Seuls
Koh Lanta - saison
8 (TF1)


Huitième saison, donc, pour Koh Lanta et ses aventuriers du prime time, des "français de toutes conditions", comme nous le dit gentiment un prégénérique pas avare en figures de style pourraves, partis se faire chier sur une île sans l'électricité.

Pour les honteux amnésiques, ou pire, les ignorants préférant Arte (ouh !) ou encore pire, un bon livre (ouh !), on rappellera donc que Koh Lanta, c'est deux équipes de zozos venus galérer et qui s'éliminent entre eux jusqu'à ne plus être qu'un. Ben, oui, comme dans Highlander ou une émission de téléréalité, on s'élimine. Pour Christophe Lambert, tapez un.

Du vert sur le petit écran, des naufragés qui s'ennuient : on pense évidemment à Lost, le voisin de la grille estivale de la une, avec son île en forme de prison mystèrieuse. Sauf qu'ici les visages changent tous les ans et les zozos sont là pour gagner du fric. L'île de la tentation, alors, ce colocataire dégénéré qui confronte les couples à la rude épreuve du bac à sable ? Que nenni ! Parcequ'une règle règne sans partage à Koh Lanta : pas de cul. Forcément, ventre vide et haleine de chacal inside, tu penses à autre chose que culbuter la petite du coin. La chose mérite réflexion mais c'est comme çà depuis huit ans.

Et ce serait incompatible avec l'image familiale du programme : rappelons qu'à la façon de Lost (encore ? Mais qui a copié sur qui ?), chaque épisode Koh Lantesque est ponctué de flashback en forme de reportages craignos sur la vraie vie des persos. Sauf qu'ici on ne découvre pas que Kate avait de bonnes raisons de butter son beau-père mais plutôt que oui, le gentil pizzaïolo est un bosseur et que oui, il aime ses enfants. Même qu'il est là pour gagner dis donc, et qu'il le dit à la caméra au cas où on serait amené à douter d'une voix off faiseuse d'icones un tantinet caricaturales (c'était un euphémisme).

Denis le roi de la synthèse

Heureusement qu'il y a Denis Brogniart. Si Nikos a été le phoenix de la starac, l'heureux grain de sable machine à conneries d'une grosse machine pas cool, Denis Brogniart, aussi fou que son collègue, tient la baraque à frites façon Philippe Lavil.
On ne sait pas bien à quoi il carbure, mais c'est bien le speaker rouquin qui semble souffrir le plus de l'isolement de l'île. En témoignent ses curieuses habitudes  : foutre la merde au coin du feu, rester de marbre quand les pauvres gars bouffent des vers ou se roulent dans la boue. Des fois, Brogniart donne même des pantalons... N'importe quoi mais juste assez pour faire de Koh Lanta le spectacle d'une expérience aux frontières de la raison.
Et surtout, surtout, Brogniart a une manie qui le fera passer à la postérité : il résume, il synthétise, il récapitule, il fait du réassort dans les maigres informations dont il dispose. C'est qu'on se fait chier dans Koh Lanta (si on kiffe à regarder les participants se déchirer, le gros de l'aventure consiste, pour les pauvres élus, à s'ennuyer copieusement dans le froid et la faim entre deux épreuves sportives pas fun).

Un artiste ? On pourrait le croire quand au coin du feu, il nous fait le coup de récapituler les deux trois votes qu'on vient juste de voir. Inutile pour qui a un QI supérieur au cloporte, certainement pratique pour des monteurs avides de raccords, Denis résume à l'excès. Comme s'il fallait sans cesse rappeler le sens de tout çà pour ne pas sombrer.

Brogniart peut paraître méprisant, avec sa façon de sous-estimer le temps de cerveau disponible du téléspectateur, mais voilà, avec sa névrose de la synthèse, il impose un truc pas loin des fou rires de Denise Fabre et des ratés en direct de Danielle Gilbert : un style. C'est que, malgré tous ces caméramen qui brillent par leur invisibilité toute relative (un des jeux dans le jeu : voir les techniciens cachés dans le décor !), Denis est TF1 à lui tout seul. Pas de potiche blonde pour apporter l'urne des votes ou pour expliquer les règles des épreuves : c'est Denis qui s'y colle.

Alors Brogniart prend un air sérieux, il respire bien, fait des phrases courtes, et... résume tout ce qui se passe. Comme un naufragé qui se parle pour ne pas devenir fou. Tom Hanks et son pote ballon de Volley, tiens.


Seul au monde de Robert Zemeckis

Sa majesté des mouches

Alors cette année ? Qu'est-ce qui a changé jusqu'à pousser Palma causer noix de cocos ?
Pour faire vite : Wall-E, la méritocratie façon Sarko et une paire de seins.

Wall-E, c'est Hakim, un éboueur nantais qui fait le spectacle à lui tout seul. Rigolard, malin, opportuniste, heureusement qu'il y a Hakim. On s'ennuierait ferme. "Tu le jettes, je le recycle", disait le pingouin de Batman returns. Il faut croire que Hakim, comme son collègue robot de chez Pixar, a pas mal appris à analyser les déchets des hommes pour les connaître : alors qu'il est dans l'équipe pourrie, son esprit vivace lui permet de faire un séjour plus long qu'éspéré. C'est qu'avec son côté "moi je suis juste le dernier des jaunes qui rend service aux rois rouges" (chaque équipe a une couleur), il nous renverrait presque aux valets de Molière tirant les ficelles, entre deux portes, des historiettes ridicules des puissants.

Mais bon, les petites combines de Hakim, aussi drôles soient-elles (il se fait porter pâle, bouffe en cachette, cache de la bouffe et un beinard, vexe le vieux de service en déconnant : la classe quoi) ne peuvent rien face à l'organisation d'une équipe adverse hyper organisée. Pour faire simple, on pourrait dire que les jaunes et les rouges nous rejouent le coup de l'UMP et du PS : une armée mexicaine bordélique à force de jouer la démocratie, contre une équpe qui marche au pas. On préfère évidemment le joyeux bordel jaune à la flippante UMP rouge.

Les rouges, c'est Bertrand, la wine personifiée qui prône les vertus du mérite. Oui mais voilà, à Koh Lanta, et espérons que ce ne soit pas le microcosme d'autre chose, ce qui compte, c'est la couleur du maillot. Alors on a beau dire, lors de la réunification, que tout le monde aura sa chance sans considération de la couleur, eh ben on se met quand même à virer du jaune.

Méritocratie devant, nationalisme derrière, quand vient le moment d'éliminer. C'est Jean-Marie qui disait aimer sa fille et sa nièce mais préférer sa fille : dites en un mot aux jaunes, ils comprendront. Il y aura bien un écart, une exception voyant partir un rouge quand le gentil pizzaîolo chti voudra remettre en cause l'autorité du kayser. Lynchage et sortie directe pour avoir voulu sortir Bertrand. Un crime de baise-majesté mortel. Normal : c'est ce moment que les autres choisissent pour montrer leur allégeance au chef. Ca coûte rien et ça prolonge ton séjour. Nathalie, prof de maths à gros nénés, en profite pour laver son casier judiciaire (ses collègues rouges voulaient la virer pour délit d'oisiveté, les cons) et la voici adoubée par le chef !


Babe de Chris Noonan

Soupirs de soulagements à la prod, peu encline à laisser filer un 90D de premier ordre (tenue officielle de Koh Lanta : le bikini). Et là, c'est le retour du film érotique de la six : une épreuve de boue façon Edwige Fenech, des sorties de l'eau plus sensuelles que moi tu meures, une visite dans les douches d'un hôtel où les serviettes n'arrêtent pas de tomber : Nathalie comble le déficit sportif du programme à sa façon pendant que les cameramen se régalent en faisant ce qu'ils peuvent pour ne pas être trop visibles malgré les miroirs.

Autour de Bertrand, entre amis fidèles car serviles, ennemis vite éliminés et serfs réhabilités par leurs serments d'allégeance, se forme donc une cour de zozos faisant tout pour justifier leur non-élimination. C'est un peu nouveau puisque le but du jeu n'était pas initialement de se retrouver dans un Babe bis (se rendre utile au chef pour ne pas finir en jambon) mais de gagner des épreuves sportives.

Il est vrai qu'on ne regarde pas Koh Lanta pour le jeu. On se fout des épreuves dont la légitimité à élire un aventurier est plus que limite (bouffer des vers, super). Et cette saison a été biaisée par le manque d'équilibre entre les deux équipes (dès les premières émissions, on savait que les rouges gagneraient, d'où les audiences pas terribles).

Le vrai spectacle est dans la vie à l'intérieur de ce loft à ciel ouvert où tout le monde semble se poser la question de la solitude : qu'on en souffre (l'animateur barge, les nombreux abandons pour retrouver la famille, les larmes en repensant aux gamins), qu'on la désire (Bertrand le chef sponsorisé par le MEDEF mais bizarrement peu enclin à la concurrence), ou qu'on s'en serve pour tenter tirer son épingle du jeu (Hakim littéralement kické hors du jeu et même absent pour la finale, la rébellion puis le lynchage du chti). Maigre consolation : dans ce qui ressemble malheureusement à un microcosme, tous avoueront, une fois sortis, avoir été sous l'emprise d'un chef un peu trop omnipotent. Amertume de la défaite ou ré-émergence de l'individu ?
Et Bertrand finira à la place du con (troisième, tu gagnes peanuts). N'y voyons pas un quelconque commencement de morale : ce serait accepter la normalité du reste.

 

 

 

RN