Ici on étire
S
mallville - saison 5 (2005 - 2006)


Un enfant déporté qui découvre son magnétisme dans un camp de concentration, un blondinet qui ne sait pas ce qui lui arrive parceque des ailes de poulet lui poussent dans le dos, un ado bigleux tout étonné de ne plus avoir à se servir de ses lunettes et de grimper aux murs... La genèse d'un super-héros fait toujours plaisir à voir.
On aime savoir ce qui nous différencie (ou pas) d'un super-héros. Ce qui fait qu'on en est pas et qu'ils en sont. Les réalisateurs n'en perdent pas une et dès qu'ils peuvent, nous content la naissance ds mecs en costumes. Voyez les Batman, en cinq films, trois fois la scène de trauma originelle du petit Bruce Wayne : Tim Burton nous faisait le coup dans "Batman",
puis Joel Schumacher dans "Batman forever" et enfin Christopher Nolan éprouvait le besoin, récemment, de nous montrer sa vision des origines de l'homme chauve-souris dans "Batman begins".

Il était une fois chez les bouseux

On aime voir Peter Parker se faire piquer par l'araignée. On kiffe de voir Spiderman se faire un costume / pyjama bien craignos avant d'en coudre un super beau (au fait, il le trouve où le kevlar ?). Dans le genre, les X-men sont révélateurs de notre empathie, nous spectateurs pour les genèses des superhéros : présentant de nouveaux mutants à chaque films, on se tape la découverte des pouvoirs d'une floppée de personnages. Et souvenez vous d'"Incassable", chef d'oeuvre inclassable du film de super-héros qui n'était que genèse. Rappelez-vous de la première heure du "Superman" de Richard Donner, qui nous racontait l'arrivée de Supermec. Anecdote sympa : lors d'une interview, Shyamalan a dit que son film était la première heure de "Superman" étirée sur deux heures.

"Smallville" pousse l'expérience encore plus loin : faire de cette fameuse première heure le sujet de plusieurs années de fiction. Parcequ'ici, on étire un max. En cinq saisons et autant d'années, le petit Clark Kent ne vole toujours pas. Tout au plus sait-il qu'il est différent, plus fort que ses potes et qu'il aime être habillé en rouge et bleu. Un trip à la George Lucas et son idée folle de faire des préquelles. "Smallville", c'est l'ombre de Superman derrière le corps de Clark Kent le gentil bouseux. Comme celle de Dark Vador qui suivait le si angélique Anakin dans "La menace fantôme". La série s'ouvre donc sur une pluie de météorites sur la petite ville de Smallville (très bel épisode pilote) et nous raconte comment le petit Moïse de Krypton grandit dans une famille de paysans gentiment réac.
Un "épisode un" qui dure des années puisque la transformation de Clark en Superman et son départ pour Métropolis sonneront normalement le glas de la série. Pour tenir et pimenter l'affaire, les créateurs en profitent pour violenter la mythologie du kryptonien et nous racontent aussi la descente aux enfers de Lex Luthor, puisque le chauve est aussi de la partie : on nous explique même que sa calvitie est dûe aux déreglements causés par la pluie de météorites originelle !
Mieux, la première personne sauvée par Clark est Lex Luthor, et le petit chauve, reconnaissant mais curieux, va tout faire pour savoir ce que le péquenot, pas encore en slip rouge mais déjà incassable, lui cache. Parcequ'au départ, Kent et Luthor sont potes. Luthor est même super gentil et les scénaristes sous-entendent que c'est Superman qui a créé le grand méchant chauve (et futur cabotin, merci Gene Hackman et Kevin Spacey), en le rendant "différent" à cause de mutations génétiques dûes aux météores et en attisant sa curiosité.


"Star wars - La menace fantôme" de George Lucas

Autre belle idée de nos amis les scénaristes : faire des Luthor (père et fils) les personnages qui tiennent le plus la route parcequ'ils sont truculents (le père est un winner dingue qui, de saison en saison, passe du stade de gros pourri à pitoyable dépressif en quête de rédemption), mais surtout parcequ'ils sont bien interprétés (Michael Rosenbaum et John Glover, toujours impeccables).

Ma saison préférée

La première saison mettait donc tout ça en place dare-dare et nous en foutait plein la gueule devant un potentiel finalement énorme (refaire la première heure du "Superman" de Donner en cent heures, c'était pourtant pas gagné d'avance). Une saison qui, d'un côté, faisait naître la mythologie du mec en slip (rouge) et qui, pour remplir, nous présentait chaque semaine un nouveau mutant né du cataclysme de l'arrivée de Superman et donc un nouvel ennemi. Presque toutes les séries font ça depuis les "X-files : des épisodes qui apportent des éléments à la quête des héros et d'autres, (on appelle ça des "loners"), qui ne font pas avancer le schmilblick mais qui nous montrent les héros en action. Et question adolescence et super pouvoirs, les créateurs de la série ne sont pas vraiment des glinches puisqu'il s'agit de Alfred Gough et Miles Millar, les co-scénaristes du "Spiderman 2" de Raimi.
La série ressemble ainsi plus à un soap ado, du genre "Dawson" à Gotham city qu'à "Superman returns" et son histoire de mythe qui déboule après la guerre. Il n'empêche : le Superman de "Smallville" n'est peut-être pas encore un dieu mais un ado, il partage avec le monument de Singer la description de l'adaptation impossible de cet extraterrestre désespérément étranger. Et cette saison cinq plus particulièrement. En effet, après trois saisons modérément inspirées car moins fun (tentative de création d'une sous-intrigue autour d'une Lana Lang bonne mais plutôt mauvaise actrice, caméos de Christopher Reeve, Margot Kidder et Terence Stemp qui foutaient un beau bordel en compliquant l'histoire...), Gough et Millar s'éclatent bien et en profitent pour assombrir l'ambiance.
Les voilà qui se mettent à tuer des personnages, à remaker des films ("Saw" - épisode "Mercy", "Un jour sans fin" - épisode "Reckoning", et l'apparition d'Aquaman qui nous rappelle Patrick Duffy et son slip jaune de "l'homme de l'Atlantide") et à avancer leurs pions vers ce qu'on sait déjà mais qu'on aimerait bien voir quand même.
La naissance de Supermec, Lex en super vilain et l'exode des personnages vers Métropolis commencent à ressembler à quelque chose, d'autant plus que cette saison semble avoir été conçue pour assurer la transition tranquilou vers "Superman returns" (décès de papa Kent, omniprésence de la forteresse de la solitude et confirmation de l'inadaptation de Superman).


"La vie est belle" de Frank Capra

Et quand Gough et Millar se déchaînent, ça donne "L'esprit de Noël" ("Lexmas" en V.O.), un épisode qui lorgne carrément du côté de maître Capra et qui nous montre ce que serait la belle vie pour un Lex Luthor à l'article de la mort (il s'est ramassé deux balles). Dans son coma, le chauve rêve de la vie qu'il voudrait avoir mais qu'il ne peut s'offir à cause de son penchant pour la wine. Le voici donc marié avec une Lana Lang qui l'aime (lui l'a toujours aimé dans le dos de Clark), à moitié fauché (dans la vraie vie, Luthor est milliardaire) mais heureux.
Et alors que de l'autre côté, tout le monde se bat pour le faire revenir à la vie, lui se laisse mourir. Préférer crever en rêvant d'une vie heureuse plutôt que vivre sa vie de requin friqué. C'est cruel (finalement l'expérience était orchestrée par la défunte mère de Luthor pour lui montrer que quoi qu'il fasse, il sera toujours attiré par le côté obscur de la force), c'est triste, c'est beau, et c'est quand même autre chose que "Charmed" et ses sorcières en minijupes, quoi.

L'épisode, magnifique, est réalisé par Rick Rosenthal, pote de Carpenter et responsable, entre autres de Halloween 2 et 8.

Alors on ne sait pas bien si c'est l'imminence du retour de Superman au cinéma qui a bougé les fesses de Gough et Millar mais voilà qu'à l'ombre des poids lourds "Lost", "24", ou autres "Desperate Housewifes", "Smallville" (re)devient une série qui dépote (aucun épisode merdique au compteur cette année pour beaucoup de sommets). Comme si durant les saisons précédentes, Les créateurs avaient délaissé Clark Kent, trop occupés avec Peter Parker.

 

 

 

RN

Et un lien vers Planète Smallville, le principal site de Smallville en français.