Nous étions soldats
World Invasion : Battle Los Angeles (2011) de Jon
athan Liebesman


Les aliens sont de retour. Comme d'hab, ils décident de nous envahir en commençant par les USA. Débarquant à Los Angeles, les extraterrestres se mettent à tout péter, faisant de la belle ville un amas de gravas. Les militaires, sonnés par ce qui s'annonce tout de même comme la fin de l'humanité, essaient de faire leur boulot. On dépêche donc le sergent Nantz, un vieux de la vieille, pour épauler une escouade de marines jeunots dans leur opération d'évacuation de la ville. Et tant qu'on y est, pourquoi pas essayer de dégommer un max d'alien.

Le film d'après

On pensait avoir atteint le zénith des films d'invasion E.T. avec La guerre des mondes de Spielberg (quelques années après sa sortie, qui oserait trouver le film mauvais ?). On ne s'était pas trompé. Pour arriver à se faire une petite place à l'ombre du chef d'oeuvre spielbergien, producteurs et réalisateurs cherchent désormais des angles d'attaque originaux. Fauché et con, comme le Skyline des frères Strause, solennel, comme le remake du Jour où la terre s'arrêta avec Keanu Reeves en alien élégant venu nous tirer l'oreille, ou encore tremblotant et génial, comme le Cloverfield de JJ Abrams et Matt Reeves.
Neil Moritz, producteur à succès de son état (les Fast and furious), décide de rentrer dans la danse et de sortir un gros paquet de blé pour avoir le plaisir de faire péter des maquettes. Ca tombe bien, tout le monde adore ça. Il fait appel à Jonathan Liebesman, un petit gars auteur des inégaux Nuits de terreur et du préquel de Massacre à la tronçonneuse judicieusement appelé Massacre à la tronçonneuse : le commencement.

World Invasion : Battle Los Angeles est donc un vrai film de studio. Un truc impur, apte à faire fuir Télérama et ses chapelets. Surtout que le tout est très sérieux et archi premier degré dans cette drôle de manie de suivre pas à pas les militaires, sans aucun recul. Une sorte d'anti Cloverfield sur le fond puisque le désormais classique de Matt Reeves avait beau, comme World Invasion, calquer ses pas sur ceux de ses protagonistes, ne donnant aucune avance au spectateur (c'est aussi le cas ici : nous ne verrons rien de plus que ce que les militaires voient), les jeunes héros new-yorkais étaient des spectateurs devenant acteurs, sans cesse surpris par le gigantisme des évènements. Pour tout dire, Cloverfield abolissait peu à peu le recul du spectateur face à un truc impossible (Godzilla is back) en venant le tirer de sa chaise. Ici, tout pourrait avoir été capté par le caméscope d'un GI mais il faut faire avec un patriotisme cocardier et une ambiance de boy scouts armés puisqu'il n'y a pas de contrepoint de vue. Pas de distance.

Alors autant le dire tout de suite : avec ses militaires à machoire carrée qui pleurent en chantant l'hymne national malgré leurs grosses couilles, World Invasion a tout du film très con. Très très con.

Photo : Cloverfield de Matt Reeves

La guerre après Bush et Nixon

Ce qui pendait au bout du nez de World Invasion, c'était donc d'être un ersatz tardif de Independance day, le nanar cosmique de Roland Emmerich. Par bonheur, il n'en est rien.

Parcequ'à force de coller aux basques de ses héros patriotes concons, il émane du film un drôle de fumet, comme à la belle époque des films de guerre ou des westerns d'avant les années soixante, c'est à dire à une époque où on n'en voulait pas encore à un film quand il ne nous montrait pas le point de vue des ennemis. C'était avant qu'on humanise les indiens ou les japonais. C'était avant Peckinpah, Leone et ses camaïeux de gris, ou encore La bataille d'Iwo Jima et ses soldats japonais aussi largués que les GI's d'en face.

Ici les envahisseurs, des humanoïdes avec des têtes grosses comme des pastèques, tournent le dos à l'imagerie moderne un peu chiadée des ET (en gros, depuis le petit gars à tête de pied qui cherchait un téléphone sous l'oeil de Spielberg), et renvoient aux représentations des extraterrestres dans les films des années cinquante, façon Les soucoupes volantes attaquent. Dans ce même élan vers le siècle dernier, les militaires de ce World Invasion tiendraient même plus de John Wayne que du Will Smith d'Independance Day. Des héros prenant modèle sur leurs glorieux aînés de la première guerre mondiale à qui ils reprendront une punchline célèbre et délicate : “battre en retraite, mon cul, on vient d'arriver”.

Avec sa machoîre carrée et son jeu impeccable Aaron Eckhart (le sergent Nantz) tient la barre en sous-officier obligé de jouer profil bas parcequ'il a, en Afghanistan, entraîné la mort de trouffions, avant de laisser éclater son héroïsme et sa drôle de sagesse. Comme si l'image renvoyée par les militaires du Vietnam et de l'ère Bush tenait désormais du trauma et qu'il fallait puiser dans d'autres sources, très lointaines, comme enfouies, pour retrouver des raisons d'y croire.

Sous ses dehors de film crétin, World Invasion propose donc un rembobinage historique : de Platoon et ses soldats dépressifs faisons table rase. Essayons d'oublier Redacted et ses marines violeurs ainsi que leur prédecesseurs d'Outrages du même De Palma. Et tant qu'on y est, pas la peine de se mesurer à la Guerre des mondes ou autres Cloverfield, allons chercher nos aliens le plus loin possible dans le temps : à l'époque où on foutait des citrouilles sur la tronche de pauvres figurants et qu'on appelait ça des martiens.

World Invasion, c'est Starship Troopers sans l'humour mais avec des vrais moments de flippe pour ces gars qu'on s'appreterait à houspiller. De pauvres gamins découvrant, dans une aube rougeoyante (un emprunt à La guerre des mondes moins traumatisant que chez Steven mais qui fait toujours son petit effet), qu'il n'y a plus de base militaire puisque tout le monde est mort.
Reste une sorte de Mars Attacks sans le burlesque et, il faut bien le dire, sans la condescendance affichée par le grand Tim devant les poncifs habituels du film d'invasion alien et la bêtise un peu trop facilement moquée de l'armée US. Héros hier, ringards décérébrés aujourd'hui : Palma ne va pas encore s'abonner à Terre Magazine, le mensuel de la grand muette, mais le retour vers le futur proposé par Liebesmann vers un héroïsme désormais perdu ne pouvait décemment pas se refuser.

Photo : Les soucoupes volantes attaquent de Fred F. Sears

 

 

 

RN

Filmographie de Jonathan Liebesman (lien Imdb)