Le temps de la femme flic est révolu. Idem de la femme toubib ou toute autre sauveteuse de l'humanité du même acabit, faisant fi des contraintes familiales, toute dévouée à un job choisi par passion et larguant toute vie perso aux oubliettes.
Non, la nouvelle héroïne des séries télé, c'est la femme au foyer, mère et épouse, parfois veuve (Ruth de « Six feet under »), et dont on suit désormais avec avidité les sautes d'humeur.
Au dessus du lot, sans conteste, figure Bree Van De Kamp.
La glaciale Bree de « Desperate Housewives » promène sa silhouette nickel et son brushing impeccable dans les allées de son quartier chic. Bree (merveilleuse Marcia Cross), c'est le nec plus ultra du dévouement familial, de l'ordre et de la propreté. De cookies parfumés à l'alignement impeccable de petites culottes dans le tiroir de sa commode, Bree assure, en toutes circonstances. Un rien perturbée par la découverte des penchants sexuels de son époux (Monsieur aime se faire fouetter, ce qui on le conçoit, peut choquer sa ménagère au bout de 18 ans de mariage), elle envoie valser trois épisodes plus tard le psy réquisitionné pour sauver leur couple, dans son refus de toute remise en cause de sa propre personne. Car pour Bree, le top du top, c'est Bree. C'est cette façon de tirer toute sa vie et celles de ses proches aux quatre épingles qui lui assure ce paraître idéal, valeur suprême au pays des résidences huppées à la haie coupée au ciseau à ongles. Quitte à mener sa propre famille au bord de la mutinerie.
Pour autant, Bree toute engluée qu'elle est dans ses certitudes d'un bonheur à 10 balles ne fait pas vomir le spectateur. Car Bree souffre et Bree nous touche. Il n'y a qu'à la voir s'étrangler d'horreur contenue devant la découverte des sex toys de son mari pour respirer toute l'humanité de son personnage. Et que dire de ce moment où elle plonge dans le lave vaisselle les menottes fétiches de son cher et tendre, la bataille du Paic citron contre le stupre de la honte ?
Enfin, n'oublions pas ce moment de grâce suprême, où Bree s'affaire à lisser au millimètre la couverture de son dessus de lit alors que son mari l'attend au pied de l'escalier, en plein crise cardiaque, afin de partir à l'hôpital. Absolue névrosée, Bree est profondément vraie.
Sincère avant tout, elle nous balade sur le rayon de ses peurs et de ses certitudes, et son combat pour sauver les meubles est jubilatoire.
On connaît tous une Bree Van de Kamp. Ses manies nous font sourire, son maniaquisme nous fascine et nous effraie tout à la fois. On attend le moment où la faille va s'agrandir sous ses pieds, ce qui jamais n'arrive. Bree ne s'effondrera pas. Bree est immuable.