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A contrario, certains cinéastes se sont dit que tout de même, cette période plus tout à fait poupine mais pas encore mature créait carrément des étrangers. De Carpenter à Gus Van Sant en passant par Richard Kelly et son lapin de mauvaise augure, nombreux sont ceux qui se sont penchés sur ce drôle d'âge avec tout le respect lié à cette incompréhension obligée. Entre femmesEcrits par Stephenie Meyer, Twilight est une série de romans mixant les grands mythes du fantastique, et notamment le vampirisme avec l'adolescence. Un peu comme JK Rowling et ses moldus, en plus romantique. Et pour le coup, sans atteindre les cimes harrypotteresques, ça cartonne. Tiens, si on faisait une adaptation ciné ? Coup de chance, les producteurs vont chercher Catherine Hardwicke, autrefois réalisatrice d'un film d'ados, Thirteen, réussi et apprécié, faisant d'elle la femme de la situation. Une femme pour filmer à faible coût (pas de star et un petit budget) une ado paumée, c'est plutôt une belle idée. Surtout que le héros de la saga est une héroïne. Bella, dix-sept ans, quitte le soleil de l'Arizona pour un patelin froid et paumé, Forks. Sa mère s'est remariée avec un winner cool, alors la petite va vivre chez son père, un gentil flic un peu redneck. Complètement étrangère à sa vie, elle ne tarde pas à être fascinée par un beau gosse blafard et taciturne, Edward, jusqu'à en tomber follement amoureuse. Seulement, voilà : le bellâtre est un vampire. De quoi remplir des tonnes de pages d'un journal intime qui se destinait à être morne. Edward ne tarde pas à craquer aussi, irrémédiablement attiré par l'odeur de Bella et l'hermétisme de son esprit. Avec Bella, la télépathie est impossible, réinsérant Edward dans ce monde des vivants qu'il parvenait à comprendre sans bouger. D'emblée, la petite révolution sympa du film est donc cet inversement : ici le personnage principal est une fillette, renvoyant les mecs aux utilités, gentils mais largués (le père, Jacob, les potes de classe) ou au statut de bimbo (Edward et sa famille, sortis d'Anne Rice). Malgré le contexte post-pubère, l'homme n'est ici pas un loup pour la femme : pour Bella, point de trauma lié aux règles ou à l'arrivée des hormones mais plutôt une sacrosainte trouille du vide. Carrie, c'était pour le siècle dernier. Un grand destin ou la mortC'est pas nouveau mais pour une fois que ça irrigue le mainstream, on ne va pas se plaindre : façon Gus Van Sant (Paranoïd Park mais surtout Elephant), la tragédie des teen se résume ici à leur solit Dans Twilight comme dans Elephant, les ados bouchent les trous de la vacuité programmée de leur vie par ce qui peut leur arriver de plus fort : un évènement. Pour les blondinets de GVS, on donne dans la rénovation de la déco en repeignant les murs en rouge avec des bouts de cervelle, dans Twilight, où la tristesse est plutôt féminine, c'est le top du romantisme qui soudain frappe à la porte de Bella, en la personne d'Edward et tout son background romanesque. C'était ça ou la mort à petit feu. Forcément, les fans de ciné de genre font un peu la gueule : on leur annonçait un film de vampire, il se retrouvent avec un mélo ado plutôt avare en scènes de succion et carrément abstinent côté gore ! Ben oui, les amis, n'oubliez pas que Twilight est un film focalisant sur une fifille et ses tourments. Il ne faut pas avoir honte de verser sa petite larme. Surtout que la fifille en question, eh ben elle est plutôt pas mal. Photo : Elephant de Gus Van Sant Kristen StewartIl n'y a pas que Megan Fox dans la vie. C'est un peu dur (surtout quand on y pense fort), mais c'est ainsi. Heureusement, 2009 aura aussi vu l'éclosion de Kristen Stewart. La Bella du film d'ici, c'est elle. Megan Fox d'un côté, Stewart de l'autre, s Tout montrer ou tout retenir ? Entre la lascivité too much et le manque de confiance confinant à l'absence, les petites se cherchent. Et peut-être même qu'elles se trouvent. En tout cas, pendant que Bella trimballe sa grisaille, Megan joue les bimbos ultimes chez Michael Bay et surtout les allumeuses démoniaques dans Jennifer's Body. Comme en réaction. L'érotomane est hilare même s'il est en droit de préférer une Kristen émouvante car jusqu'au boutiste dans sa détresse à une Megan coupée au montage pour ne pas être interdite au moins de treize ans. On a beaucoup glosé sur l'inexpressivité de Kristen Stewart. Rappelons qu'elle ne fait que jouer parfaitement le rôle d'une fille éteinte rencontrant un garçon lumineux, se transformant en étoile au soleil. Summum de l'érotisme : quelquefois, elle sourit. Kristen, on t'aime. Photo : Jennifer's body de Karyn Kusama Le teen movie, ce n'est pas saleAu fond, Twilight ne pourrait être rien d'autre que la prise au sérieux d'un belle histoire d'amour entre teen. L'idée est vieille comme le monde : l'irruption du fantastique pour mettre à jour le réel. Elle est si amoureuse de lui qu'elle le voit comme un vampire, c'est à dire un mec tellement différent qu'il est en marge d'une humanité déjà lointaine, avec qui tout devra rester platonique, pur et éthéré. On n'a pas l'habitude de le définir ainsi mais Titanic ét On parle ici du grand amour, celui qu'on vit un peu égoïstement, par chance. Par comparaison, les amours des copines de Bella ne sont que des questions de formalité : truc aime machine, mais ça semble tellement profane qu'autour de la belle tristounette, les couples se font et se défont en un claquement de doigts. Pour elle, évidemment, c'est autre chose. Le truc qui lui arrive va la tuer, c'est sûr. C'est trop fort. Surtout ne pas essayer de comprendre et kiffer de passer du statut de larve à celui d'héroïne de roman. Elle est triste mais elle sent bon, il est mort mais il brille au soleil : il n'en fallait pas plus au tandem Meyer / Hardwicke pour faire repartir la teen bluette pour un tour. Sortez les mouchoirs, n'ayez pas peur. Photo : Titanic de James Cameron |
RN |