu'à faire péter tous les cadrans. Dans un élan téléramesque, on aurait pu traiter le film avec mépris (et donc ne pas le traiter), mais voilà : ce summum du n'importe quoi est sacrément jouissif. Plus encore, il émane du bordel ambiant une furieuse impression d'assister à quelque chose d'esthétiquement fortiche et de courageux. Roland et Michael, fratrie dégénéréeOn en avait touché un mot à la sortie du premier Transformers, c'est encore plus vrai en matant le second : Roland Emmerich et Michael Bay nous rejouent Dumb et Dumber. Soient deux réalisateurs avec un chromosome en moins, rentables mais sans grand film à faire valoir et un peu pollio sur les bords. On attend encore le moment où l'un des deux serviles représentants de l'armée US fera comme Tony Scott, effaçant d'un Man on fire tous les Top Gun passés. Le jardin de Palma, entre la statue de Chabrol et celle de Spielberg, brille de ces cierges allumés dans l'espoir de les voir commettre enfin un chef d'oeuvre. En attendant, les deux zozos se marquent à la culotte. Emmerich, après avoir fait ses monuments de connerie, a décidé, avec son Jour d'après, de tourner sa veste : après la propagande bushienne, le v'là en plein catastrophisme écolo. Mais bon, tu sais, Roland, plus on change, plus on reste le même. De son côté, Michael, entêté et finalement beaucoup plus sincère, a fini d'essayer de battre le nombre de plans à la minute. Son kif, c'est de tout faire péter. Si en plus on peut mettre un militaire qui court la mi C'était déjà le cas dans le film d'Emmerich. Première guerre en Irak, et voilà un commado de marines qui passe dans une autre dimension pour déloger un tyran androgyne asservissant des égyptiens gentils mais cons puisqu'ils n'ont pas ni fusils ni barres chocolatées. Le monde arabe, réduit à des égyptiens d'un autre temps, primitifs asservis d'un côté, aliens gays de l'autre, en prenait pour son grade. En plus, nous disait, Roland, les pyramides, c'est pas l'oeuvre des architectes du pharaon, c'est juste les vaisseaux spatiaux des méchants. On retrouve dans Transformers 2, et en ces temps de seconde guerre en Irak, des militaires paradant fièrement autour des mêmes monuments. Et comme chez Roland, ces merveilles ne sont rien d'autres que l'oeuvre des méchants, des Decepticons (ce n'est pas une insulte mais le nom des méchants Transformers). Tout est là pour s'énerver, pour trouver le film méchant et son réalisateur antipathique comme Emmerich. Tout est prêt pour lyncher la propagande puante. Oui mais voilà, différence de taille, ici les américains ne font rien d'autre qu'importer leur bordel sur le sol basané. Tout réalisateur réac qu'il est, Michael Bay est un mec qu'on n'arrive pas à détester. Un gamin qui devait vraiment s'éclater avec ses jouets jusqu'à transformer sa chambre en champ de bataille si homérique que ses parents le lattaient fort. Ici, l'influence de Spielberg se faisant moins présente qu'auparavant, le petit a juste décidé de confronter ses gros robots aux pyramides. La perfection de ces pyramides semble insupportable à l'esprit torturé du petit Michael, plutôt friand de Biomans aux designs compliqués. Des monuments artistiques ? Des lieux de mémoire ? Fuck off ! Tu vas voir ce que ça donne quand Megatron casse la gueule au Sphynx et démonte Kheops ! Photo : Stargate la porte des étoiles de Roland Emmerich Megan, la plus belle voiture du filmEntre deux bastons de robots en plein désert (ou pas : les scènes de destruction urbaines sont ici plus réussies que dans le premier film), on pourrait se faire chier. Ce n'est pas le cas, grâce encore, à cette sorte de modestie (on a du mal à employer le mot devant le gigantisme ambiant mais gardons à l'esprit cette volonté de s'amuser avec de gros joujous). Bay a ainsi la bonne idée de faire de Transformers 2 une comédie. Une comédie avec des robots voiture mais une comédie tout de même. Le premier film était une petite quête initiatique autour de la première voiture et de la première nana, place ici à la maman camée, au petit robot lubrique et au Decepticon à grosses couilles (véridique). L'occasion de confirmer le talent de Shia LaBeouf et tester le potentiel de Megan Fox, bombasse phénomènale, débutante dans le premier film, désormais star adulée par les geek et les autres. Seulement, si entre les deux Transformers, Shia a fait quelques bricoles comme Indiana Jones, Megan a surtout fait les couvertures de FHM et les beaux jours des sites d'info ciné à chaque fois qu'elle l'ouvrait pour confirmer, entre autres, son amour pour le sexe. Faut dire, avec un prénom pareil, la petite avait tout pour s'épanouir au milieu des bagnoles. L'un des plaisirs de Transformers 2 tient à l'éclosion de la star : apparue par hasard deux ans auparavant, elle éclate ici, et si on n'en est pas encore à l'explosion atomique comme Sharon Stone dans Basic instinct (Bay est sympa mais ce n'est pas Veroehven), on a tout de même droit à un petit festival de la Megan, pleine de graisse au garage de papa, en tee-shirt mouillé, lascive quand il s'agit de dresser un robot vicelard, screamqueen obligée de la fermer devant les méchants... On a beau trouver ça vulgaire, mais putain, qu'est-ce qu'elle est belle. Il y aurait donc une vie après Angelina Jolie. Un film fier d'être bloqué en 1985Avec tout ça, difficile de croire que le film ait été écrit par Alex Kurtzman et Roberto Orci, les scénaristes de JJ Abrams (Star Trek, Mission impossible 3), tant on est loin du vent de liberté du papa de Lost et aussi loin du portnawak génial, énergisant et finalement subversif des Charlie's Angels. Si Transformers 2 est subversif, il pase par l'autre côté, façon réac : rester dans les années quatre vingt, regretter presque Reagan, faire de Obama l'un des méchants parceque le con propose de parlementer avec les vilains robots plutôt que de leur mettre sur la gueule. Qu'on se le dise, Transformers 2, plus encore que son prédécesseur, est donc un film de droite. Vive l'armée, vive les pépées en tee shirt mouillé, vive la guerre, et que le désert est beau quand un G.I. court devant au ralenti. C'est pas grave : prendre du plaisir coupable, ça peut arriver à tout le monde. Le petit plus, c'est que Michael Bay accumule les doigts d'honneur avec un courage certain et finit par faire plaisir. Il s'attaque à Obama nommément, on l'a vu, mais les féministes en prennent aussi pour leur grade, via deux personnages féminins (Megan et une blonde avec une langue de deux mètres) comme sorties d'un porno californien des eighties. Et puis, ne boudons pas notre plaisir devant l'éloge de ces grosses bagnoles polluantes et surconsommatrices, à filer une crise cardiaque à Yann Arthus Bertrand. Ces robots résolument anti-écolo vengeront les pauvres hères dont nous sommes, allergiques au film Home, cette insupportable prêche. Mais Michael est un fou. Un vrai. Et casser du vert, du pacifiste, du féministe, ça ne lui suffit pas. Il va plus loin et regrette le bon vieux temps post-11 septembre, cette époque où les militaires auraient pu avoir tous les droits pour des raisons de sécurité. Ce temps où la loi martiale a failli être proposée par les plus dingues des républicains. Alors il le ci C'était une extrapolation de la réalité puisqu'il n'y avait plus de prisonniers ricains depuis belle lurette. Un petit coup de révisionnisme pour justifier la débauche de douilles. Télérama a trouvé ses satans mais à Palma on n'arrive pas à trouver Rambo 2 et Transformers 2 méchants. Ce sont plutôt des petits manifestes cons et fun. Dans le cas de Transformers 2, peut-être qu'à la différence avec Emmerich, tournant sa veste en fonction des prêches du moment, Michael Bay étonne par son manque d'opportunisme. Pensez donc : sortir un film aussi cher et bête un an après le carton d'un Dark Knight censé avoir obligé les blockbusters d'être sombres et intelligents, avec Obama dans un petit rôle de méchant crétin, ça ne manque pas de panache. Avec son film regrettant carrément Reagan et Bush, Michael Bay a prouvé qu'il était décidément le plus courageux des sales gosses. Photo : Rambo 2, la mission de George Pan Cosmatos |
RN |