Le petit chaperon triste
Twilight chapitre 1 : fascination (2009) de Catherine Hardwicke


Tant que les réalisateurs seront des adultes, ne rechignant pas à couper un plan de téton pour pouvoir boucler leur décemment métrage, ils filmeront les ados en les regardant comme des étrangers.
Pour le coup, ça tombe bien, c'est précisément ce que sont les adolescents : des individus poussés à changer physiquement, à débuter une vie loin du confort irresponsable de l'enfance. Au ciné, dans le pire des cas, ça donne High School Musical 3 (n'en déplaise à Dom), c'est à dire une infantilisation nostalgique se résumant, dans ses aspects les plus trash, à arriver en retard à la cérémonie de fin d'année. Se dire que les ados sont encore des enfants, considérer la puberté comme une partie de l'enfance, c'est tellement plus rassurant. 

A contrario, certains cinéastes se sont dit que tout de même, cette période plus tout à fait poupine mais pas encore mature créait carrément des étrangers. De Carpenter à Gus Van Sant en passant par Richard Kelly et son lapin de mauvaise augure, nombreux sont ceux qui se sont penchés sur ce drôle d'âge avec tout le respect lié à cette incompréhension obligée.

Entre femmes

Ecrits par Stephenie Meyer, Twilight est une série de romans mixant les grands mythes du fantastique, et notamment le vampirisme avec l'adolescence. Un peu comme JK Rowling et ses moldus, en plus romantique. Et pour le coup, sans atteindre les cimes harrypotteresques, ça cartonne. Tiens, si on faisait une adaptation ciné ? Coup de chance, les producteurs vont chercher Catherine Hardwicke, autrefois réalisatrice d'un film d'ados, Thirteen, réussi et apprécié, faisant d'elle la femme de la situation. Une femme pour filmer à faible coût (pas de star et un petit budget) une ado paumée, c'est plutôt une belle idée.

Surtout que le héros de la saga est une héroïne. Bella, dix-sept ans, quitte le soleil de l'Arizona pour un patelin froid et paumé, Forks. Sa mère s'est remariée avec un winner cool, alors la petite va vivre chez son père, un gentil flic un peu redneck. Complètement étrangère à sa vie, elle ne tarde pas à être fascinée par un beau gosse blafard et taciturne, Edward, jusqu'à en tomber follement amoureuse. Seulement, voilà : le bellâtre est un vampire. De quoi remplir des tonnes de pages d'un journal intime qui se destinait à être morne. Edward ne tarde pas à craquer aussi, irrémédiablement attiré par l'odeur de Bella et l'hermétisme de son esprit. Avec Bella, la télépathie est impossible, réinsérant Edward dans ce monde des vivants qu'il parvenait à comprendre sans bouger.

D'emblée, la petite révolution sympa du film est donc cet inversement : ici le personnage principal est une fillette, renvoyant les mecs aux utilités, gentils mais largués (le père, Jacob, les potes de classe) ou au statut de bimbo (Edward et sa famille, sortis d'Anne Rice). Malgré le contexte post-pubère, l'homme n'est ici pas un loup pour la femme : pour Bella, point de trauma lié aux règles ou à l'arrivée des hormones mais plutôt une sacrosainte trouille du vide. Carrie, c'était pour le siècle dernier.

Un grand destin ou la mort

C'est pas nouveau mais pour une fois que ça irrigue le mainstream, on ne va pas se plaindre : façon Gus Van Sant (Paranoïd Park mais surtout Elephant), la tragédie des teen se résume ici à leur solitude, d'autant plus prégnante lorsqu'i s'agit d'arpenter les couloirs de l'école. Des placards, de l'ordre, des salles de classes comme autant de cases à cocher pour intégrer le monde.
Ca parait con, mais c'est tout un programme : comment habiter, insuffler de la vie dans ces lieux faits par des adultes, dirigés par des adultes, pour les jeunes ? Et si ça ne marchait pas ? Et s'ils ne prenaient pas les couloirs dans le bon sens ? Et si tout ce vide leur donnait des idées de fiction tragique ?

Dans Twilight comme dans Elephant, les ados bouchent les trous de la vacuité programmée de leur vie par ce qui peut leur arriver de plus fort : un évènement.

Pour les blondinets de GVS, on donne dans la rénovation de la déco en repeignant les murs en rouge avec des bouts de cervelle, dans Twilight, où la tristesse est plutôt féminine, c'est le top du romantisme qui soudain frappe à la porte de Bella, en la personne d'Edward et tout son background romanesque. C'était ça ou la mort à petit feu.

Forcément, les fans de ciné de genre font un peu la gueule : on leur annonçait un film de vampire, il se retrouvent avec un mélo ado plutôt avare en scènes de succion et carrément abstinent côté gore ! Ben oui, les amis, n'oubliez pas que Twilight est un film focalisant sur une fifille et ses tourments. Il ne faut pas avoir honte de verser sa petite larme. Surtout que la fifille en question, eh ben elle est plutôt pas mal.

Photo : Elephant de Gus Van Sant

Kristen Stewart

Il n'y a pas que Megan Fox dans la vie. C'est un peu dur (surtout quand on y pense fort), mais c'est ainsi. Heureusement, 2009 aura aussi vu l'éclosion de Kristen Stewart. La Bella du film d'ici, c'est elle. Megan Fox d'un côté, Stewart de l'autre, soient deux représentations de l'adolescence, excessives car archétypales et fortement favorisée par l'iconisation des deux bombasses, mais montrant bien les deux pôles vers lesquels on penche lorsque les premiers poils affluent.

Tout montrer ou tout retenir ?
Talons aiguilles et rouge à lèvre ou capuche sur la tête et moue triste ?

Entre la lascivité too much et le manque de confiance confinant à l'absence, les petites se cherchent. Et peut-être même qu'elles se trouvent. En tout cas, pendant que Bella trimballe sa grisaille, Megan joue les bimbos ultimes chez Michael Bay et surtout les allumeuses démoniaques dans Jennifer's Body. Comme en réaction.

L'érotomane est hilare même s'il est en droit de préférer une Kristen émouvante car jusqu'au boutiste dans sa détresse à une Megan coupée au montage pour ne pas être interdite au moins de treize ans.

Assurément moins rock'n roll, Kristen commençait à se faire à l'idée de ne plus devoir attendre le prince charmant qui lui tombe sur le coin de la gueule. Elle se voyait moins comme une princesse que comme un boulet, ballotée entre ses parents.
Un chaperon rouge qu'on envoie chez mère-grand pour la caser. Accepter de partir à Forks, ce coin paumé gris et froid, c'est ainsi assumer sa condition de non-vivante. Plus d'autre espoir que tout recommencer chez les bouseux. Dans ces conditions, il était presque normal de rencontrer un non-mort. Surprise : le destin frappe à ta porte. C'est comme ça, l'amour. Quand ça vous arrive, c'est une révolution, un truc de fou avec des effets spéciaux invisible aux autres et pour un peu ça vous ferait défier les lois de la gravité, sauter d'arbre en arbre, par exemple.

On a beaucoup glosé sur l'inexpressivité de Kristen Stewart. Rappelons qu'elle ne fait que jouer parfaitement le rôle d'une fille éteinte rencontrant un garçon lumineux, se transformant en étoile au soleil. Summum de l'érotisme : quelquefois, elle sourit. Kristen, on t'aime.

Photo : Jennifer's body de Karyn Kusama

Le teen movie, ce n'est pas sale

Au fond, Twilight ne pourrait être rien d'autre que la prise au sérieux d'un belle histoire d'amour entre teen. L'idée est vieille comme le monde : l'irruption du fantastique pour mettre à jour le réel. Elle est si amoureuse de lui qu'elle le voit comme un vampire, c'est à dire un mec tellement différent qu'il est en marge d'une humanité déjà lointaine, avec qui tout devra rester platonique, pur et éthéré.

On n'a pas l'habitude de le définir ainsi mais Titanic était aussi un teen movie. Les deux films ont en commun, outre leur carton planétaire, de mettre en scène une héroïne et non un héros, faisant de Leonardo Di Caprio et Robert Pattinson les bimbos de service. Et toujours cette idée que quand l'amour vous tombe dessus, il faut que ça pète, son et lumières. Un naufrage à portée universelle pour graver cette histoire dans le marbre chez Cameron, une idylle avec un vrai vampire chez Hardwicke. Les toujours et les jamais sont l'apanage des ados mais que se passerait-il si ce rapport à l'absolu était, pour une fois, justifié ?

On parle ici du grand amour, celui qu'on vit un peu égoïstement, par chance. Par comparaison, les amours des copines de Bella ne sont que des questions de formalité : truc aime machine, mais ça semble tellement profane qu'autour de la belle tristounette, les couples se font et se défont en un claquement de doigts. Pour elle, évidemment, c'est autre chose. Le truc qui lui arrive va la tuer, c'est sûr. C'est trop fort. Surtout ne pas essayer de comprendre et kiffer de passer du statut de larve à celui d'héroïne de roman.

Elle est triste mais elle sent bon, il est mort mais il brille au soleil : il n'en fallait pas plus au tandem Meyer / Hardwicke pour faire repartir la teen bluette pour un tour. Sortez les mouchoirs, n'ayez pas peur.

Photo : Titanic de James Cameron

 

 

 

RN

Filmographie de Catherine Hardwicke (lien Imdb)