L'infirmier et l'horloge
Heroes - saison
1 (TF1)


Secret story

Bizarres, les programmes estivaux de TF1.
Chaque année, on achète une série US à succès qui cohabitera avec une émission de téléréalité au thème étonnament proche. Difficile d'y voir une stratégie commerciale mais les faits sont là.

Il en va ainsi du dyptique Lost / Koh Lanta, l'un étant la version grand luxe de l'autre. Une île, des rescapés et des épreuves pour se barrer.
Cette année, c'est Heroes qui joue les colocs avec Secret story.

Même principe : des pauvres gars qui jouent les mystérieux. Quand Petrelli cache à sa chérie qu'il peut voler, c'est Julien qui tait son activité de gigolo dans le loft dégradé. Hiro traverse l'espace temps quand l'un des zozos de la une prétend en secret avoir vu des extraterrestres. On savait qu'il y avait un peu le feu à la maison TF1 mais faire cohabiter au sein de sa grille une série et sa version dégénérée passée à la moulinette du n'importe quoi pourvu que ça rentre, c'est fort.
Une certaine idée de l'apocalypse télévisuelle. Manquerait plus que 24 heures chrono passe en prime time en alternance avec un jeu de torture présenté par une Boccolini déterrée pour l'occasion.

Donc on a le choix : un produit premier prix, pas cher mais qui fait mal au bidon et sa déclinaison de grande marque qui demande un investissement prompt à planter les samedi soirs de la une.
Ce qui devait arriver arriva et Heroes fit un four à l'audimat. Suivre une série sur la durée, c'est trop dur. On se consolera en constatant que sa version Lidl fit à peine mieux mais a gagné le droit de revenir en deuxième saison. Xavier, Tatiana et les triplées à l'accent insupportable ont gagné la partie. Un bon nivellement par le bas et ça repart : on est bien sur TF1.


Secret story - saison 1

Et Merde j'ai des pouvoirs

A côté du loft réchauffé, des individus se découvrent des pouvoirs. Façon comics mais intimiste car peu friqué. La structure de Heroes ? Juste ça : Un catalogue de persos avec un secret un peu plus intéressant que Tatiana et ses colocs (quoiqu'Ophélie...).

Au milieu de cette ribambelle de X-men en puissance, certains de ces nouveaux héros sont plus touchants que d'autres. Il en va ainsi de Matt, flic rondouillard télépathe au point de ne plus pouvoir vivre en société. Passé le temps du kif, soit une partie de jambes en l'air qui fait monter madame au plafond (c'est pratique de connaître les pensées et donc les désirs de bobonne !), le gentil flic découvre que tout le monde ment, ce qui devient insupportable.
OK, on sait que la vie en société est faite de petites lâchetés quotidiennes mais connaître cet envers du décor n'est évidemment pas tenable. C'est du classique mais ça devient passionnant quand les scénaristes creusent (un bon scénariste, ça creuse) : ainsi, et c'est tout à l'honneur de la série de ne pas faire l'impasse sur cet aspect de la chose, le fait de tout savoir des pensées de l'être aimé le déshabille tellement qu'il n'a plus guère de secret, plus de mystères. Et c'est dur. Matt en vient à subir le calvaire du bon docteur Harford de Eyes Wide Shut puissance dix. Comme dans le classique kubrickien où Tom Cruise faisait (entre autre) la désagréable expérience de découvrir que sa dévouée femme développait sa libido sans le prévenir. Merci, messieurs scénaristes, d'avoir pris le pouvoir. Si vous voulez venir en France, ce serait cool parceque pendant que vous faites faire des pas de géant à votre télé, chez nous il y a Mimy Mathy qui nous file des cauchemards et Roger Hanin qui rotte au commissariat.

On pourrait comme ça égrainer le chapelet de tous les pouvoirs passés à la moulinette post-Lost : ils ont tous leurs petites scènes et sont tous bien vus. Le truc, car il y a un truc (comme chez Dominique Webb) c'est que les scénaristes ont juste poussé la caractérisation des personnages pour tirer leurs pouvoirs. Prenez un personnage du quotidien, plissez les yeux en vous laissant aller et vous avez la recette de Heroes. Un employé de bureau japonais cloîtré dans son box choppe ainsi le pouvoir de traverser l'espace et le temps en clignant des yeux, un politicien arriviste veut tellement grimper dans la pyramide qu'il est capable de voler, une gentille mère courage qui arrondit ses fins de mois en montrant son cul sur le net développe un double maléfique illustrant à merveille sa vie schizo, un taulard passe-muraille, une gamine archi fragile et pourtant incassable... Chaque personnage développe un pouvoir en rapport avec son problème.

Le pouvoir ne tarde pas à devenir le vrai problème. Il faut le protéger pour échapper aux méchants. Et vivre avec ce qui reste, somme toute, une altération de la normalité. Un peu sur le modèle de l'homme invisible version Carpenter (ça s'appelait "Les aventures d'un homme invisible" et c'est une merveille méconnue), yuppie transparent avant de devenir vraiment invisible et se rendre compte que dormir est un vrai calvaire quand on voit à travers ses paupières. Ici et là, on part du personnage pour faire du fantastique le prolongement à peine poussé de ses préoccupations. On appelle ça une caractérisation aux petits oignons et ça dépasse le flemmard mais sympa Wolf de Mike Newell où Nicholson jouait un loup de la finance qui passait ses pleines lunes à bouffer des moutons et sauter sur des trempolines (à revoir pour le combat final James Spader / Nicholson aussi risible que le programme social de Sarko).


Hellboy de Guillermo Del Toro

Hellboy contre Kroenen : ressentir ou comprendre

Une fois le défilé des Clark Kent passé, le clou de Heroes, le truc qui vous tient autant en haleine que compter le nombre de gars torturés par Jack Bauer en une journée, il faut le chercher dans l'antagonisme de ses deux personnages principaux. Soit Peter Petrelli versus Sylar.

Les deux gusses ignorent évidemment tout de leur statut de leader et le découvriront en même temps que nous. Mais les scribouillards ont encore fait fort en choisissant, en chef des good guys un infirmier si gentil que son empathie le pousse à prendre les pouvoirs des héros à proximité. Une sorte de Malicia des X-men (la gamine qui tue les ados qu'elle embrasse sur la bouche) à l'efficacité décuplée par la fadeur de son interprète. La surprise n'en sera que meilleure. En face, Sylar est un méchant plutôt chiadé. Comme Petrelli, il est capable de piquer les attributs des autres héros, mais différemment : c'est un horloger si calé dans la compréhension des mécanismes suisses qu'il lui suffit de découper une boîte cranienne pour "comprendre" les pouvoirs de ses victimes. On prend un perso, on exagère et on lui trouve un pouvoir, on avait compris mais là ça prend des proportions joussives.

Ces deux personnages sont presque identiques mais quand l'un tire sa puissance de ses sensations, l'autre le fait par sa compréhension. Guillermo Del toro avait montré la voie avec son Hellboy : un diablotin bourrin et porté sur ses émotions contre une très gutturale horloge tueuse (le flippant Kroenen). Hellboy fonce dans le tas et casse tout, ne pensant qu'à être aimé de sa craquante pyromane, Kroenen, véritable mécanisme ambulant ( c'est rigolo : quand il est mort, il suffit de le remonter), frappe juste pour tuer. Du rouge sang contre du métal froid, ça a tout de même une sacrée gueule !

Dans Heroes saison 1, cet antagonisme pose les jalons de la série. Façon intimiste. Puisqu'on vous a dit qu'être un héros c'est pas fun. On oublie les scènes d'action dantesques du chef d'oeuvre Deltorien et vive le mix entre X-men et Incassable en encore plus déceptif. Pas de baston entre héros, juste la découverte des personnages et leurs relations. Juste un truc bien écrit. C'est pas tout les jours qu'un infirmier dispute à une horloge l'avenir de l'humanité.

 

 

 

RN