L'insoutenable légèr
eté du SMS
Star academy - saison 6 (TF1)


Voilà, ça fait six ans. Que nos hivers sont bercés par des appels au vote. Mieux que Joey Star et Bacri qui parcourent la banlieue pour inciter les lascars à s'inscrire sur les listes électorales. Six ans qu'on nous dit que pour sauver, il faut taper. Qu'on nous cause mérite et travail. Qu'on ne dit plus candidat mais académicien. Ca fait six ans qu'on voit bien que ça pue mais qu'on regarde quand même. Parceque Elodie. Parcequ'Olivia. Parceque Lucie et parceque Michal. Et Pascal aussi. Et parceque la starac est devenue une grosse machine aussi complexe que plaisante.

Le château schizo

Au commencement, il y eut le loft. Un truc insensé où on enfermait des pauvres gars pour les regarder s'emmerder. Comme les cassettes vidéo d'aquarium ou de cheminée mais en direct et avec des vrais gens dedans. Le truc transforma les quidams en lofteurs puis les lofteurs devinrent des personnages. Une machine à créer de la fiction, en somme. Comme ça marchait du tonnerre, TF1 l'a repris sans le dire et a décidé que ce serait plus drôle de voir les jeunes souffrir. Une académie qu'ils ont appelé ça. Et attention hein, gare aux branleurs, ici on bosse. La prison ikéa du loft est repeinte en école et on fait du gagnant une star. Une sorte d'idéal sarkozyste où la durée des contrats est soumise à un coup de fil, où on glorifie le mérite et où les jeunes ne traînent pas dans les cages d'escaliers puisqu'ils sont dans une jolie taule. Et les petits auront même le privilège de chanter avec Sardou qui, lui, chante faux mais il a le droit puisque c'est déjà une star.

Star academy, c'est l'anti "Arrête moi si tu peux". Alors que Spielberg nous montrait que le travail, c'est pas le bonheur, les apprentis star ne cessent de se faire évaluer. Le Frank Abagnale joué par Leonardo Di Caprio ne trouve du plaisir que dans l'évitement du boulot. A mesure qu'il s'éloigne de la réalité et du travail, tout devient possible. A croire que c'est son refus du labeur qui fait de lui un véritable artiste alors que pendant ce temps, Tom Hanks gâche sa vie à essayer de l'arrêter.
"Arrête moi si tu peux" pour la Starac, c'est comme les films catastrophe à bord des avions : il ne faut surtout pas que les élèves le voient. Ca pourrait leur donner de mauvaises idées comme sécher les cours ou se faire passer pour Alexia Laroche-Joubert.


Arrête moi si tu peux de Steven Spielberg

Ce qui serait plutôt contre-productif mais pas tant que ça puisque, ne l'oublions pas, la Starac ne se réduit pas à ses prime-time du vendredi mais est aussi une émission de télé-réalité comme le loft. Un truc bicéphale avec sa fiction du quotidien (bon sang mais est-ce que Jérémy se fait Maud ?) en plus de son méga karaoké. Le problème de TF1, c'est qu'il leur est difficile de savoir si les téléspectateurs votent pour le chanteur ou le personnage. Tenez, prenez Jean-Pascal, piètre chanteur mais bout-en-train, le voilà en demi finale parcequ'il fait rire tout le monde (enfin, disons beaucoup de monde). Les profs ont beau le nominer à chaque fois (il est vrai que le gars est l'incarnation d'Assurancetourix : terrible), le public ne veut pas le voir partir et le repêche aux dépends d'une certaine Olivia (Ruiz). Il en sera de même avec la belle Elodie, élue contre l'avis des profs, ou d'un George-Alain bad-boy à la voix rocailleuse assez éloignée des canons endemolesques mais dont le personnage plait au public. Le pompon sera atteint lors de la saison 5 où la France d'en bas décide de dire non à la constitution européenne et oui à Magalie, juste pour faire chier. Ce sera une success-story niveau télé-réalité (les rondeurs de la petite ne la prédestinaient pas à la plus haute marche) mais un gros bide pour le reste.

Nikos la licorne

Pour la saison 6, TF1 a décidé qu'il y en avait assez. Après s'être fait avoir par l'effet Magalie (les gens ont voté pour le personnage, pas pour la chanteuse, résultat : beaucoup de SMS mais peu de disques vendus), il ne faut pas se planter.
Deux nouveautés sur le prime : la présence d'un homme d'affaire promu juré, et un tapis roulant pour faire défiler les petits comme les packs de lait à la caisse de Carrefour. Au moins c'est clair, si Kamel ouali est bien gentil avec ses considérations chorégraphiques, n'oublions pas qu'on est là pour vendre. C'est Pascal Nègre qui s'y colle. Lui cause viabilité, charisme. C'est sûr, du côté de la production, on met la gomme pour que le gagnant rapporte enfin.
Dans ce contexte très calculé pour faire du pognon, la Starac saison 6 pourrait être une émission intéressante par son mécanisme industriel. Elle pourrait n'être qu'un monstre froid et fascinant. Ce serait oublier l'élément qui change tout, le grain de sable dans la machine : Nikos, son animateur.


Jerry souffre-douleur (The Patsy) de Jerry Lewis

Nikos bafouille, Nikos se plante, Nikos fait le fou, Nikos fait le show. Nikos fait rire quand il pousse la chansonnette. Nikos est plus qu'un présentateur, il est un Monsieur Loyal. Un artiste qui se produit entre deux élèves et qui par ses erreurs et ses approximations, apporte l'humanité dans la machine. A force de se planter dans ses interviews et ses lancements, il fait furieusement penser à Jerry Lewis. A voir Nikos, on ne se sent jamais loin de la catastrophe mais tout s'arrange toujours avant l'irrémédiable. Avec classe. Le grec a beau faire plein de conneries, il reste toujours sympathique parcequ'il est un coeur qui bat au milieu de tous ces chiffres. On dit que la licorne, c'est le symbole du divin dans l'animal. Nikos est une licorne.

Et pour les élèves, reste le paradoxe du deuxième album : bizarrement, c'est à la sortie de leur seconde disque, loin de la grosse machine mise à disposition par TF1 (les gagnants enregistrent un disque illico avec une équipe de pros), que les recrues de la starac existent vraiment commercialement et/ou artistiquement. Nolwenn avec Voulzy, Elodie avec Benjamin Biolay, Olivia Ruiz avec Olivia Ruiz. Comme si les petites avaient besoin de désapprendre ce qu'on leur avait ingurgité pour, loin du désir de devenir des stars, être des artistes.

 

 

 

RN