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Le privilège du fou
Level one (Game one)


Quand on est abonné à Free et qu'on a la chance de recevoir la télé, il n'y a pas trente-six chaînes qui attirent l'attention : si on aime Rohmer, on regarde Direct 8, et si la névrose l'emporte (c'est mon cas), on regarde La chaîne parlementaire.
Sauf que, cachée après les chaînes de cul, loin dans la liste des canaux, il y a aussi Level one, la chaîne des jeux vidéos.
Petite chaîne sans gros moyens qui, après avoir appartenu à canal plus, période Messier, fait ce qu'elle peut pour parler de jeux vidéo.
Entre une gentille émission de tests et une autre consacrée aux DVD ("DVD sur canapé", à voir), il y a "Level one".

Montrer le jeu

Le principe de l'émission est simple : regarder deux testeurs jouer au premier niveau d'un jeu vidéo.
Après tout, pourquoi pas?
Lorsqu'un jeu est testé, d'habitude, seuls les aspects techniques sont pris en compte : le graphisme, les sons, les musiques, la jouabilité, la durée de vie.
Ces indicateurs permettent  de plus ou moins bien jauger un jeu. Mais quid du plaisir du joueur ?

Level one nous montre le joueur pendant qu'il joue. En transparence. Le plus vieil effet spécial du monde, ou pas loin. Ce faisant, une nouvelle étape est franchie dans la représentation d'un jeu vidéo en images.
Après le jeu vidéo cinéphage (sans aligner le chapelet de films souvent mal adaptés en jeux vidéo je citerais Resident Evil, digne rejeton des zombies movies de Roméro, avec ses plans fixes et ses "cinématiques" ou encore la très trash série des Grand Theft Auto qui nous permettent de vivre un film de gangsters), après les adaptations souvent très nulles de jeux vidéo au cinéma (un jour je réhabiliterai Resident Evil - le film), voici l'émission de télé-jeu vidéo.
Où comment l'homme s'invite dans le jeu.
Parceque dans Level one, le fait de jouer et la réaction du joueur sont simultanément visibles.
Belle idée. Et si on revoyait des films avec le visage d'un spectateur en temps réel? Juste pour voir.

Ici, champ et hors-champs se mêlent et selon la luminosité des images, se confondent. Il faut dire aussi que l'objet de l'émission n'est pas seulement le jeu : le joueur devient source de spectacle.
En effet, limiter l'émission à une bonne idée, un dispositif, ce serait passer à côté de l'aspect le plus jouissif de l'émission : sa drôlerie.

Photo : L'homme à la tête de caoutchouc de Georges Méliès (1902)

Dumb and dumber

Le duo joue. Mal.
Les deux gugusses commettent les erreurs que le gamin qui vient de dépenser son argent de poche pour se payer le jeu ne se permettrait pas.

En soi, la démarche est extrêmement insolente. Et gonflée : on imagine la tête du studio éditeur du jeu quand Johann et son comparse passent l'émission à essayer de terminer convenablement un seul niveau, pestant contre une mauvaise  jouabilité ou des graphismes pas terribles ou parceque le héros a une tête de con.

Et les deux gars en profitent pour faire des blagues au ras des paquerettes (donc drôles). Plus c'est con, plus ça les fait rire (et plus c'est drôle).
Ils ne prennent pas le jeu au sérieux, ils ne jouent pas vraiment au jeu vidéo : ils s'amusent à jouer avec un jeu vidéo. Ce qui, vu l'importance de l'économie générée par ce média et donc les pressions qui peuvent exister (plusieurs émissions sont restées dans les tiroirs à la demande des annonceurs), prend une allure furieusement subversive et inattendue.

Finalement, au delà du test académique d'un jeu tel qu'on peut en lire dans les revues spécialisées ou en voir sur la chaîne (la trop policée Gamezone), on en vient à se demander si les méfaits de ce duo de faux polios ne serait pas la plus honnête tentative de rendre compte "réèllement" d'un jeu. En usant de la liberté du fou qu'on ne prend pas au sérieux.

Photo : Dumb and Dumber de Peter et Bobby Farrelly

 

NB : Depuis septembre 2005, l'émission est précédée par une présentation du jeu faite dans un studio censé représenter l'appartement des présentateurs, le tout dans une ambiance absolument déceptive vu le manque évident de moyens, poussant encore les limites de ce qui ne se fait pas à la télévision.

 

 

 

RN