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Un seigneur peu honoréLorsque Lawrence Talbot (Benicio Del Toro) revient dans la demeure familiale, il retrouve un père isolé (Anthony Hopkins), peut-être un peu dingue, vivant dans l'obscurité. Négligence ou abandon, toujours est-il que le domaine victorien fait un peu flipper là où on aurait dû trouver, comme dans tout bon film gothique, un palace magnifique. Point de belle bâtisse ici : vu de la diligence l'approchant, le man Le retour de Lawrence, ces première scènes où le fils réalise à quel point il est un étranger (l'air latino de Benicio n'y est pas pour rien) au milieu d'un champ de ruines, représentent à elles seules le délabrement dont les films de loup-garous sont victimes depuis des lustres. Le lycanthrope, est ainsi le parent pauvre des mythes du fantastique. Un incontournable sinistré par des adaptations ciné pas vraiment à la hauteur du prestige de cette légende. Depuis le film originel (1941 - George Waggner, rien à voir avec Johnathan Hart), avec Lon Chaney junior dans le rôle du poilu, on compte donc sur les doigts d'une main les bons films de loup-garous. Ou comment être présent dans toutes les encyclopédies de ciné et dans l'imaginaire collectif ne garantit en rien un destin glorieux. Il y a bien le remake de la Hammer, laquelle firme s'était donné pour tradition de refaire les classiques de la Universal en couleur et en ne lésinant ni sur le sang ni sur le sexe (ici bien plus présent que chez Waggner). Pour une fois, bizarrement, Terence Fisher, préposé comme d'hab à la réalisation, prend ses distances avec le film original, laissant de côté les personnages principaux et l'Angleterre contemporaine. Exit la lande et son fog, direction l'Espagne et son Oliver Reed alors débutant mais très poilu quand il veut. Premier remake sérieux (Abott et Costello s'étaient déjà chargés de parodier), première prise de distance et gros succès à la clé. Au passage, le film se paie l'une des plus belles affiche du cinéma, iconisant son héros-monstre-victime comme jamais. Joe Johnston s'en souviendra, gardant au passage la chemise blanche déchirée. Encore un film Hammer qui se hisse haut la main au niveau de l'original en devenant une splendide variation sur le même thème. Parceque si Larry Talbot (plus qu'une voiture, le personnage principal des films de loup-garous) a pris l'habitude de se faire rare sur nos écra Paul Naschy, en grand amoureux du fantastique et passionné de lycanthropie, aura été le cinéaste le plus fidèle à la légende racontée par le film Universal. Alors on arrête de se moquer en matant la photo un peu craignos Photos : La nuit du loup-garou de Terence Fisher / Curse of the devil de Carlos Aured Cachez ces poils que je ne saurais voirSi on excepte donc les deux classiques et Paul Naschy, la consigne, pour produire un film de loup-garou, semble avoir été d'adapter à tout va. Actualiser un mythe à bout de souffle pour le déconnecter au maximum de ses origines gothiques voire féériques (la première apparition du poilu date, rappelons le, d'une rencontre avec le très gérontophile petit chaperon rouge). Et dans le tas d'adaptations, les bons films se font rares et les grands films pointent aux abonnés absents. Ainsi, pour un Loup garou de Londres ou un Wolf, relectures campys pour l'un, métaphorique pour l'autre, il faut tout de même se taper Cursed, où comment Wes Craven loupe sa version du mythe, ou encore Dog soldiers, premier film d'un Neil Marshall n'ayant pas encore réglé sa mire (sympa mais chiant). Par décence, ne parlons pas du Loup-garou de Paris. Hurlements ? Un peu surestimé. La compagnie des loups, du débutant Neil Jordan ? Très beau mais une fois les effets spéciaux passés, on baille un peu. Tout le monde ne s'appelle pas John Landis, capable de clamer son amour du poil dans deux fleurons bien différents : Le loup garou de Londres et, ne l'oublions pas, Thriller. Jusqu'à présent, le meilleur film récent traitant de lycanthropie était finalement Ginger Snaps, un petit film sorti directos en vidéo, jouant lui a Le loup-garou a donc fini par se diluer pour réapparaître par bribes, affadi, affaibli, au détour d'un Wolverine gardant du Talbot originel la bestialité et les griffes ou dans des version safe sex (comprendre sans poil et sans griffes), telles Jekyll et Hyde. Rappelons que pendant ce temps, Frankenstein traverse le temps tranquilou, directement (le film de Branagh) ou indirectement, puisque les enjeux du roman de Shelley se prêtaient formidablement à l'actualisation (Robocop, par exemple). Photo : Ginger Snaps de John Fawcett Le piège du symboleC'est comme si, perdu par l'évidence psychanalitique qu'il illustre, le loulou n'avait aucun profit à tirer de son passage au ciné. On sait que l'homme a une part bestiale : à quoi bon se faire chier à verser dans le fantastique ? A ce titre, Wolf est un bon exemple, Nicholson et Mike Nichols étant parfaits dans la partie comique du film mais dès qu'il faut verser un peu dans l'imagerie traditionnelle, ça pédale un peu dans la semoule (et vivent les trampolines archi craignos). Son réalisateur est si mal à l'aise que tout le monde se serait fort bien accomodé d'un Nicholson sans maquillage pour jouer les loup-garous : il lui suffisait de froncer les sourcils ! En gros, Nichols était davantage intéressé par la métaphore que par le decorum. Et ne lui parlez pas de romantisme : Wolf est un film malin, prenant le genre un petit p Pour tout fan du fantastique, il y a tout de même un petit pincement au coeur à assister ainsi à la dissolution d'un grand mythe dans une symbolique quelquefois maligne mais souvent convenue. Il suffit de revoir le film originel, Lon Chaney junior avec son brushing et son pull qui titube dans un décor enfumé : un film très premier degré, un appel à l'innocence du spectateur, obligé de laisser son cynisme à la porte s'il ne veut pas rigoler. Le film de Waggner, au budget rachitique si on le compare à ses frérots Dracula et Frankenstein (on y revient toujours), nous permet de mesurer la différence entre symbolique et poésie. Ici point de démonstration ou de parabole à faire, et le réalisateur n'a semble-t-il aucune envie de nous montrer à quel point il est malin. Au contraire, il tente le coup de nous faire avaler la possible transformation d'un grand gaillard en une sorte de loup qui marche et qui tue contre sa volonté. Larry Talbot n'est ni Hulk, ni le docteur Jekyll. Plus qu'un sujet de psychanaliste ou l'objet d'une réflexion sur les pulsions, il est un concentré de régression humaine. Des poils, des griffes et des difficultés à marcher. Du loup-garou, les réalisateurs suivants auront voulu prendre le plus présentable en oubliant le principal : la perte de l'humanité par un retour forcé à une nature sauvage peut aussi émouvoir. C'est beau, c'est triste, et ça traverse les âges les doigts dans le nez. 2010 sonne comme l'année de la revanche : grâce à Joe Johnston, hurler à la lune n'est plus honteux (par contre, chanter comme Garou, ça donnera toujours envie de se racler la gorge). On commençait vraiment à douter de l'intérêt de cette mythologie du grand méchant loup, au decorum si codifié. On avait tort. Photo : Le loup-garou de George Waggner La seconde partie de cet article est consultable ici.
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